À Cotonou, certains habitants doivent parfois choisir entre sortir respirer l’air chaud de la ville ou rester enfermés pour éviter une crise d’asthme. Dans la capitale économique du Bénin, les activités anthropiques urbaines ne cessent de croître, entraînant une augmentation de la pollution atmosphérique ainsi que des températures. Cette dégradation progressive de la qualité de l’air rend la respiration plus difficile pour les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques telles que l’asthme, tout en exposant les populations saines à un risque accru de développer des affections respiratoires.
La ville de Cotonou, en raison de son urbanisation rapide, des actions anthropiques et de sa situation géographique en zone basse côtière, se retrouve davantage exposée aux effets du dérèglement climatique. Classée 2137ᵉ parmi les villes ayant les niveaux d’AQI (Indice de Qualité de l’Air) les plus élevés au monde, le site de surveillance de la pollution atmosphérique indique que « les concentrations de particules fines sont relativement faibles, avec un taux de PM2.5 à 11 µg/m³ et de PM10 à 32 µg/m³, indiquant un niveau de pollution modéré à faible. La météo affiche une température de 30°C avec une pluie légère accompagnée de tonnerre, une humidité de 75 % et un vent de 20 km/h, ce qui peut contribuer à améliorer temporairement la qualité de l’air. La dernière mise à jour des données date du 13 février 2026 à 18h51, heure locale. »
Vulnérabilité des populations exposées
Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce phénomène. D’abord, l’augmentation des gaz à effet de serre se traduit par une hausse du niveau de la mer et des perturbations du cycle de l’eau. « La cause principale du changement climatique actuel est l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, principalement due aux activités humaines », affirme Pédro Assogba, doctorant en géographie et gestion de l’environnement, spécialiste des milieux humides, de la résilience climatique et des territoires.

À ces éléments s’ajoutent d’autres pressions environnementales. Parmi celles-ci, l’accroissement de la déforestation, pratiquée à travers l’abattage du bois pour la fabrication de charbon, constitue également un facteur aggravant. De même, la forte pollution plastique ainsi que la gestion inadéquate des déchets contribuent à ce dérèglement. Selon l’Agence béninoise pour l’Environnement, « de nombreux gaz : monoxyde de carbone, dioxyde de carbone, dioxyde d’azote, benzène et plomb constituent les principaux polluants retrouvés dans l’air de Cotonou ».
Des conséquences respiratoires alarmantes
Ces différents facteurs ne sont pas sans effets sur la santé humaine. L’exposition prolongée à cette charge polluante augmente les risques de développement ou d’aggravation d’affections respiratoires. « Le changement climatique agit sur la santé respiratoire par plusieurs mécanismes directs et indirects qui se renforcent souvent entre eux. L’augmentation des températures favorise la formation de polluants atmosphériques, notamment l’ozone troposphérique, un gaz très irritant pour les voies respiratoires », renchérit le spécialiste des questions climatiques.
Cette dégradation de l’air rend la population plus vulnérable, en particulier les personnes souffrant de troubles respiratoires. Parmi elles, Franole B., qui vit depuis son enfance avec l’asthme et la sinusite, deux maladies chroniques respiratoires non transmissibles, raconte : « Certains jours, l’air est si lourd que je dois rester à l’intérieur avec mon inhalateur pour respirer normalement. » Son expérience illustre concrètement l’impact négatif de la pollution pour les habitants de Cotonou. « En période de chaleur extrême, je me sens étouffée. L’air qu’on respire n’est pas assez fourni, et je dépends de mon inhalateur pour dégager les voies respiratoires. »
Certaines catégories de la population sont encore plus exposées. Les enfants, les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies respiratoires ainsi que les populations vivant dans des logements mal ventilés sont particulièrement vulnérables. Tandis que certaines personnes asthmatiques ressentent déjà des difficultés respiratoires, Franolle B. subit doublement les conséquences en raison de sa vulnérabilité extrême : « Je souffre de l’asthme mais également de la sinusite. Je ressens les effets doublement. »

Le changement climatique n’augmente pas seulement les chaleurs extrêmes ; il intensifie aussi les inondations. L’eau stagnante et l’humidité excessive dans les habitations favorisent la croissance de moisissures, des allergènes responsables de crises d’asthme et d’allergies respiratoires. Là encore, « les inondations ou l’humidité excessive aggravent mes difficultés respiratoires… l’air devient humide et lourd, et on a encore plus de mal à respirer », confie la patiente.
Prévention et prise en charge en première ligne
Face à l’ampleur de ces constats, des réponses s’imposent. La sensibilisation des populations de Cotonou aux risques liés au changement climatique apparaît essentielle, notamment en s’attaquant à ses causes, en particulier les actions anthropiques favorisant la production de gaz à effet de serre. L’objectif est d’espérer une réduction des émissions polluantes et de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air.
Dans le même temps, le système de santé doit s’adapter. Le renforcement des capacités des professionnels de santé pour une détection précoce de l’asthme et une gestion adaptée des traitements se présente comme un moyen de résister aux impacts du dérèglement climatique. « Une meilleure prise en charge et une adaptation des soins permettront de minimiser les impacts du changement climatique sur la santé respiratoire, tout en apportant des solutions concrètes pour les individus souffrant de cette pathologie », souligne Alicia Michez, infirmière en soins intensifs respiratoires au CHHU de Nancy, en France.
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