Le 14 mars 2026, à Addis-Abeba, le gouvernement éthiopien a officiellement lancé trois stratégies nationales pour transformer en profondeur son système agricole et alimentaire.
Trois textes fondateurs ont été structurés par l’État. Il s’agit de la Stratégie nationale d’agroécologie pour la transformation des systèmes alimentaires (NAES), la Stratégie nationale de développement de l’agroforesterie (NAFDS) et le Cadre stratégique d’investissement éthiopien (ESIF). Loin d’être des documents parallèles, ces trois textes forment un système cohérent où chacun joue un rôle distinct mais complémentaire.
La NAES, qui couvre la période 2026–2040, pose le cadre de vision en traçant la trajectoire vers des systèmes alimentaires durables et en plaçant l’agroécologie au cœur des priorités nationales. La NAFDS, plus opérationnelle et couvrant la période 2026–2035, propose des solutions ancrées dans la valorisation des arbres pour régénérer les écosystèmes agricoles et renforcer leur productivité sur le long terme. L’ESIF, enfin, constitue le levier financier de l’ensemble du dispositif, en orientant les investissements publics et privés vers les priorités définies par les deux autres stratégies. Ensemble, ils relient vision, action et financement au sein d’un même projet national.
Cette ambition n’a pas été portée par le seul gouvernement. CIFOR-ICRAF et l’Alliance de Bioversity International et du CIAT ont accompagné l’ensemble du processus en tant que partenaires techniques, contribuant à la conception des stratégies, à la mobilisation des parties prenantes et à la production de données scientifiques. Ce soutien a été rendu possible grâce au financement de l’Union européenne dans le cadre du programme « TRANSITIONS », géré par le FIDA, avec des contributions complémentaires du Service de développement du Liechtenstein et des programmes scientifiques du CGIAR.
Un long processus participatif pour bâtir une vision commune
Ces trois stratégies ne sont pourtant pas le fruit d’un travail précipité. Leur élaboration a mobilisé plus d’un an de travaux collectifs. Dès novembre 2024, le ministère de l’Agriculture a réuni à Addis-Abeba un premier cercle d’acteurs, gouvernement, universités, société civile et partenaires au développement, pour poser les fondations de la NAES. Un groupe de travail multi-institutionnel a ensuite été chargé de piloter les travaux sur la durée. En août 2025, un atelier de rédaction de cinq jours tenu à Adama a rassemblé 46 spécialistes issus de 26 institutions différentes, constituant l’un des moments les plus décisifs du chantier. En octobre 2025, un atelier consultatif national a élargi la concertation à plus de 120 représentants de 86 institutions, avant que la stratégie ne soit formellement validée en décembre 2025.
La NAFDS, quant à elle, avait suivi un calendrier distinct. Fruit de travaux initiés dès 2019 sous la conduite du ministère de l’Agriculture, elle a été officiellement présentée lors d’une cérémonie dédiée le 29 décembre 2025 à Addis-Abeba, marquant le passage d’années de réflexion politique à une phase concrète de déploiement national.
Ces longues préparations répondent à une nécessité impérieuse. Le secteur agricole éthiopien, bien qu’il demeure le pilier de l’économie nationale, est aujourd’hui soumis à des pressions croissantes et convergentes : recul de la fertilité des terres, accélération du changement climatique, perte de biodiversité, déforestation et persistance de l’insécurité alimentaire dans de nombreuses régions. Face à l’ampleur et à l’interdépendance de ces défis, des réponses sectorielles et fragmentées ont montré leurs limites. C’est précisément pour y remédier que les trois stratégies ont été conçues comme un bloc indissociable.
Un modèle pour l’Afrique, un pari sur l’avenir
Au-delà de ses frontières, l’Éthiopie s’inscrit dans un mouvement continental qui prend de l’ampleur. La Tanzanie a ouvert la voie en novembre 2023, suivie par le Kenya en novembre 2024. L’Ouganda, la Zambie, le Zimbabwe et le Malawi sont aujourd’hui engagés dans des démarches similaires. En rejoignant cette dynamique avec un dispositif particulièrement structuré et intégré, l’Éthiopie ne cherche pas seulement à s’aligner sur ses voisins : elle ambitionne de s’imposer comme un modèle régional de transformation agroécologique.
Reste que l’enjeu véritable ne se mesure pas à la qualité des documents produits, mais à leur mise en œuvre concrète. Des parlementaires éthiopiens ont d’ailleurs insisté sur la nécessité d’une coordination institutionnelle solide, d’une intégration effective dans les mécanismes de planification et de budgétisation existants, ainsi que d’un financement pérenne combinant ressources publiques, finance climatique et partenariats privés. La réussite de cette révolution agricole se jouera dans les champs et les institutions locales, au plus près des agriculteurs que ces stratégies entendent servir.
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