La précédente campagne de commercialisation du soja a révélé des failles dans le système de pesée et de suivi des volumes. Pour y remédier, l’Interprofession soja a procédé, ce mercredi 14 octobre 2026, au siège de l’UNCPS à Parakou, à la remise officielle de 2 000 bascules destinées aux coopératives de producteurs. Cette dotation vise à renforcer la transparence des transactions, à garantir l’équité lors des pesées et à mieux quantifier les volumes de soja commercialisés dans chaque commune.
La différence entre les poids enregistrés dans les communes et ceux constatés dans les usines a failli exacerber les tensions entre les acteurs de la filière. « Ça a failli dégénérer, ça a failli nous créer vraiment des problèmes parce que les retours qui devraient revenir aux communes ne sont pas arrivés parce qu’au niveau de ces magasins, nous n’avons pas de matériel de commercialisation », confie Steev Adjaman, président de l’Union nationale des coopératives de producteurs de soja (UNCPS). Faute de matériel de pesée dans les magasins, explique-t-il, le suivi des volumes commercialisés et les retours attendus dans les communes ont été compliqués. « on dit qu’il y a surplus, qu’il y a des sacs mal pesés et qu’il faudra réajuster. Parfois on a l’impression que les transformateurs veulent gruger les producteurs. Or ce n’est pas le cas. Chacun défend ses intérêts, chacun veut avoir le produit juste avec la qualité qu’il faut, mais avec le poids idéal », souligne Richard Kouassi Soglo, président de l’Association béninoise des transformateurs de soja (ABTS). Eu égard de cette situation naît la nécessité de garantir à chaque partie un produit dont le poids et la qualité sont clairement établis.
La coopérative au cœur de la traçabilité
Les 2 000 bascules doivent contribuer à corriger ces dysfonctionnements. Représentant le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Kadidja Mama, chef programme filière soja à l’ATDA 4, met en avant trois objectifs : garantir l’équité commerciale, renforcer la confiance entre coopératives et acheteurs, et améliorer la compétitivité de la filière. Les équipements doivent notamment aider les coopératives à mieux structurer leurs stocks et à répondre aux exigences de qualité des marchés locaux et d’exportation.
Pour Djibril Afatiti, président de l’Interprofession soja, l’objectif est de faire de la coopérative le point de départ d’une commercialisation mieux organisée. « C’est la coopérative qui pèse, qui […] sécurise la transaction », insiste-t-il. Les équipements doivent ainsi permettre de mieux enregistrer les quantités vendues et de suivre les volumes depuis les bassins de production jusqu’aux usines.
Au-delà de la fiabilité des pesées, le dispositif revêt un enjeu financier. Les producteurs qui commercialisent leur soja à travers leurs coopératives pourront bénéficier d’une prime exceptionnelle de 10 FCFA par kilogramme, sous réserve que 470 000 tonnes soient livrées aux usines nationales, selon les conditions annoncées par l’Interprofession. La traçabilité devient donc déterminante pour justifier les quantités livrées et permettre la régularisation nécessaire au paiement de cette prime.
Mieux connaître les volumes commercialisés
Pour l’UNCPS, la pesée doit toutefois s’accompagner d’un système de suivi des quantités quittant chaque commune. Steev Adjaman s’interroge sur l’écart entre les estimations de production et les volumes effectivement recensés. « Chaque année, nous parlons toujours de 700 000 tonnes, 800 000 tonnes, mais après bilan, nous retrouvons toujours autour de 200, 300 000 tonnes. Et le reste va où ? », questionne-t-il.
Cette interrogation renvoie également à la lutte contre les sorties frauduleuses de soja du territoire national. Les forces de sécurité entendent renforcer les contrôles aux frontières afin de contribuer au respect de la réglementation.
Pour la campagne 2026-2027, les acteurs tablent sur environ 850 000 tonnes de production et près de 700 000 tonnes de transformation, transformation artisanale comprise. À travers cette dotation, l’Interprofession entend poser les bases d’une filière mieux organisée, capable de suivre plus précisément le soja produit, commercialisé et livré aux unités industrielles nationales.



