Résolu à ne pas reproduire les dysfonctionnements de la précédente édition, l’exécutif du sénégal déploie une stratégie d’envergure pour la commercialisation des récoltes 2026-2027. Réuni en Conseil interministériel le 22 octobre 2026, le gouvernement a arrêté une feuille de route axée sur la résolution des dettes de l’État, la modernisation des réseaux de collecte et la protection de la production locale, tandis que les opérateurs affûtent leurs ambitions financières.
Au cœur des préoccupations figure la soutenabilité financière des acteurs ruraux. Pour restaurer la confiance des fournisseurs d’intrants, l’État s’est engagé à apurer une dette accumulée de 44 milliards de FCFA, en délivrant aux créanciers des titres officiels de créance adossés aux factures validées. Dans le même temps, la Société Nationale de Commercialisation des Oléagineux du Sénégal (SONACOS) se positionne en fer de lance de cette campagne avec des ambitions affirmées. Selon son directeur général, Cheikh Ahmeth Tidiane Guèye, l’entreprise publique estime ses besoins à 100 milliards de francs CFA pour financer l’achat de 250 000 tonnes de graines d’arachide au cours des prochains mois.
Pour y parvenir, la société a presque bouclé 75 % du financement nécessaire et finalise un plan de trésorerie pour s’assurer les 25 milliards de francs CFA restants auprès d’un pool bancaire partenaire, comprenant notamment la Banque nationale pour le développement économique et La Banque agricole. Cette mobilisation vise à garantir une trésorerie de démarrage estimée à un milliard de francs CFA par jour durant les trente premiers jours de la collecte. Cette rigueur financière intervient après un bilan mitigé en 2025-2026, où la SONACOS avait acheté 219 171 tonnes pour un montant de 73,43 milliards de FCFA injectés dans l’économie rurale, tout en subissant une sous-utilisation chronique de la grande majorité de ses points de collecte agréés. Au-delà de la campagne, la direction entend également moderniser ses infrastructures industrielles et diversifier ses activités pour conforter son rôle de pilier de la souveraineté alimentaire.
Calendrier de collecte et objectifs ciblés par filière
Les opérations de terrain débuteront le 15 novembre 2026 pour le coton, avec un objectif fixé à 35 000 tonnes et la garantie d’un paiement des producteurs dans un délai maximal de trois jours. La collecte de l’arachide prendra le relais à la fin du mois de novembre, accompagnée d’un redéploiement géographique des centres de ramassage pour coller aux volumes réellement attendus et d’une priorité accordée à la réservation des semences de qualité en vue de la saison 2027-2028. Les autres cultures vivrières bénéficient également de volumes cibles et de dispositifs d’encadrement adaptés : 150 000 tonnes pour le mil, 50 000 tonnes pour le sésame et 30 000 tonnes pour le maïs, cette dernière filière reposant sur le renouvellement d’un protocole d’accord spécifique entre l’État et les provendiers.
Riziculture locale : Lever le verrou des stocks invendus
La situation de la filière rizicole demeure particulièrement préoccupante. À la mi-octobre 2026, à peine 13 879 tonnes de riz blanc local avaient trouvé preneur sur un volume global stocké de 41 729 tonnes. Cette stagnation s’explique principalement par la concurrence agressive des importations et les retards de versement de la prime d’État fixée à 50 FCFA par kilogramme. Pour inverser cette tendance avant la fin de l’année, le gouvernement prévoit de verser sans délai les arriérés de subvention sur les volumes déjà commercialisés. En parallèle, les autorités comptent instaurer un mécanisme de péréquation et durcir l’accès aux quotas d’importation, en conditionnant désormais l’attribution des autorisations d’importer à l’achat préalable de riz produit localement, tout en préparant une stratégie globale pour renforcer la compétitivité nationale.
Digitalisation et contrôles accrus pour plus de transparence
Afin d’enrayer la fraude, de garantir le respect du prix plancher et de freiner la fuite des récoltes vers les pays limitrophes, plusieurs innovations logistiques et numériques accompagnent ce plan. Une plateforme numérique sera ainsi expérimentée dans plusieurs départements pilotes pour enregistrer les acteurs du secteur, répertorier les centres de dépôt et suivre en temps réel les volumes livrés comme les paiements effectués aux planteurs. Sur le plan logistique, l’usage de la lettre de voiture devient obligatoire pour encadrer le transport de l’arachide. Ces dispositions seront appuyées par un renforcement des contrôles policiers et douaniers le long des axes routiers menant aux frontières. En articulant rigueur financière, modernisation des outils de suivi et engagement des institutions bancaires, l’exécutif et les acteurs industriels visent à sécuriser durablement le revenu des agriculteurs tout en consolidant la souveraineté alimentaire du pays.
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