ActualitésAfrique

De la pénurie à la surabondance : Quand l’eau ruine les cultures maraîchères

Pendant des mois sans, les maraîchers de Houéyiho scrutaient le ciel avec inquiétude, espérant l’arrivée de quelques pluies capables de sauver leurs cultures desséchées. Aujourd’hui, le même ciel déverse des torrents d’eau qui engloutissent les parcelles, étouffent les semis et réduisent à néant des mois de travail.

Les premières heures après la pluie qui s’est abattue sur Cotonou dans la soirée du 13 juillet 2026, le spectacle est saisissant. Là où s’étendaient encore il y a quelques semaines des rangées verdoyantes de laitues, de carottes, de choux et d’amarantes, l’eau stagnante désormais. Les planches de culture à peine visibles reposent dans une rivière d’eau, les feuilles jaunissent, les racines pourrissent et l’odeur de végétaux en décomposition se mêle à celle de la terre détrempée. Quelques producteurs, tentent en vain de sauver quelques plants encore debout.

Des cultures essentielles désormais sous les eaux

Le site maraîcher de Houéyiho alimente quotidiennement les marchés de Cotonou et de ses environs en légumes frais : laitues, carottes, betteraves, amarantes et autres légumes qui composent l’essentiel des repas de nombreux ménages béninois. Ces cultures, particulièrement exigeantes en eau, nécessitent en saison sèche des arrosages réguliers et parfois coûteux. Les producteurs avaient appris à vivre avec la rareté de la ressource, multipliant les efforts pour maintenir leurs cultures jusqu’à maturité.

Mais cette année, la nature a inversé les rôles. Depuis le mois de mai, les pluies se succèdent avec une intensité inhabituelle, transformant les parcelles en mares d’eau et rendant le travail quasiment impossible. « Depuis le mois de mai, il pleut presque sans interruption. Nos carottes, nos laitues, nos choux, nos betteraves… tout est sous l’eau. Une grande partie des cultures est en train de pourrir », confie

Des millions de francs CFA partis avec les eaux Chaque parcelle noyée représente non seulement une récolte perdue, mais aussi des semences, des engrais, des journées de labeur et l’espoir de nourrir une famille, une région une nation. Pour ces familles dont le maraîchage constitue souvent la principale source de revenus, le choc économique est immense. Selon les premières estimations du secrétaire général de la Coopérative villageoise maraîchère Don de Dieu de Houéyiho, les pertes pourraient se chiffrer à plusieurs millions de francs CFA. « On peut évaluer tous ces produits pourris dans l’eau à environ dix millions de francs CFA », poursuit le producteur, la voix empreinte d’amertume, regards perdu sur les planches inondées où flottent des feuilles arrachées par les eaux.

Quand l’excès d’eau devient un fléau

Cette situation illustre toute la complexité des effets du changement climatique : les producteurs, autrefois pénalisés par le déficit hydrique, subissent désormais les conséquences d’une pluviométrie excessive. Faute de systèmes de drainage efficaces, les pluies s’accumulent sur les parcelles et asphyxient les cultures. Aucun ouvrage ne permet non plus de capter et de stocker cette abondance pour les périodes de sécheresse qui reviendront inévitablement. Les maraîchers de Houéyiho vivent ainsi au rythme des extrêmes climatiques : pénurie hier, surabondance aujourd’hui, sans véritable filet de sécurité entre les deux. Le dérèglement climatique, longtemps perçu comme une réalité lointaine, se manifeste désormais dans le quotidien des producteurs par des saisons imprévisibles, des épisodes de sécheresse prolongés et des pluies d’une violence inhabituelle.

Les retenues d’eau, une réponse attendue

Face à cette vulnérabilité croissante, les producteurs suivent avec attention les initiatives annoncées par le gouvernement. Lors du Conseil des ministres du 5 novembre 2025, les autorités ont décidé de lancer des études pour la construction ou la réhabilitation de quatre-vingts retenues d’eau dans différentes localités du pays, avec pour objectif de renforcer la maîtrise de l’eau et la résilience de l’agriculture béninoise. Le projet prévoit notamment la construction de soixante retenues d’eau à vocation agropastorale et la réhabilitation de vingt autres réparties dans plusieurs départements et communes.

Pour les maraîchers de Houéyiho, cette initiative représente une lueur d’espoir. Ils saluent les efforts déjà engagés par l’État, tout en souhaitant que ces infrastructures puissent également bénéficier aux zones maraîchères urbaines, particulièrement exposées aux inondations. « Si ces infrastructures pouvaient être étendues à tous les départements, cela permettrait de mieux gérer cette ressource et de soutenir durablement les producteurs », plaide Ferdinand Boko.

Au-delà des chiffres et des hectares inondés, la crise que traversent les maraîchers du site de Houéyiho raconte l’histoire d’une agriculture prise au piège des bouleversements climatiques. Dans ce paysage où l’eau recouvre désormais les sillons, les maraîchers continuent pourtant de revenir chaque matin sur leurs parcelles, animés par une même conviction : la terre, même meurtrie, peut encore renaître si les hommes disposent des moyens nécessaires pour apprivoiser l’eau au lieu de la subir. Ferdinand Boko, Producteur et Secrétaire Général de la Coopérative villageoise maraîchère Don de Dieu de Houéyiho

Chèrifath DANSOU

LIRE AUSSI  Eau potable, changer imminemment ou sombrer mondialement

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
%d blogueurs aiment cette page :

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité