Face à la dégradation progressive des terres agricoles et à la baisse des rendements, le programme ACMA3 expérimente une nouvelle approche basée sur la production locale de biofertilisants fabriqués à base de matières organiques locales. Entre sélection de sites pilotes, analyse des écosystèmes et formation des acteurs, l’initiative ambitionne à terme de contribuer à restaurer durablement la fertilité des sols. avant une mise à l’échelle nationale, la phase pilote de l’initiative se déroule dans plusieurs localités de la zone d’intervention du programme.
« Les résidus de récolte, quand les gens finissent, ils mettent le feu, ce qui détruit nos micro-organismes présents dans le sol. Ce n’est pas une bonne pratique. La meilleure pratique, c’est la régénération des sols. » Pour Boubacar Faroukou, éleveur à Sinendé, le constat est sans appel. Dans de nombreuses exploitations, le brûlis demeure une pratique courante après les récoltes. Si à première vue la pratique permet de nettoyer rapidement les champs, elle contribue malheureusement à l’appauvrissement progressif des sols.
La destruction des résidus végétaux prive en effet les terres d’une source essentielle de matière organique. Une situation qui affecte directement leur fertilité et leur capacité à soutenir durablement la production agricole. « Les résidus de récolte n’étant pas restitués au sol, le niveau de matière organique dans le sol a commencé par diminuer pour se retrouver aujourd’hui à des niveaux franchement pas très bons pour les cultures. Cette situation se traduit par une baisse de fertilité du sol et un niveau de rendement très bas au niveau producteur », explique Moïse Adegnika, responsable innovations et agriculture intelligente sur le programme ACMA3.
Dix sites pilotes retenus dans cinq communes des trois départements d’intervention du programme ACMA3
Pour répondre à cette problématique, IFDC, à travers le programme ACMA3 financé par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas au Bénin, s’est engagé dans la recherche de solutions durables favorisant la régénération des sols. L’organisation a ainsi noué un partenariat avec Terranauta Africa, une entreprise spécialisée dans l’ingénierie agricole et la production de biofertilisants à travers des procédés de fermentation. L’objectif est de produire localement des fertilisants biologiques à partir de la matière organique disponible sur les exploitations agricoles.
Pour cette phase pilote prévue sur la période 2025-2026, cinq communes ont été ciblées : Sinendé, N’Dali et Tchaourou dans le Borgou, Bassila dans la Donga ainsi que Dassa-Zoumè dans les Collines. Une mission conjointe regroupant ACMA3, Terranauta Africa et Bénin Fertilisants SARL a été déployée du 28 octobre au 2 novembre 2025 afin d’identifier les espaces susceptibles d’accueillir les futures unités de production de biofertilisants. Sur les 19 sites proposés initialement, dix ont finalement été retenus.
Une analyse approfondie avant le lancement des activités
Au-delà du choix des sites, les équipes techniques ont procédé à une évaluation détaillée des écosystèmes et des pratiques agricoles locales. Selon Salvador Roig-Coll, PDG de Terranauta Africa SARL, cette étape vise à établir un état des lieux complet avant toute intervention. « C’est une évaluation de la situation initiale que l’on trouve avec les différents paysans et les différents écosystèmes. Nous étudions la situation des terres, les ressources disponibles et les pratiques déjà mises en œuvre afin de personnaliser les futures activités de production des biofertilisants », explique-t-il. Cette démarche permettra notamment d’identifier les micro-organismes disponibles dans les différents environnements et de concevoir des biofertilisants adaptés aux réalités locales.
Des producteurs formés à la fabrication des biofertilisants
Après l’étape de prospection, le projet a réuni agriculteurs, éleveurs,, représentants de la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP), de la Fédération des Unions de Producteurs du Bénin (FUPRO Bénin) et des partenaires techniques pour une formation pratique organisée les 28 et 29 mai 2026. Pendant deux jours à Dassa-Zoumè, les participants ont alterné exposés théoriques et travaux pratiques consacrés à la fermentation, à l’évaluation visuelle des sols, à l’identification des contraintes de production et à la fabrication de biofertilisants à partir de ressources organiques locales.
Pour Dahana Adam maraîchère à Bassila, cette formation ouvre de nouvelles perspectives. « Je savais qu’il fallait faire du compost. Je le fait. Mais sur mon sol, ils ont vu qu’il y avait encore d’autres choses constituants qui manquaient. Avec les deux jours que j’ai eus ici, quand je serai sur mon terrain, je peux retrouver l’élément qui est à côté de moi, qui ne coûte rien, pour améliorer mon sol », témoigne-t-elle.
Même satisfaction du côté des autres participants. « Cette formation va nous permettre d’économiser et d’avoir plus de rendement dans nos exploitations. Je prends l’engagement de restituer les connaissances acquises afin qu’elles servent d’exemple dans le cadre de la régénération des terres dans la commune de Sinendé », affirme Boubacar Faroukou. Pour Fabrice Bakpé, représentant de la FUPRO, l’engouement observé traduit l’importance de la problématique abordée. « Si vous voyez déjà la motivation des participants, vous comprenez que nous sommes en train de répondre à un besoin très manifeste », souligne-t-il.
Vers 200 sites de production de biofertilisants d’ici fin 2026
La formation marque désormais la fin de la phase préparatoire du projet. Les prochains mois seront consacrés à la mise en œuvre effective de la production des biofertilisants sur les dix sites pilotes retenus. Mais les ambitions du programme vont bien au-delà de cette première expérimentation. « Il y aura une deuxième phase qui va impliquer 190 nouveaux acteurs pour porter l’effectif total à 200. À fin 2026, nous aurons produit des biofertilisants sur 200 sites à partir de la matière organique locale », annonce Moïse Adégnika. Les enseignements tirés de cette expérience serviront ensuite à préparer une mise à l’échelle nationale de cette technologie, avec l’ambition de promouvoir une agriculture plus productive, plus résiliente et davantage respectueuse de la santé des sols.
LIRE AUSSI Bassila : Grâce au programme ACMA3, IFDC lance le chantier du site hydro-agricole de Bodi



