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Fientes de volailles: Une alternative naturelle aux engrais chimiques

Riches en azote, en phosphore et en potassium, les fientes de volailles figurent parmi les fertilisants organiques les plus performants au monde. Dans un contexte marqué par le renchérissement des engrais chimiques, elles offrent une alternative économique à de nombreux producteurs en Afrique et au Bénin.

Très utilisées en maraîchage par exemple, les fientes de volaille favorisent une croissance rapide des cultures tout en améliorant progressivement la fertilité des sols grâce à leur apport en matière organique. « Ce ne sont pas des déchets qu’on peut jeter. Les fientes de volailles constituent des engrais organiques que l’on peut exploiter dans l’agri-culture pour obtenir de très bons rendements. Après une à deux semaines, on constate un verdissement rapide des feuilles, une croissance plus importante des plantes et un meilleur développement du feuillage », explique Dr Chabi Faki, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi et spécialiste de la fertilité des sols. Cette approche est également adoptée par Marceline Alimou, éleveuse de poulets Goliath à Tchaourou. Les déjections de son élevage fertilisent ses parcelles maraîchères. « Quand mes poulets défèquent, je l’utilise pour nourrir mes plantes. Cela les aide à vite grandir », témoigne-t-elle.

Dans les exploitations intégrées, les fientes de volailles sont de plus en plus valorisées afin de limiter les pertes et de réduire les coûts de production. Elles sont généralement collectées, séchées ou compostées avant d’être utilisées pour fertiliser les cultures. Dans certains systèmes, elles servent également à enrichir les bassins piscicoles en favorisant le développement du plancton. À Sèmè-Podji, la ferme intégrée Le Modèle Agricole (FIM-AGRI BENIN) applique cette approche. « La fiente de volaille n’a jamais été un déchet en soi. C’est nous qui l’avons traitée comme telle pendant des décennies, faute d’accompagnement technique », explique son promoteur, Pacem Gbegnon. Selon lui, cette valorisation contribue à réduire les dépenses liées à l’achat d’engrais minéraux.

Pacem Gbegnon, Promoteur FIM-AGRI BENIN

Une utilisation à maîtriser

Malgré leurs nombreux atouts, les fientes de volailles doivent être utilisées avec précaution. Appliquées à l’état frais, elles dégagent de la chaleur pendant leur décomposition, ce qui peut brûler les racines et ralentir la croissance des cultures. Une utilisation excessive peut également entraîner une pollution des nappes phréatiques par lessivage de l’azote. « Plus les doses appliquées sont importantes, plus les risques de pollution augmentent. Il est donc indispensable de respecter les quantités recommandées et les périodes d’application », insiste Dr Chabi Faki. Pour limiter ces risques, il recommande le compostage ou, à défaut, un séchage préalable avant l’épandage.

Le compostage constitue aujourd’hui l’une des principales voies de valorisation des fientes de volailles. À Abomey-Calavi, Lucius Kanklounon collecte les fientes auprès des éleveurs avant de les mélanger à des résidus végétaux. Après plusieurs semaines de maturation, il obtient un compost plus stable, plus sûr pour les cultures et plus facile à manipuler. Face à la hausse du coût des engrais chimiques, la demande en compost progresse, notamment chez les maraîchers insiste-t-il. Cette activité représente également une opportunité économique pour les jeunes souhaitant investir dans la valorisation des déchets agricoles. Au-delà du compostage, les fientes peuvent également servir à produire des asticots riches en protéines destinés à l’alimentation des volailles ou des poissons. Le résidu issu de cette production reste utilisable comme fertilisant organique, illustrant un véritable modèle d’économie circulaire. La production de biogaz ou la commercialisation de fientes séchées offrent également des perspectives de valorisation.

Chabi Faki, Dr en fertilité des sols

Une filière à développer

Malgré leur potentiel agronomique et économique, les fientes de volailles restent encore insuffisamment valorisées au Bénin. Le manque de formation des producteurs, l’insuffisance d’équipements adaptés et l’absence de circuits commerciaux limitent le développement de cette filière. Pour le promoteur de FIM-AGRI, le principal défi consiste désormais à changer le regard porté sur cette ressource. Longtemps considérées comme un simple déchet d’élevage, les fientes de volailles pourraient devenir un levier important pour une agriculture plus durable.

Morel GOUKOUE 

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