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Élevage au Bénin : Résurgence des plantes médicinales face à la cherté des vaccins

Face à la hausse des prix de certains vaccins et des antibiotiques vétérinaires au Benin, de nombreux éleveurs réorientent leurs pratiques vers des solutions plus accessibles. Ainsi, l’usage raisonné des plantes locales, gagne progressivement du terrain, notamment dans les exploitations de petite et moyenne taille.

Résumant un sentiment largement partagé par ses homologues, Pascal Lokossou, éleveur de volailles à Calavi confie : « Les coûts des produits vétérinaires sont parfois difficiles à supporter. On cherche donc des alternatives accessibles ». Dans ce contexte, plusieurs espèces végétales sont mobilisées, pour non seulement prévenir certaines pathologies mais aussi pour soutenir la productivité des animaux. Le Bénin, riche de sa biodiversité, dispose d’un patrimoine végétal important qui alimente ces pratiques, à la croisée des savoirs empiriques et des approches scientifiques émergentes. Loin d’un simple retour aux traditions, il s’agit d’une adaptation contemporaine, où l’observation des résultats guide désormais les éleveurs.

Le neem, pilier des pratiques sanitaires

Dans plusieurs élevages, le neem (Azadirachta indica) s’impose comme une référence en matière de gestion sanitaire, en particulier contre les infestations parasitaires. Ses feuilles, transformées en poudre ou en extraits aqueux, sont intégrées dans les routines d’entretien ou administrées ponctuellement. Pour les éleveurs, son utilisation relève avant tout d’une logique préventive, comme l’explique Pascal Lokossou : « depuis que j’utilise le neem, je constate une baisse des pertes liées à certaines maladies, notamment la coccidiose. »

Cette efficacité constatée s’appuie sur la richesse biochimique de la plante, reconnue pour ses propriétés antiparasitaires, antiseptiques et vermifuges. Elle agit notamment sur certains parasites internes et externes, limitant leur prolifération sans recourir systématiquement aux molécules de synthèse. Toutefois, cette alternative nécessite une certaine rigueur. « Le neem peut être assimilé à un antibiotique naturel. Il possède des propriétés désinfectantes et parasiticides, mais son utilisation doit être rigoureusement encadrée », prévient Dr Ignace Koutangnin, ethno vétérinaire. L’absence de standardisation des doses constitue en effet l’une des principales limites. Une mauvaise préparation ou un surdosage peut réduire l’efficacité du traitement, voire provoquer des effets indésirables.

Du Moringa

Le moringa, un atout nutritionnel et productif

Au-delà de ses usages en médecine humaine, le moringa (Moringa oleifera) s’impose progressivement dans l’alimentation animale. Ses feuilles, particulièrement riches en protéines, vitamines (A, C, E) et antioxydants, sont incorporées dans les rations, notamment en aviculture et en élevage de petits ruminants. Les éleveurs associent cette pratique à une amélioration sensible des performances zootechniques. « Mes poules pondent davantage d’œufs quand ils prennent le moringa. Cette plante a clairement un impact sur les productions » affirme Enock Amagnisse, Éleveur de volailles et lapins à Bohicon

Sur le plan nutritionnel, le moringa agit comme un correcteur de carences. Il contribue à améliorer l’indice de conversion alimentaire, stimule la croissance et renforce la réponse immunitaire des animaux. « Le moringa peut compenser certains déficits alimentaires et soutenir la croissance, mais son efficacité dépend fortement du mode d’incorporation et des quantités utilisées », souligne Ignace Koutangnin. Outre les feuilles, les graines et, plus rarement, les racines sont utilisées dans des préparations spécifiques, en fonction des objectifs recherchés, qu’ils soient nutritionnels ou thérapeutiques.

Le baobab, un soutien pour les jeunes sujets

Dans les élevages, le baobab (Adansonia digitata) est principalement mobilisé pour accompagner les phases critiques de croissance, notamment chez les jeunes animaux. Sa pulpe, riche en calcium, en vitamines et en minéraux, est généralement réduite en poudre et incorporée à l’alimentation. Ces résultats s’expliquent par l’apport nutritionnel du baobab, qui contribue à la formation osseuse et au renforcement général de l’organisme. Toutefois, son efficacité dépend de la capacité d’assimilation des animaux. « La poudre de baobab peut favoriser le développement, mais encore faut-il que l’organisme soit en mesure d’assimiler correctement ce calcium », nuance Dr Koutangnin. Selon lui, l’intérêt du baobab réside également dans son utilisation combinée avec d’autres apports, dans une logique d’équilibre nutritionnel global.

Un Goyavier

Le goyavier et les plantes du quotidien contre les troubles digestifs

Certaines plantes courantes occupent également une place importante dans la gestion des troubles digestifs, fréquents en période de forte humidité. Le goyavier (Psidium guajava) figure parmi les solutions les plus utilisées. Ses feuilles, riches en tanins, sont généralement administrées sous forme de décoction. Elles agissent comme des agents astringents et antimicrobiens, contribuant à stabiliser le transit et à limiter les infections digestives. « Le goyavier permet de réduire les troubles digestifs et d’améliorer l’état général de l’animal », détaille Dr Koutangnin.

Autour de cette plante, d’autres ressources naturelles sont également mobilisées : l’aïl pour ses propriétés antimicrobiennes, les feuilles de papayer pour leur action vermifuge, ou encore le basilic, utilisé pour atténuer le stress et les effets des variations climatiques. Une diversité végétale qui témoigne de la richesse des savoir-faire locaux.

Entre efficacité et nécessité de structuration

Malgré des résultats jugés encourageants, la pharmacopée vétérinaire reste confrontée à plusieurs contraintes, notamment dans les élevages de grande envergure. Pour des effectifs importants, il est difficile de se reposer uniquement sur les plantes, reconnaît Pascal Lokossou. Dans la pratique, une complémentarité s’impose entre les approches traditionnelles et la médecine vétérinaire moderne. Les plantes sont utilisées en prévention ou pour des affections légères, tandis que les produits conventionnels restent privilégiés pour les cas graves. « J’utilise les plantes au quotidien, mais je conserve les traitements vétérinaires pour les situations graves », précise Enock Amangnisse.

L’absence de protocoles validés et de dosages précis limite encore l’extension de ces pratiques. « Une mauvaise utilisation peut être inefficace ou dangereuse. Il est indispensable de disposer de références fiables », insiste le Dr Koutangnin.

Une alternative prometteuse en quête de structuration

Si la pharmacopée vétérinaire continue de se développer, c’est en grande partie en raison de son accessibilité. Les plantes sont disponibles localement, peu coûteuses et relativement faciles à utiliser, ce qui en fait une option attractive pour les petits producteurs. Pascal Lokossou rappelle cet avantage déterminant « La majorité de ces plantes est locale, disponible, peu coûteuse et gratuite, et leur utilisation est simple à mettre en œuvre. »

Toutefois, cette accessibilité pose également la question de l’encadrement. « ll est nécessaire de poursuivre les recherches et d’encadrer ces usages pour éviter les dérives », conclut Dr Koutangnin.

À la croisée des traditions et de l’innovation, la pharmacopée vétérinaire au Bénin s’impose ainsi comme une piste crédible pour renforcer la résilience des systèmes d’élevage, à condition d’être mieux documentée, encadrée et intégrée aux politiques de santé animale.

Morel GOUKOUE

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