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Cameroun :Des allègements fiscaux adoptés pour stimuler le secteur agropastoral

Pour la nouvelle campagne agricole, le Cameroun mise résolument sur des allègements fiscaux d’envergure afin de réduire le coût d’entrée dans le secteur agropastoral. Le dispositif, ancré dans le cadre de la politique d’import-substitution, cible aussi bien les petits exploitants que les entreprises agricoles structurées.

Le levier central de cette politique repose sur les exonérations appliquées aux équipements de production. Sont ainsi exonérés de TVA les semences, les engrais, les pesticides, le matériel de préparation du sol, le matériel de plantation, de transformation, d’irrigation et d’emballage.

Sécuriser le foncier et faciliter le financement agricole

À ces mesures s’ajoutent l’exonération des droits d’enregistrement des mutations de terrains affectés à l’agriculture, l’exonération des droits d’enregistrement des conventions de prêts destinées au financement des activités agricoles, ainsi que l’exonération de la taxe foncière des propriétés appartenant aux entreprises agricoles. Pour les entreprises agro-industrielles, les incitations douanières consistent en l’exonération des taxes et droits de douane sur tous les équipements et matériels importés liés au programme d’investissement.

Ces allègements combinés visent concrètement à rendre l’accès aux équipements modernes, tracteurs, systèmes d’irrigation performants, matériels de transformation, moins prohibitif pour les opérateurs, notamment les petits exploitants qui constituent l’écrasante majorité du tissu agricole camerounais. Le milieu rural représente 50 % de la population du Cameroun, avec l’agriculture comme principale activité économique.

Un bouclier fiscal de cinq ans pour les jeunes exploitations

Une fois l’exploitation lancée, le soutien public se poursuit dans le temps. Durant les cinq premières années d’activité, les entreprises bénéficient d’exonérations sur la contribution des patentes et sur l’impôt sur le revenu.

Ce filet de protection temporaire vise à donner aux nouvelles unités de production le temps de consolider leur viabilité économique avant d’être soumises au régime fiscal de droit commun. Les secteurs de l’élevage et de la pêche sont également couverts par ces avantages, dans une vision qui embrasse l’ensemble de la chaîne alimentaire nationale.

Cap vers la modernisation numérique et le suivi technique

En parallèle de ces allègements, Yaoundé affiche une orientation croissante vers la numérisation de l’accompagnement agricole, en cherchant à faciliter l’accès des producteurs aux subventions et au suivi technique via les collectivités territoriales décentralisées. Cette ambition de modernisation numérique s’inscrit dans un objectif plus large : le gouvernement camerounais vise notamment une adoption à grande échelle des technologies agricoles avancées, afin de transformer radicalement la production agro-industrielle nationale.

​Le modèle camerounais face aux disparités budgétaires africaines

La démarche camerounaise n’est pas isolée à l’échelle du continent, mais elle se distingue par son ampleur. Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, l’État use de la fiscalité comme outil de stimulation du secteur agricole, sans toutefois toujours atteindre les mêmes niveaux de couverture. Cinq pays, l’Éthiopie, le Kenya, le Nigéria, la Tanzanie et le Sénégal, concentrent à eux seuls 70 % des dépenses publiques agricoles annuelles de la région, révélant d’importantes disparités dans l’engagement des États. L’Éthiopie demeure le seul pays du continent à respecter l’engagement de Maputo consistant à allouer au moins 10 % de son budget national au soutien direct du secteur agricole.

Le Cameroun, pour sa part, fait le choix d’un soutien par l’incitation fiscale plutôt que par la dépense directe, une approche qui préserve les équilibres budgétaires tout en envoyant un signal fort aux investisseurs privés.

Le défi de la vulgarisation : de la loi aux champs

Reste que l’efficacité de ce dispositif dépendra de sa diffusion réelle auprès des acteurs ruraux. La fiscalité agricole demeure méconnue du grand public au Cameroun, relevant d’un secteur rural peu encadré, contrairement aux autres secteurs imposables mieux formalisés.

Sans un effort d’information et d’accompagnement de terrain, les meilleures incitations fiscales risquent de rester lettre morte pour ceux-là mêmes qu’elles sont censées soutenir.

Ablam AKODJEVO

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