À l’Université d’Abomey-Calavi, l’Unité de Recherche et d’Innovation en Élevage Biologique et Gestion Durable des Ressources Zoogénétiques (UR-EBIOREZ), dirigée par Dr Camus Adoligbe, mène un programme d’amélioration génétique pour développer une souche locale plus performante. De la tradition peule aux laboratoires de recherche, le poulet foulani entame une nouvelle étape. L’ambition est de proposer aux éleveurs une volaille adaptée aux réalités béninoises et capable de renforcer la production avicole nationale.
Longtemps apprécié dans les communautés peules pour sa rusticité et la qualité de sa viande, le poulet foulani pourrait bientôt changer d’échelle. À l’Université d’Abomey-Calavi, des chercheurs travaillent depuis trois ans à améliorer les performances de cette volaille locale afin d’en faire un levier de développement de l’aviculture béninoise. « Nous avons choisi de travailler sur le poulet foulani parce qu’il présente une croissance plus rapide, une bonne rusticité et une résilience au stress thermique », explique Dr Camus Adoligbe, généticien et responsable de l’UR-EBIOREZ. Présentés lors de la première édition du Salon-Expo Avicole du Bénin, les premiers résultats de ces travaux suscitent déjà l’intérêt des professionnels de la filière.

Une sélection génétique rigoureuse
Tout commence par la constitution d’un noyau de reproducteurs. Les œufs produits sont soigneusement triés avant d’être incubés. Après l’éclosion, les poussins sont suivis pendant vingt-quatre semaines. Leur croissance est régulièrement mesurée, tandis que des analyses morphométriques et génétiques permettent d’identifier les individus présentant les meilleures performances. À chaque génération, seuls les sujets les plus performants sont retenus pour assurer la reproduction. « Sur l’ensemble des animaux élevés, environ 10 % sont finalement sélectionnés comme futurs reproducteurs », précise le chercheur. Cette sélection progressive permet d’améliorer, génération après génération, les per formances de la souche tout en conservant ses qualités d’origine.
Des performances en progression
Les résultats enregistrés par l’équipe de recherche sont déjà encourageants. Au lancement du programme, les reproducteurs atteignaient en moyenne deux kilo grammes à vingt-quatre semaines d’âge, une performance proche de celle observée chez plusieurs poulets locaux. Aujourd’hui, les mâles dépassent les deux kilo grammes dès la dix-septième semaine, tandis que les femelles atteignent environ 1,8 kilogramme à seize semaines. L’objectif des chercheurs est désor mais d’obtenir ces mêmes performances dès douze semaines. Pourquoi cette course contre la montre ? Parce qu’un poulet qui atteint rapidement son poids commercial consomme moins d’aliments, réduit les coûts de production et améliore la rentabilité des exploitations. Selon les premières estimations de l’équipe de recherche, un éleveur pourrait dégager un bénéfice brut d’environ 1 500 francs CFA par sujet vendu à seize semaines, si les performances visées sont atteintes.
Une volaille adaptée aux réalités locales
Au-delà de la croissance, le programme mise également sur les qualités naturelles du poulet foulani. Rustique, adapté aux conditions climatiques locales et présentant une bonne résilience au stress thermique, il constitue une alternative intéressante pour les producteurs. Pour autant, le chercheur met en garde contre une idée reçue. « Même si ce poulet présente une bonne rusticité, cela ne dispense pas les éleveurs de respecter les règles de biosécurité », insiste Dr Adoligbe. À la station expérimentale, des mesures strictes sont appliquées pour limiter les risques de contamination : contrôle des accès aux bâtiments, équipements spécifiques pour les intervenants et séparation des compartiments d’élevage .
L’unité explore également des solutions naturelles pour accompagner la santé animale. Le vernonia, utilisé sous forme de macérat, est notamment expérimenté pour le déparasitage externe et interne. Le jus de citron ou encore le jus de noni font partie des produits testés pour renforcer l’immunité des volailles et réduire le re cours aux produits de synthèse. Une démarche qui s’inscrit dans l’approche « One Health », prenant en compte la santé animale, humaine et environne mentale

D’autres innovations en perspectives
Au-delà du Poulet Foula ni, l’UR-EBIOREZ mène plusieurs autres travaux pour accompagner le développement de l’aviculture béninoise. Les chercheurs expérimentent notamment la production d’œufs de table à partir d’un premier effectif de 60 poules pondeuses, en évaluant des protéines alternatives comme le moringa et les larves de mouche soldat noire en substitution partielle de la farine de poisson. Les premiers résultats sont encourageants, avec un taux de ponte d’environ 86 %. L’unité poursuit également des recherches sur l’utilisation de produits naturels pour limiter le recours aux produits de synthèse en élevage. Des innovations qui traduisent une même ambition : développer une aviculture béninoise plus performante, durable et fondée sur des solutions scientifiques adaptées aux réalités locales.
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