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La Tanzanie s’impose comme une puissance mondiale de la noix de cajou

Avec 617 683 tonnes de noix brutes de cajou engrangées durant la campagne 2025/2026, la Tanzanie, pays d’Afrique de l’Est pulvérise son précédent record et consolide sa position de quatrième producteur mondial, derrière la Côte d’Ivoire, l’Inde et le Cambodge.

Jamais la Tanzanie n’avait récolté autant de noix de cajou. À titre de comparaison, la récolte de la saison précédente s’établissait à 528 263 tonnes, soit un bond de près de 17 % en une seule année. Pour mesurer le chemin parcouru, il faut remonter à 2022/2023, année noire pour la filière. La production s’était alors effondrée de 20 %, plongeant le secteur dans une crise dont peu anticipaient une sortie aussi rapide. Pourtant, le rebond a été spectaculaire. De 310 000 tonnes la saison suivante, les volumes ont grimpé sans discontinuer jusqu’à ce nouveau sommet historique.

Derrière cette performance se cache une mobilisation inédite des pouvoirs publics. Le Conseil tanzanien de l’anacarde, connu sous l’acronyme CBT, a changé de braquet ces dernières années en adoptant une approche volontariste auprès des agriculteurs. Distribution de jeunes plants, accès facilité aux intrants, programmes de protection phytosanitaire. Autant de leviers actionnés pour densifier et moderniser le tissu productif.

Le coup d’accélérateur le plus récent date d’avril 2026, avec le lancement d’un plan de soutien aux intrants touchant directement environ 550 000 paysans dans les bassins de production de Mtwara, Lindi et Tanga. Un signal fort envoyé à toute une filière.

Un million de tonnes en ligne de mire

La Tanzanie ne compte pas s’arrêter là. Ses responsables ont fixé le cap d’un million de tonnes à l’horizon 2030, avec une étape intermédiaire ambitieuse : dépasser les 750 000 tonnes dès la campagne 2026/2027. Un pari audacieux, mais que la dynamique actuelle rend crédible. Reste que l’écart avec la Côte d’Ivoire, qui a produit environ 1,5 million de tonnes lors de la dernière saison, rappelle que la route vers le sommet est encore longue. Ce défi, les autorités tanzaniennes semblent pourtant décidées à le relever, année après année.

Briser la logique de l’exportation brute

C’est là que réside le véritable enjeu stratégique. Aujourd’hui, près de 90 % des noix tanzaniennes quittent le territoire sans avoir été transformées, acheminées vers l’Inde ou le Vietnam où elles génèrent une valeur ajoutée dont le pays ne profite pas. Rompre avec cette dépendance est devenu une priorité nationale. La réponse passe par la création de zones industrielles dédiées. Le parc de Maranje, dans la région de Mtwara, incarne cette ambition : 636 hectares aménagés pour accueillir des unités de décorticage et de transformation, au sein d’une zone économique spéciale où les investisseurs se voient offrir des conditions particulièrement attractives, foncier gratuit, infrastructures prises en charge, régime fiscal allégé.

Alfred Françis, directeur général du CBT, a résumé la vision lors d’une interview accordée à l’Agence Ecofin en mars dernier. Son objectif est qu’en 2030, six noix sur dix produites en Tanzanie soient transformées sur place. Pour séduire les industriels, il met en avant un argument de poids, la qualité intrinsèque du cajou tanzanien, dont plus de 95 % de la dernière récolte affiche un rendement en amande supérieur à 48, avec des calibres généreux et une blancheur recherchée par les acheteurs du monde entier.

Ablam AKODJEVO

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