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Prof. Yao Akpo : «La lutte contre ces faux médicaments vétérinaires n’est pas l’affaire d’une seule direction»

Essentiels pour prévenir et traiter les maladies animales, les médicaments vétérinaires peuvent représenter un danger lorsqu’ils sont falsifiés ou de mauvaise qualité. Dans cet entretien, le Directeur de l’Élevage, Prof. Yao Akpo, revient sur l’ampleur du phénomène au Bénin, ses conséquences pour les éleveurs, les consommateurs et la santé publique.

Agratime : Comment se porte le sous-secteur de l’élevage au Bénin et quelles sont les avancées enregistrées ?

Yao Akpo : l’ensemble, le sous-secteur de l’élevage se porte bien. Nous observons aujourd’hui une dynamique encourageante, portée par les nombreuses réformes engagées. L’élevage occupe une place importante dans notre économie. Il contribue à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de la population. Il participe également à la création d’emplois et permet à des milliers de ménages, aussi bien ruraux que périurbains, de tirer leurs moyens de subsistance et leurs revenus de cette activité.

Aujourd’hui, la vision de l’action publique est de promouvoir une transformation structurelle de l’élevage à travers la création de différentes structures, dont l’Agence de développement de l’élevage des ruminants (ADER), qui permettra de promouvoir un élevage de type nouveau, industriel, capable de répondre aux besoins de la population. Nous avons également la Société de Développement des Filières Avicoles (SODEFA), qui vise essentiellement à promouvoir la production d’œufs de table et de poulets de chair. Nous avons aussi le Centre national des produits biologiques à usage vétérinaire (CNPBV), qui ambitionne de produire des vaccins au plan national, en plus d’assurer leur importation et leur distribution. Le Centre national d’insémination artificielle bovine permet de promouvoir la pratique de l’insémination artificielle en vue d’améliorer le potentiel génétique de nos races.

Nous avons également les fermes d’élevage d’État, qui constituent des unités de démonstration où les acteurs qui le souhaitent peuvent se former. Les avancées se traduisent par le niveau de couverture des besoins aujourd’hui. De 30 % de taux de couverture, nous sommes parvenus, pour les produits carnés, à plus de 60 % de couverture. Pour les œufs de table, nous sommes aujourd’hui à 85 % de taux de couverture. Pour le lait, nous sommes autour de 35 %. Ce sont des améliorations constantes.

La circulation des médicaments vétérinaires falsifiés est aujourd’hui une préoccupation publique. Comment se manifeste ce phénomène au Bénin ?

La circulation des médicaments falsifiés est une préoccupation régionale. C’est ce qui a amené la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) à harmoniser la réglementation relative aux médicaments vétérinaires. Au Bénin, le phénomène se manifeste principalement par l’introduction, la circulation et la commercialisation de produits qui ne respectent pas les exigences réglementaires, notamment en matière de qualité.

Ces médicaments peuvent être falsifiés de plusieurs façons. Il peut s’agir d’une falsification de l’emballage, de produits sous-dosés, de qualité inférieure ou encore de médicaments qui n’ont pas été homologués et qui ne disposent pas d’une autorisation de mise sur le marché. Même un médicament conforme peut perdre de son efficacité lorsque les conditions de conservation ne sont pas respectées. Une exposition au soleil ou à des températures élevées peut altérer sa qualité et le rendre impropre à son utilisation chez les animaux.

Quels sont les produits les plus concernés par cette pratique ?

Les produits qui sont concernés sont ceux qui sont généralement utilisés en médecine vétérinaire. Ce sont des produits qui sont souvent prescrits. C’est tout ce qui est utilisé pour traiter les infections, que nous appelons les antibiotiques. C’est tout ce qui est utilisé également pour lutter contre les parasites, qu’on appelle les antiparasitaires, notamment les vermifuges. Il y a aussi les trypanocides qui sont utilisés pour lutter contre les trypanosomes chez les animaux. C’est l’ensemble du territoire qui est concerné par ce circuit. Mais les grandes zones, les bastions de l’élevage, c’est plus la zone centrale où on rencontre davantage le phénomène au niveau des trypanocides. Au sud, c’est plus avec les antibiotiques en élevage de volailles que le phénomène est observé.

Quelles conséquences ces médicaments falsifiés peuvent-ils avoir sur les animaux et sur l’homme ?

Les impacts sont nombreux et réels. En réalité, le but d’un médicament, c’est de pouvoir traiter une maladie. Mais lorsque le médicament est falsifié ou contrefait, il est administré à l’animal et nous n’avons pas le résultat attendu. Ce qui va s’en suivre, c’est la persistance de la maladie, la mortalité et les résidus. Nous avons des effets qui sont directs et des effets qui sont indirects. Les effets directs, c’est ceux qui vont contribuer à l’inefficacité du traitement pouvant engendrer la mort et la maladie. Mais aussi et surtout, nous aurons des effets indirects avec des résidus qui vont se retrouver dans l’aliment. Lorsque l’homme consomme ces produits, il peut avoir ces résidus. On parle alors de résistance antimicrobienne. C’est pourquoi nous travaillons à promouvoir l’approche « Une seule santé », qui prend en compte la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale.

Quelles actions sont engagées par la Direction de l’Élevage pour lutter contre ce phénomène ?

Nous travaillons aujourd’hui sur la base d’une campagne d’assainissement du marché du médicament vétérinaire lancée par la Commission de l’UEMOA. À travers cette campagne, nous sensibilisons tous les acteurs et tous les éleveurs sur l’utilisation raisonnée des médicaments, les circuits de distribution et les professionnels auprès desquels il faut s’approvisionner. Nous travaillons également à l’amélioration de la collaboration entre les différents services, notamment la Police républicaine et la Douane. En juillet 2025, nous avons organisé un atelier de renforcement des capacités au profit des agents de la Douane et de la Police républicaine afin de leur permettre de mieux détecter, intercepter et réprimer la circulation de ces produits.

Quelles recommandations formulez-vous pour renforcer la lutte contre les médicaments vétérinaires falsifiés ?

Il faut observer la réglementation communautaire en la matière. Aucun produit ne doit circuler s’il n’a pas une autorisation de mise sur le marché. Il faut renforcer le contrôle aux frontières, améliorer la traçabilité des produits depuis l’importation jusqu’à l’utilisation, renforcer les capacités d’analyse et de contrôle de ces produits. Il faut également poursuivre les actions de sensibilisation. La lutte contre ces faux médicaments n’est pas l’affaire d’une seule direction. C’est aussi bien la Direction de l’Élevage, la Police républicaine, la Douane, les agents au niveau central et déconcentré, les collectivités locales, les vétérinaires, les paraprofessionnels, les organisations d’éleveurs et tous les acteurs de la chaîne.

Propos recueillis par Morel GOUKOUE

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