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PADEV 2026 : Motchosso Justin Matitoma distingué à Kigali pour son expertise des données frontalières

Le Togolais Motchosso Justin Matitoma est attendu à Kigali, au Rwanda, du 21 au 25 octobre 2026, à l’occasion de la 21è édition du Prix Africain de Développement (PADEV). Secrétaire permanent de l’Association Ouest-Africaine du Commerce Transfrontalier des produits Alimentaires agro-sylvo-pastoraux et halieutiques (AOCTAH/WACTAF) et Président-Directeur Général de MM Consulting Group, il y recevra deux distinctions d’exception.

La première est le Prix d’Excellence et de Mérite Africain. Créée en 2005, cette initiative panafricaine honore les hommes et les femmes dont les actions  contribuent activement au développement du continent, tout en offrant des modèles inspirants aux générations futures. La seconde distinction est son élévation au grade de Docteur Honoris Causa en Sciences Agronomiques, Finances Inclusives et Commerce International (SA-FI-CI), une reconnaissance délivrée par Nexus Global University aux États-Unis.

Agronome de formation, M. Matitoma a fait du commerce transfrontalier des produits agricoles son terrain d’action privilégié. Ce secteur clé repose sur le passage permanent de camions de vivres, l’activité intense des commerçantes et le convoyage du bétail. Pourtant, en raison de son caractère informel, cette dynamique échappait largement aux statistiques officielles.  Pour y remédier, M. Matitoma a conçu et coordonné le réseau ECO-ICBT, un dispositif permanent de collecte de données s’appuyant sur près de 200 enquêteurs déployés sur une soixantaine de postes frontaliers dans 17 pays. Les enquêtes menées en partenariat avec le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (OCDE/CSAO) ont révélé que la part réelle du commerce intra-ouest-africain dépasse 40 % des échanges globalisés (plus de 10 milliards de dollars US), bien loin des estimations internationales initiales situées entre 12 % et 15 %.

« Road Fluidity » : une solution digitale contre les tracasseries routières

L’une des réalisations les plus concrètes de son parcours demeure l’Opération Fluidité Routière (OFR), incarnée par l’application mobile Road Fluidity. Née pendant la crise sanitaire de la COVID-19 alors que la fermeture des frontières menaçait de faire pourrir d’immenses stocks de denrées périssables, l’initiative a débuté par des alertes précoces via WhatsApp avant de devenir une application à part entière, développée avec le soutien d’AGRA.

Aujourd’hui, cet outil connecte plus de 9 000 acteurs, commerçants, transporteurs, transitaires, douaniers et forces de sécurité, et permet le suivi en temps réel de plus de 2 000 camions sur des axes stratégiques tels que Lomé-Cotonou-Ouagadougou-Niamey ou Abidjan-Bamako. Avec plus de 700 incidents et barrières illégales signalés et un taux de résolution dépassant les 80 %, l’application réduit significativement le temps d’attente aux frontières, limite les pertes après-récolte et garantit l’approvisionnement rapide des marchés en produits frais.

De la donnée frontière à l’inclusion financière

Au-delà de la fluidité physique des marchandises, Matitoma s’attaque à l’inclusion financière des commerçants transfrontaliers, en majorité des femmes, souvent exclues du système bancaire faute de garanties traditionnelles. En exploitant les historiques de flux commerciaux de la base ECO-ICBT, il a développé un modèle novateur de notation de crédit (credit scoring). Pour corriger les données manquantes propres aux zones rurales et frontalières, il s’appuie sur la méthode d’imputation statistique MICE (via Python, R et GenStat), permettant aux banques et FinTechs d’évaluer précisément la solvabilité de ces acteurs. Sur le terrain, son action s’est également traduite par le déploiement des Bureaux d’Information Commerciale et d’Assistance aux Frontières (BICAF), notamment à la frontière Togo-Ghana (Aflao), et par la direction méthodologique du Guide national togolais pour la fluidité des échanges commerciaux agricoles (projet PRIMA-Togo).

Membre de la Task-Force continentale de l’Union africaine sur le commerce informel transfrontalier et ancien directeur de la phase 2 du projet pilote de la Commission économique, Motchosso Justin Matitoma prouve que la modernisation du commerce africain ne se fera pas contre l’informel, mais avec lui. En transformant les obstacles frontaliers en flux de données exploitables, il dote le continent d’outils concrets pour lever les barrières, bancariser les acteurs de l’ombre et bâtir une véritable souveraineté alimentaire panafricaine.

Ablam AKODJEVO

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