Pendant trois jours, du 25 au 27 mars, près de 80 participants venus des systèmes nationaux de recherche agricole, des organisations de producteurs, des partenaires techniques et financiers ainsi que des institutions publiques se retrouvent pour tirer les enseignements de cinq années de mise en œuvre du projet ABEE.
Le projet ABEE, Renforcement des réseaux et des capacités institutionnelles en Amélioration des plantes pour le développement de cultures résilientes répondant aux Besoins des paysans d’Afrique de l’Ouest, a été lancé en 2020 avec un financement de l’Union européenne dans le cadre de l’initiative DeSIRA. Coordonné par le CORAF, il a mobilisé trois instituts nationaux de recherche dont l’INERA au Burkina Faso, l’INRAN au Niger et l’ISRA au Sénégal, avec l’appui technique du CIRAD et de AfricaRice, représentant l’Integrated Breeding Platform. Son objectif fondamental est de moderniser les programmes de sélection variétale par la digitalisation et les techniques moléculaires, en partant des besoins concrets des producteurs plutôt que des seules exigences du laboratoire.
Au terme de cinq ans de mise en œuvre, les résultats obtenus témoignent d’un impact tangible sur le terrain. Trente-quatre variétés ont été inscrites dans les catalogues nationaux des trois pays partenaires, leurs caractéristiques renseignées et actualisées à partir des essais conduits directement en milieu paysan. Ces activités ont permis de rejoindre en moyenne plus de 20 000 producteurs, dont 37 % de femmes, un taux d’inclusion rarement atteint dans ce type de programme régional. Sur le plan semencier, plus de 57 tonnes de semences de prébase ont été produites, renforçant des filières trop souvent fragilisées par le manque de matériel génétique de qualité.
Le projet a également investi dans l’avenir en formant une nouvelle génération de chercheurs. Plus de soixante étudiants, dont douze doctorants, ont été accompagnés vers les métiers de la recherche agricole. Des sélectionneurs et techniciens ont été initiés à des outils de pointe comme le Breeding Management System et les marqueurs moléculaires. Pour assurer la pérennité de ces acquis, une plateforme numérique régionale baptisée E-chain a en outre été déployée, offrant un espace commun de partage des données et des innovations entre les différents partenaires.
Dans le communiqué annonçant l’atelier de clôture, Dr Moumini Savadogo, Directeur Exécutif du CORAF, a souligné la portée de cette expérience collective. « ABEE illustre comment la recherche agricole peut apporter des réponses concrètes aux défis climatiques en mettant à la disposition des producteurs des semences adaptées, performantes et répondant à leur besoin », a mentionné le directeur. Son coordonnateur, Dr Ousmane Ndoye, abonde dans le même sens en précisant que « cette rencontre sera un moment clé pour capitaliser les acquis, partager les leçons apprises et ouvrir la voie à une nouvelle génération d’initiatives régionales à fort impact. Bien que le projet vienne à sa fin, la dynamique créée continue et sera alimentée dans les pays pour la création de meilleures variétés adaptées aux utilisateurs ».
Les trois jours d’échanges à Dakar ne se résumeront donc pas à un simple exercice de bilan. Ils viseront à identifier des pistes concrètes pour prolonger et amplifier ce qui a été construit, dans une région où la capacité à produire des variétés résilientes conditionne directement la sécurité alimentaire de millions de personnes face à des bouleversements climatiques qui s’accélèrent.
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