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Afrique de l’Ouest : L’approche « Ne pas nuire » au cœur de la transformation des systèmes agricoles et alimentaires

En Afrique de l’Ouest, les tensions autour de la terre, de l’eau, des pâturages et des ressources naturelles constituent un défi majeur pour les communautés agricoles et pastorales. C’est dans ce contexte qu’Abidjan a accueilli du 6 au 8 octobre 2026, un atelier du projet « Organisations paysannes pour la transformation des systèmes agricoles et alimentaires (FO Hub) – Afrique de l’Ouest », consacré à l’intégration de la sensibilité aux conflits et de l’approche « Ne pas nuire » dans les activités de projet.

Doter les organisations paysannes et leurs partenaires d’outils leur permettant de mieux analyser les dynamiques locales et de concevoir des interventions agricoles qui renforcent la résilience, le dialogue et la cohésion sociale : tel a été l’objectif de cette rencontre de trois jours. L’événement a réuni des participants issus du secteur agricole, dont le Réseau des Journalistes pour la Promotion des Produits Agro-sylvo-pastoraux et Halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel (ReJPAH-AOS), l’Association Ouest-Africaine du Commerce Transfrontalier des produits Alimentaires, Agro-sylvo-pastoraux et Halieutiques (AOCTAH), le Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), le Forum de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest (FOSCAO), ainsi que plusieurs plateformes régionales et partenaires du projet.

 

Au-delà de la théorie, cette session a surtout servi de cadre d’introspection pour les acteurs du développement, invités à questionner l’impact réel de leurs actions sur le terrain. Pour Rolf Graf, conseiller en planification sensible aux conflits à la GIZ, cette formation permet de tirer les leçons de plus de 30 ans d’expériences et d’erreurs du passé, notamment lors des crises des années 1990 en Somalie et au Rwanda, où l’aide avait parfois alimenté involontairement les tensions. « Par ignorance ou méconnaissance du terrain, les projets de développement peuvent parfois aggraver les conflits préexistants. L’objectif n’est pas de résoudre les conflits, mais de s’assurer que nos ressources et notre présence ne renforcent pas les facteurs de division et consolident plutôt les facteurs de rapprochement », a-t-il expliqué. Soulignant que chaque village présente des réalités singulières, l’expert préconise un suivi dynamique pour adapter la programmation en cas d’effets indésirables, un défi rendu plus accessible grâce à la présence, dans la région, d’une responsable de projet également facilitatrice de cette approche. Face à la complexité des enjeux locaux, la rencontre a permis de souligner l’importance de la maîtrise des outils d’analyse contre l’escalade des tensions.

Pour sa part, Myriam Onadia, chargée de communication du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), souligne l’aspect indissociable de la boîte à outils transmise lors de cette session. « Qu’il s’agisse de l’analyse du contexte, de l’identification des diviseurs et connecteurs ou de la cartographie des relations, ces outils forment un tout indissociable pour anticiper et prévenir les tensions », indique-t-elle. Couvrant 15 pays de la sous-région, le ROPPA entend exploiter ces enseignements pour lever certaines fausses perceptions et fluidifier les interactions avec ses membres. « C’est une démarche qui va assainir nos services et notre environnement de travail au quotidien. Elle gagne à être vulgarisée à tous les niveaux sociaux et au-delà du strict cadre de nos projets. » La sensibilité aux conflits dépasse le cadre des seules organisations paysannes pour toucher l’ensemble de la chaîne de valeur locale.

Cette sensibilité s’étend également au traitement de l’information et au secteur marchand. Mariam Ouattara, du réseau de journalistes pour la promotion des produits agro-sylvo-pastoraux et halieutiques en Afrique de l’Ouest et au Sahel, insiste sur le rôle de la presse  « les médias doivent désormais adopter une écriture pédagogique à travers enquêtes et émissions pour apaiser les tensions et promouvoir la cohésion sociale » a t-elle laissé entendre. De son côté, Justin Motchosso Matitoma, secrétaire permanent de l’AOCTAH, a rappellé l’importance d’anticiper les impacts du commerce transfrontalier. Selon lui, la priorité réside dans la consolidation des facteurs de rapprochement comme la sécurité alimentaire ou l’inclusion des femmes et des jeunes afin de pérenniser les actions économiques, une démarche qu’il compte rapidement restituer aux équipes nationales de l’organisation.

Ces enjeux s’inscrivent dans une conjoncture régionale particulièrement préoccupante. Selon l’actualisation du Cadre Harmonisé publiée par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS), plus de 54,8 millions de personnes devraient se trouver en situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle aiguë, en phase 3 ou plus, au Sahel, en Afrique de l’Ouest et au Cameroun entre juin et août 2026. Parmi elles, plus de 3 millions sont classées en phase d’urgence. Le Nigeria concentre à lui seul près de 36,3 millions de personnes concernées. Dans sa fiche pays, FAO GIEWS Country Brief on Nigeria », publiée en septembre 2026, la FAO souligne notamment les effets des conflits armés, des perturbations des activités économiques et agricoles et de la hausse des prix alimentaires sur l’accès des ménages à la nourriture. Le CILSS relève également les déplacements forcés de populations et la baisse des financements humanitaires parmi les principaux facteurs aggravants. Par ailleurs, cette rencontre souligne la nécessité de concevoir une assistance humanitaire qui, au-delà de la réponse aux besoins des populations vulnérables, contribue à réduire les divisions entre les communautés et à renforcer la cohésion sociale ainsi que la consolidation de la paix.

Morel GOUKOUE

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