
Après une expérimentation pilote dans les communes de Kétou et Ouinhi, la Carte communautaire de performance (CCP) se trouve au cœur d’une réflexion pour sa pérennisation. Réunis dans le cadre d’un atelier de plaidoyer organisé par CARE Bénin-Togo, les 16 et 17 septembre 2026 à Grand-Popo, autorités et acteurs venus de 20 communes se sont penchés sur les conditions de son adoption et de son intégration dans les mécanismes de gouvernance des infrastructures et équipements marchands et de la gestion des communes.
Favoriser l’adoption de la CCP et son intégration dans les communes bénéficiaires du programme ACMA, tout en encourageant son adoption par les autres communes, constituait l’objectif de cette rencontre de deux jours. L’expérimentation à titre pilote, menée pendant six mois dans deux communes a produit des effets tangibles sur la gestion des infrastructures. À Ouinhi, les volumes mobilisés dans les magasins sont passés de 212 à 253 tonnes, soit une progression de 19,1 %. À Kétou, les ventes groupées de maïs sont passées de 670 à 780 tonnes, soit une hausse de 16,4 %. Ces évolutions se sont accompagnées de la redynamisation des comités multi-acteurs, de la formalisation de contrats de partenariat entre communes et coopératives, d’une mobilisation plus forte des autorités locales et de l’organisation régulière de séances de reddition de comptes.
Pour Alain Troukou, Directeur qualité Programme à Care Bénin – Togo, représentant le Directeur Pays de CARE Bénin-Togo, ces résultats montrent que la CCP peut devenir un véritable outil communal de gouvernance des infrastructures marchandes. « Une expérience pilote, même réussie, reste fragile si elle dépend uniquement d’un projet ou de l’engagement de quelques personnes », a-t-il affirmé, tout en rappelant aux communes la nécessité de faire de la transparence et du dialogue avec les usagers des pratiques normales, indépendantes de la présence d’un projet.
Vers un ancrage institutionnel
Pour Patrick Hinnou, représentant du préfet de l’Ouémé, la CCP ne doit pas être perçue comme un instrument de contrôle, mais comme un cadre de dialogue et d’évaluation participative entre les acteurs. « Il s’agit de passer d’une expérience pilote conduite avec succès dans deux communes à une démarche institutionnelle durable, appropriée et portée par l’ensemble des communes bénéficiaires », a-t-il évoqué. Cette adoption, selon lui, devrait se traduire par des délibérations, des arrêtés communaux et l’intégration de la démarche dans les plans de développement communal.
Gisèle Toklo, Responsable Plaidoyer à IFDC, et représentant le Chief of Party de ACMA, a rappelé que cette démarche répond à l’enjeu de durabilité des infrastructures réalisées au cours des précédentes phases du programme. Selon elle, les expérimentations conduites à Kétou et Ouinhi ont montré « une performance indéniable dans la gestion et la gouvernance de ces deux infrastructures ». Elle y voit un outil efficace pour renforcer le dialogue entre les acteurs et améliorer la gouvernance locale.
Pour inscrire la CCP dans la durée, la rencontre a préconisé sa prise en compte dans le fonctionnement des communes, avec une formalisation de son adoption et la mise en place d’un dispositif local chargé de son suivi. ACMA3 devra notamment élaborer jusqu’au 30 septembre 2026, un guide technique et un projet d’arrêté type. En novembre, les communes devront adopter les arrêtés, désigner les points focaux et prévoir les ressources nécessaires à son déploiement.

Une démarche à généraliser
L’enjeu est désormais d’étendre l’expérience aux 20 communes bénéficiaires du programme ACMA, réparties dans l’Ouémé, le Plateau, le Zou et les Collines, à l’approche de la fin du programme ACMA3 prévue en 2027.
Dans ce contexte, les responsables communaux réunis à cet atelier ont exprimé leur satisfaction et leur fierté quant à l’espace de dialogue créé par la CCP entre autorités, gestionnaires, producteurs, commerçants et usagers autour de la gestion des infrastructures.
Par ailleurs, pour renforcer cette appropriation, des actions de sensibilisation et de renforcement des capacités sont prévues d’ici à mars 2027 au profit des élus communaux, des cadres de l’administration, des chefs d’arrondissement et des autres acteurs concernés. La CCP devra également être progressivement intégrée aux outils stratégiques de planification et de gouvernance des communes.



