Depuis 2024, le Bénin expérimente une nouvelle forme d’assurance agricole basée sur l’indice de rendement. Après deux campagnes ayant donné lieu à des indemnisations, le dispositif commence à montrer son potentiel pour protéger les exploitations contre les aléas climatiques. Au-delà des montants versés aux producteurs, l’enjeu est désormais de faire de l’assurance un outil de sécurisation de l’investissement agricole et, à terme, de faciliter l’accès au financement.
Le vendredi 7 août 2026 à Cotonou, l’État béninois a remis 561,8 millions de FCFA à des producteurs de riz et de coton ayant enregistré des pertes de rendement au cours de la campagne 2025-2026. Les riziculteurs se sont partagé 376,8 millions de FCFA et les producteurs de coton 185 millions. Au total, 94 905 producteurs ont déjà bénéficié d’une couverture au cours de cette campagne, avec une prise en charge publique de 80 % des primes.
Une assurance qui sécurise l’exploitant et son champ
Mais que couvre réellement cette assurance ? Dans le cas du riz et du coton, le dispositif prend en compte certains intrants nécessaires à la production. Les études réalisées dans le cadre de la phase pilote de cette assurance ont évalué à environ 130 000 FCFA la valeur des principaux intrants utilisés sur un hectare de riz, notamment le NPK et l’urée. En cas de sinistre ouvrant droit à indemnisation, le montant versé ne peut dépasser 70 % de cette valeur. L’assurance permet ainsi de récupérer une partie de l’investissement engagé pour mettre en place la production. Pour l’élevage, l’approche est différente. C’est le fourrage naturel qui sert de référence pour apprécier le risque. Des équipements permettent notamment de déterminer si sa disponibilité est déficitaire. L’objectif est de disposer d’un indicateur permettant d’évaluer les pertes et de déclencher, lorsque les conditions sont réunies, une indemnisation.
L’intérêt du mécanisme apparaît alors au moment où le producteur subit la perte. L’indemnisation peut permettre de préserver une partie des moyens nécessaires pour poursuivre l’activité. Lors de la première campagne indemnisée, une productrice de riz expliquait avoir acheté des produits à appliquer dans son champ. Un autre producteur indiquait que l’argent lui permettrait d’acquérir les intrants nécessaires à la saison suivante. C’est précisément l’un des objectifs poursuivis par le dispositif. Comme le souligne le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yéton Blokounou Goubalan, les montants versés doivent permettre aux sinistrés de « préserver leurs capacités de production, de préparer sereinement la prochaine campagne agricole et de maintenir leur activité malgré les difficultés rencontrées ».

Quand l’assurance peut rassurer les financeurs
C’est ici que le dispositif prend une autre dimension. Une exploitation agricole ne fonctionne pas uniquement avec les ressources propres du producteur. Elle dépend aussi, souvent, du crédit pour financer les semences, les engrais, les équipements ou certaines dépenses de campagne. Or, pour un établissement financier, prêter à un agriculteur signifie accepter une part de risque liée à des événements que celui-ci ne maîtrise pas. Une sécheresse ou une inondation peut réduire les rendements alors même que le crédit doit être remboursé.
Le dispositif implique les systèmes financiers décentralisés (SFD) et les banques. Les SFD interviennent notamment dans la collecte des 20 % de la prime d’assurance restant à la charge des producteurs, en collaboration avec les ATDA sur le terrain. Cette implication ouvre aussi la possibilité de rapprocher assurance et crédit, en facilitant la mobilisation de la prime d’assurance au moment où le producteur bénéficie d’un financement. « L’assurance agricole devient un levier non seulement pour les institutions qui veulent mettre en place des crédits, parce que ça va nous rassurer pour que nous puissions quand même augmenter la cagnotte que nous mettons à disposition de nos bénéficiaires », a déclaré Faustin Kanlinsou, Directeur Général de COMUBA. L’assurance ne supprime donc pas le risque agricole. Elle permet de mieux le répartir entre le producteur, l’assureur et, indirectement, le financeur.
Un dispositif encore à changer d’échelle
Depuis le lancement de la phase pilote, le 4 mars 2025, le FNDA travaille avec Pula Advisors, partenaire technique chargé de l’implémentation du dispositif. Le projet avait été approuvé en Conseil des ministres le 23 octobre 2024 avec l’ambition de renforcer la résilience de 100 000 producteurs et éleveurs dans les douze départements. Les deux premières campagnes indemnisées constituent déjà une première mise à l’épreuve du modèle. Le mécanisme doit désormais démontrer qu’il peut fonctionner de manière régulière à une échelle beaucoup plus importante.
Le passage annoncé à 122 000 producteurs couverts pour la campagne 2026-2027 montre que le Gouvernement entend désormais élargir le dispositif. L’enjeu ne sera donc plus seulement de démontrer que l’assurance peut indemniser après une perte. Il faudra aussi vérifier sa capacité à s’installer durablement dans les pratiques agricoles et financières.
Plusieurs défis demeurent : maintenir la confiance des producteurs, rendre le mécanisme suffisamment compréhensible, garantir la fiabilité des données utilisées pour déterminer les pertes et améliorer progressivement la couverture. L’inclusion des femmes et des jeunes constitue également un enjeu. Pour la Coopération suisse, partenaire du dispositif, l’assurance doit notamment contribuer à renforcer leur accès aux mécanismes financiers.
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