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Vol de bétail : l’Afrique de l’Ouest élabore un programme régional pour sécuriser les cheptels

Le lundi 9 février 2026, s’est tenu à Dakar le lancement d’un atelier sous-régional consacré à la lutte contre le vol de bétail en Afrique de l’Ouest. Fruit de l’initiative de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cette rencontre de quatre jours a réuni des représentants des ministères en charge de l’Élevage, de l’Agriculture, de la Sécurité et de la Justice, d’organisations pastorales, d’institutions régionales et internationales, du monde universitaire et du secteur privé, notamment dans le domaine de la traçabilité du bétail, issus de quinze pays de la sous-région.

La problème du vol de bétail n’est pas nouvelle et constitue depuis plusieurs années un défi majeur pour la sécurité, les moyens de subsistance des éleveurs et la stabilité des zones pastorales ouest-africaines. Longtemps considérée comme une délinquance rurale isolée, cette pratique s’est progressivement structurée, prenant une dimension transfrontalière et criminelle qui dépasse désormais les capacités de réponse strictement nationales.

Sur le plan économique, la FAO estime que les pertes liées au vol de bétail dépassent 467 millions de dollars par an en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, malgré la création de la Cellule de lutte contre le vol de bétail en 2013 et l’adoption d’un cadre légal plus répressif en 2017, les éleveurs continuent de perdre entre 22 000 et 30 000 têtes de bétail chaque année. Dans son discours, le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a qualifié le vol de bétail d’« atteinte aux biens des éleveurs », mais surtout d’« une menace grave pour la stabilité économique, la sécurité alimentaire, la paix sociale et la mobilité pastorale », et a insisté sur sa prolifération. « Le vol de bétail dépasse largement les frontières nationales. Les réseaux criminels profitent de la porosité des frontières, des failles de nos systèmes de contrôle et de la mobilité des troupeaux, souvent liée à la recherche de pâturages et d’eau », a-t-il ajouté.

C’est dans ce contexte que les travaux de Dakar s’inscrivent, avec en ligne de mire l’élaboration d’un programme régional de lutte contre le vol de bétail, actuellement en phase de maturation. Le projet, dont le budget prévisionnel dépasse 345 millions de dollars américains, devrait être déployé sur la période 2026-2030, après validation par les États membres et les partenaires concernés.

Selon les orientations présentées lors de l’atelier, le programme s’articule autour de trois axes majeurs : la digitalisation de la traçabilité du cheptel, l’harmonisation des dispositifs juridiques et sécuritaires entre les pays, ainsi que l’implication structurée des communautés pastorales et des organisations professionnelles dans les mécanismes d’alerte et de prévention.

Les dirigeants en concertation

Au-delà de la structuration du programme, les pays participants entendent, à travers l’atelier, franchir un cap décisif grâce à la mise en place d’une coalition sous-régionale multi-acteurs, associant États, organisations régionales, partenaires techniques et financiers, secteur privé et communautés pastorales. L’ambition affichée est de réduire de 70 % le vol de bétail à l’horizon 2031, grâce à une stratégie commune axée sur l’innovation technologique, la recherche-développement et le renforcement de la coopération sécuritaire transfrontalière.

De son côté, la coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, Bintia Stephen Tchicaya, a insisté sur la nécessité d’« approches concertées, multisectorielles et multi-acteurs », estimant qu’aucune réponse strictement nationale ne peut suffire face à un phénomène qui « fragilise les ménages, appauvrit les pasteurs et alimente les tensions intercommunautaires ». Par ailleurs, il importe de rappeler que le vol de bétail contribue à des circuits d’abattage clandestins, exposant les consommateurs à de sérieux risques sanitaires liés aux zoonoses.

Morel GOUKOUE

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