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Mangues : La riposte s’intensifie contre les mouches des fruits

Derrière la prospérité des vergers au Bénin, un ennemi compromet chaque année les espoirs de milliers de producteurs : la mouche des fruits. Ce ravageur provoque des pertes considérables dans les cultures fruitières, notamment la mangue

Insecte volant, mesurant moins de 5 millimètres, presque invisible à l’œil nu, la mouche des fruits apparait comme l’un des ravageurs les plus destructeurs de l’agriculture et, principalement, des productions horticoles. Au Bénin, la filière fruitière en particulier celle de la mangue constitue un levier économique majeur, tant pour les revenus des producteurs que pour les perspectives d’exportation. Cependant, l’infestation massive de ces mouches représente un frein important à son essor et à sa compétitivité. D’après la Direction de la Statistique Agricole (DSA) du MAEP, la production annuelle moyenne de mangues industrielles dépasse les 110 000 tonnes.

Impacts remarquables

Les pertes agricoles liées aux mouches des fruits peuvent atteindre entre 50 et 80 % des récoltes en l’absence de mesures de contrôle efficaces, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Centre international de physiologie et d’écologie des insectes (ICIPE). Ces chiffres sont repris dans plusieurs rapports régionaux soutenus par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Un seul lot contaminé peut entraîner le rejet d’une cargaison entière, conformément aux accords sanitaires et phytosanitaires encadrés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cette réalité fragilise la compétitivité des pays exportateurs de l’Afrique de l’Ouest, notamment le Bénin, face à d’autres pays exportateurs mieux structurés en matière de surveillance phytosanitaire.

Une mouche sur un fruit

Le projet SyRIMAO, une stratégie de lutte contre les mouches de fruits

Face au caractère transfrontalier de l’invasion, les États ouest-africains ont opté pour une approche coordonnée. C’est dans ce cadre qu’a été lancé le Système Régional Innovant de Contrôle des Mouches des Fruits en Afrique de l’Ouest (SyRIMAO), sous l’égide de la CEDEAO. Ce projet vise à mettre en place un système régional de surveillance, renforcer les capacités des services phytosanitaires nationaux et harmoniser les stratégies de lutte entre pays.

Après cinq années de mise en œuvre du projet, le bilan est reluisant. Parmi les actions concrètes posées : « développement et homologation de 02 technologies (Mango Protect, Huile essentielle), diffusion et utilisation par les producteurs de 02 nouvelles technologies (Mango Protect, Huile essentielle). » En termes de renforcement de capacités : « près de 358 techniciens ont été formés et 1 000 producteurs à la conduite des expérimentations et à l’usage des technologies de lutte contre les mouches de fruits », d’après le bilan global du projet SyRIMAO rendu public en janvier 2025.

Afin de consolider les acquis du projet SyRIMAO et de répondre aux défis identifiés, plusieurs recommandations stratégiques sont proposées à l’endroit de la CEDEAO. Elles portent sur la pérennisation des dispositifs, l’élargissement de la couverture, le renforcement de la gouvernance et des financements, ainsi que sur la promotion continue de l’innovation et de la capitalisation des résultats.

Pistes de solution durable au-delà de la mise en œuvre du SyRIMAO

Les experts s’accordent sur le fait que l’usage massif de pesticides chimiques n’est ni durable ni économiquement viable pour les petits producteurs. La FAO et l’ICIPE recommandent plutôt une approche de lutte intégrée combinant pièges attractifs, ramassage des fruits infestés, appâts biologiques et coordination communautaire. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement souligne également que la gestion collective à l’échelle d’un village ou d’une zone de production est plus efficace qu’une action isolée.

Si les variations climatiques peuvent favoriser l’extension géographique et la durée des infestations, l’observation et la surveillance deviennent encore plus cruciales dans cette lutte contre les ravageurs. La lutte contre la mouche des fruits dépasse donc la simple protection des vergers : elle touche à la nutrition, à la réduction de la pauvreté et à la stabilité économique rurale.

Les données de la FAO, de la CEDEAO et des institutions de recherche comme l’ICIPE et le CIRAD montrent qu’une riposte coordonnée peut produire des résultats. Mais le véritable enjeu reste la généralisation des bonnes pratiques, le financement durable de la surveillance et l’accès des petits producteurs aux technologies adaptées. Car si rien n’est fait, ce petit insecte continuera de ronger silencieusement les vergers béninois. Avec une mobilisation collective, il pourrait devenir un risque maîtrisé dans une agriculture plus résiliente et mieux organisée.

Chèrifath DANSOU

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