La récente suspension des exportations de tomates décidée par les autorités burkinabè dépasse le cadre d’une simple mesure économique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus ambitieuse, celle de bâtir une souveraineté alimentaire réelle, en protégeant les producteurs locaux tout en consolidant l’industrie nationale de transformation.
Pendant des années, les producteurs de tomates ont subi la loi des intermédiaires, qui faisaient chuter les prix jusqu’à 2 500 francs CFA la caisse. Cette instabilité chronique des revenus décourageait l’investissement agricole et fragilisait les exploitations familiales. En suspendant les exportations, les autorités posent un premier rempart contre cette spéculation, garantissant aux cultivateurs un débouché stable et des prix plus équitables sur le marché intérieur. Mais cette protection ne suffit pas à elle seule. Pour qu’elle produise des effets durables, elle doit s’accompagner d’une montée en puissance de la transformation locale.
La transformation locale, clé de la valeur ajoutée
C’est précisément l’enjeu que vise la deuxième dimension de cette décision. Les deux unités de transformation de tomates du pays nécessitent entre 100 000 et 120 000 tonnes par an, soit près d’un quart de la production nationale. En orientant l’offre vers ces unités, le Burkina Faso réduit mécaniquement sa dépendance aux importations de concentrés de tomates, qui coûtent chaque année 5 milliards de francs CFA en devises.
Transformer sur place, c’est donc conserver des ressources financières, créer des emplois ruraux et générer de la valeur ajoutée là où elle est le plus nécessaire. La suspension des exportations n’est pas une fermeture sur soi, mais un repositionnement stratégique pour mieux s’imposer sur les marchés régionaux et internationaux à moyen terme.
Des producteurs mieux outillés pour répondre à la demande industrielle
Pour que cette ambition soit réalisable, encore faut-il que les producteurs disposent des capacités techniques et matérielles suffisantes. L’État a donc accompagné cette transition par des investissements concrets. Il y a la subvention des semences hybrides, 17 000 tonnes d’engrais, 720 motopompes et 54 000 tubes PVC. Ces équipements visent à améliorer la productivité agricole et à garantir un approvisionnement régulier et de qualité pour les unités de transformation. Des producteurs mieux équipés alimentent des usines mieux approvisionnées, qui génèrent à leur tour des revenus réinvestis dans l’économie nationale.
La tomate, symbole d’une agriculture souveraine
Inscrite dans l’offensive agro-pastorale nationale, la tomate est désormais élevée au rang de culture stratégique. Elle incarne la vision d’un Burkina Faso capable de nourrir sa population, de soutenir son industrie et de réduire sa dépendance aux marchés extérieurs, non pas en se repliant, mais en renforçant ses fondations agricoles de l’intérieur.
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