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CoPil 2026 : la CEDEAO veut changer de paradigme agricole

Achevés sur une note stratégique et interpellatrice, les travaux des CoPil 2026 ont exhorté la CEDEAO à convertir ses analyses en actions concrètes face aux défis climatiques, alimentaires et économiques.

Défis rencontrés sur le terrain, performances des projets en cours, orientations futures ! Tels sont les différents points clés sur lesquels ont porté les discussions. De même, les échanges ont abordé les principaux axes de l’ECOWAP, notamment la production et la productivité agricoles, l’élevage, le pastoralisme, la pêche et l’aquaculture, les chaînes de valeur et les marchés régionaux, ainsi que la résilience, la sécurité alimentaire et la gouvernance de la politique agricole.

Des recommandations pour renforcer l’impact des politiques agricoles

Moment central de la clôture, la présentation des synthèses des CoPil 2026 a dégagé une feuille de route pour le développement du secteur agrosylvopastoral et halieutique. Les échanges ont mis l’accent sur le renforcement des capacités des acteurs, notamment des jeunes et des femmes, ainsi que sur l’accélération de la mécanisation, de l’irrigation et des technologies agricoles. L’amélioration des chaînes de valeur, la facilitation du commerce régional et une meilleure articulation entre politiques régionales et réalités nationales ont également été soulignées afin d’assurer des actions plus cohérentes et à fort impact.

Les participants ont par ailleurs relevé les difficultés persistantes de certains pays en matière de production de données, essentielles au suivi des politiques agricoles, appelant à un accompagnement renforcé. Ils ont également insisté sur la nécessité d’adapter les stratégies aux spécificités nationales, tout en plaidant pour une meilleure coordination entre États, institutions régionales et partenaires. Dans cette dynamique, des responsabilités ont été attribuées aux différentes institutions, avec l’objectif de renforcer l’efficacité et les résultats des interventions.

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Des CoPil en évolution, mais encore à optimiser

Les discussions ont également permis de revenir sur l’évolution du format des CoPil au fil des années. Initialement organisés par projet entre 2015 et 2023, ces comités ont progressivement évolué vers une approche thématique. Depuis 2024, cette structuration a été resserrée afin de mieux cibler les priorités et de gagner en efficacité. Malgré ces ajustements, les participants estiment que le dispositif reste perfectible. Le format actuel ne permet pas encore de capter pleinement les réalités nationales ni d’assurer un suivi optimal des recommandations formulées. « Ces sessions permettent de discuter des résultats […] mais on n’arrive pas encore à tout capturer, surtout ce qui se passe dans les pays », a souligné le représentant des partenaires techniques et financiers. Il a insisté sur la nécessité d’une implication plus forte des États, estimant que leur participation est essentielle pour refléter fidèlement les changements opérés sur le terrain.

« Une CEDEAO des peuples » : la voix forte des producteurs

Les organisations de producteurs ont, quant à elles, livré une intervention particulièrement marquante. « Nous regardons quels sont les acquis vers la CEDEAO des peuples », a déclaré leur représentant, Mamadou Sissoko. Il a appelé à recentrer les politiques sur les impacts concrets pour les populations. Dans un ton plus critique, il a dénoncé le manque de considération perçu par certains acteurs de terrain. « On a l’impression d’être des sacs à dos. Et ça, ça fait mal », a-t-il affirmé. Il a également mis en garde contre une vision trop techniciste des politiques agricoles, rappelant que les ressources naturelles restent au cœur des enjeux. « La digitalisation ne peut pas ramener une rivière qui a disparu », a-t-il affirmé.

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Mamadou Sissoko, Représentant des OPR

Du côté du secteur privé, les réactions ont été plus nuancées. Les acteurs ont salué l’existence de ce cadre de dialogue régional, qu’ils considèrent comme un espace privilégié d’expression et de concertation. Ils ont également accueilli favorablement les évolutions permettant un accès plus direct aux financements, tout en soulignant certaines limites persistantes.

Climat, innovation et digitalisation au cœur des priorités

Les enjeux climatiques ont occupé une place centrale dans les discussions. La présentation d’un système de gestion environnementale et sociale sensible au climat a mis en évidence la nécessité d’intégrer davantage les risques environnementaux dans la conception des projets agricoles et de renforcer la durabilité des systèmes de production. Dans le même temps, la digitalisation a été présentée comme un levier stratégique, notamment à travers la plateforme ECOWAP e-learning. Cet outil vise à renforcer les capacités des acteurs, à faciliter l’accès à l’information et à harmoniser les pratiques à l’échelle régionale.

Des défis persistants malgré les avancées

Malgré les progrès enregistrés, les participants ont reconnu que les défis restent nombreux. Le paradoxe d’une production agricole en hausse combinée à une insécurité alimentaire persistante illustre les limites actuelles des systèmes agricoles et de gouvernance. Ce constat met en évidence la nécessité de repenser les mécanismes de distribution, de renforcer les dispositifs de protection sociale et d’améliorer la gouvernance globale du secteur.

Face à ces enjeux, les responsables institutionnels ont pris des engagements clairs. « Il y a une amélioration […] mais il reste encore à faire », a déclaré le Directeur exécutif de l’ARAA, Kanfitin Konlani, tout en assurant que les recommandations seraient effectivement mises en œuvre. Du côté de la Commission de la CEDEAO, le message a été tout aussi ferme. « Les recommandations sont très claires […] il ne nous reste plus qu’à agir ».

Cap sur 2026 : l’urgence d’un changement de paradigme

Au terme des échanges, un consensus se dégage clairement. Il est désormais indispensable de passer d’une logique d’analyse à une logique de résultats. Dans un contexte marqué par les crises climatiques, sécuritaires et économiques, les CoPil 2026 auront surtout mis en évidence la nécessité d’un changement de paradigme fondé sur une gouvernance plus inclusive, une meilleure coordination et une mise en œuvre effective des politiques.

Auriol HOUDEGBE

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