Réunis ce jeudi 15 octobre 2026 au siège de l’Union nationale des coopératives de producteurs de soja du Bénin (UNCPS), à Parakou, les acteurs de la filière soja ont examiné le diagnostic institutionnel de leur organisation. Une étape préalable à l’élaboration du Plan stratégique 2027-2031, appelé à fixer les orientations de l’Interprofession pour les cinq prochaines années.
Le diagnostic est plutôt nuancé. L’Interprofession dispose d’un socle juridique et statutaire solide, mais son fonctionnement reste marqué par plusieurs fragilités qui limitent encore sa capacité à répondre pleinement aux attentes de ses membres et aux ambitions des pouvoirs publics. « Il ressort de différentes analyses que l’interprofession est un socle juridique, statutaire, bien assis, mais des fragilités restent à éclairer pour avoir vraiment une interprofession qui, dans les activités, entre dans la satisfaction des besoins de ses membres et du gouvernement », souligne Florent Bogninou, chef de mission pour l’élaboration du plan stratégique.
L’enjeu est désormais de passer d’un mandat reconnu à des résultats davantage mesurables. Les analyses menées dans le cadre du diagnostic ont notamment mis en évidence des difficultés de prévision des besoins, une visibilité encore faible sur certains services ainsi qu’un inventaire incomplet des interventions. À cela s’ajoutent des difficultés dans l’organisation de l’information et la documentation des flux et des transactions. Le futur plan stratégique devra ainsi permettre de mieux sécuriser les opérations et les campagnes, d’organiser l’information et la redevabilité, mais aussi d’accroître la productivité et de sécuriser les transactions, avec des engagements documentés depuis l’accès aux intrants jusqu’au paiement.
Passer du mandat aux résultats
Pour les responsables de l’Interprofession, le futur document doit surtout servir de cadre de pilotage. Il ne s’agit donc pas d’un simple document administratif, mais d’un outil destiné à donner une direction commune aux différents acteurs. « Ce document, c’est une boussole pour l’interprofession qui permettra à l’interprofession d’atteindre l’objectif que le gouvernement nous a assigné. L’objectif principal est qu’il y ait des orientations claires au niveau de ce document qui nous permettront d’être évalués cinq ans après », explique Djibril Afatiti, président de l’Interprofession soja. La recherche d’efficacité intervient dans un contexte où les ambitions pour la filière ont fortement augmenté. Le Bénin vise désormais une production d’au moins 2 millions de tonnes de soja dans les cinq prochaines années, contre une ambition antérieure d’un million de tonnes.
Cette montée en puissance suppose une Interprofession capable de mieux organiser les relations entre les différents maillons de la chaîne. Le diagnostic relève notamment des décalages entre les commandes et les besoins réels, des pertes, des retards, des invendus et parfois des défauts de paiement. Il souligne également que les coûts, les marges, la répartition de la valeur ainsi que les prix et les flux restent encore insuffisamment documentés.
Dans ce dispositif, l’Interprofession n’a pas vocation à se substituer aux opérateurs économiques. Son rôle est plutôt de créer les conditions d’une meilleure coordination. « Le rôle attendu de l’interprofession, c’est d’organiser les différentes interfaces qui fondent la confiance entre les différents opérateurs, sans devenir elles-mêmes acheteurs, garants de crédits ni détenteurs de stocks dans aucune mesure. […] On constate un mandat qui est reconnu de tous, mais encore très peu traduit en termes de résultats », ajoute Hassane Ibrahim N’Guatado, le secrétaire permanent de l’interprofession.
Une stratégie pour accompagner l’industrialisation
Derrière la réorganisation institutionnelle se joue aussi l’avenir industriel de la filière. Le gouvernement veut disposer d’une matière première suffisante et de qualité pour alimenter les unités de transformation installées dans le pays. L’objectif affiché est de dépasser les deux millions de tonnes de production afin de faire fonctionner davantage les usines, créer de la richesse et soutenir l’emploi. Cette ambition devra également s’appuyer sur des gains de productivité. Le Bénin envisage notamment l’installation d’une unité de production de biofertilisants, dont l’inoculum, afin de réduire la dépendance aux approvisionnements extérieurs et d’améliorer les rendements.
Ainsi, le Plan stratégique 2027-2031 ne se limite pas à réorganiser le fonctionnement de l’Interprofession. Il s’inscrit dans une ambition plus large de transformation de l’agriculture béninoise, portée notamment par la vision Bénin Vert 2033.
LIRE AUSSI Soja au Bénin : 2 000 bascules pour restaurer la confiance dans la commercialisation



