Pour leurs six ans, le Collège des Jeunes Agriculteurs (CJA) du Bénin a choisi de réfléchir à se faciliter l’accès à l’utilisation des terres agricoles. Ceci au détour des Journées de la terre et de l’agroforesterie demarrée ce 28 octobre 2026 à la Mairie de Dassa-Zoumè, avec l’appui technique du programme ACMA3.
« Les jeunes au cœur d’une agriculture durable », c’est le thème retenu pour le sixième anniversaire de l’organisation. En effet, de nombreux jeunes agriculteurs béninois subissent une amère désillusion : après avoir investi leur énergie et leurs économies pour rendre fertile une terre qu’on leur avait prêtée, ils se la voient retirer dès qu’elle commence à devenir productive. « Ce n’est pas parce qu’ils ont mal travaillé, mais simplement parce qu’ils n’avaient aucun papier pour prouver qu’ils avaient le droit d’être là », a déploré Duice Ahossouhè, président du Collectif des Jeunes Agriculteurs du Bénin (CJA-B), à l’ouverture de ces Journées. L’insécurité foncière, a-t-il poursuivi, « ne détruit pas seulement des exploitations, elle tue l’envie d’investir ». Elle décourage aussi les cultures pérennes, en raison de l’incertitude de pouvoir faire la récolte après avoir planté par exemple un anacardier, un manguier ou un teck.
Le cadre existe, mais…
Le Code foncier et domanial prévoit un registre foncier dans chaque commune et garantit l’accès des jeunes à la terre, y compris sur les domaines de l’État et des collectivités. Pourtant, sur le terrain, l’accès reste bloqué pour beaucoup. « Ce qui manque, c’est le pont entre ce cadre juridique et le jeune qui attend, la houe à la main », souligne Duice Ahosouhè. Pour lever cet obstacle, le CJA propose d’établir dans chaque commune un répertoire des terres agricoles non valorisées, afin d’y formaliser un droit d’usage au profit des jeunes. « Si une seule commune s’engage à recenser ces terres et si un seul jeune obtient le droit d’y travailler en paix, notre travail aura tout son sens », conclut-il.
Attendre le prochain projet ne suffit pas pour s’installer. C’est le message d’Athanase Aguiya, président de la PNOPPA, qui a salué les six ans du Collège. Il a reconnu que des jeunes se heurtent à des familles et à des cadres qui ne libèrent pas leurs terres, et les a exhorté au courage et à la persévérance. « Il ne faut pas croire qu’il y a de l’argent qui va tomber du ciel. Il ne faut pas attendre toujours projet après projet. », a-t-il conseillé.
Le mairie de Dassa-Zoumè épouse la vision
La mairie de Dassa-Zoumè, sous la direction du maire Armand Okry Lawin, s’engage à soutenir le recensement des terres agricoles non exploitées de son territoire. Bien que l’agriculture constitue le premier employeur de la commune, l’accès difficile au foncier demeure le principal obstacle pour les jeunes, les poussant souvent à migrer vers Cotonou ou les pays voisins.
Pour faire face à cette situation, le maire entend mener le recensement avec la collaboration des propriétaires fonciers, des collectivités familiales, des autorités traditionnelles, des services de l’État et des jeunes eux-mêmes. Conscient que la gestion foncière touche à des enjeux sensibles d’héritage et de cohésion sociale, le maire privilégie le dialogue afin que cette initiative devienne un véritable point de départ vers des solutions durables.
Le volet agroforestier des journées de la terre et de l’agroforesterie prévoit la mise en terre de 700 plants d’anacardiers, selon un modèle promu par le Programme Régional d’Intégration des Marchés Agricoles (PRIMA). Un plan de suivi d’entretien est prévu pour garantir la croissance de ces plants. Le maire a évoqué la forte pression sur les sols et le couvert végétal de la commune. Des plantations sont aussi prévues à Savalou et à Glazoué, qui comptent de nombreux jeunes agriculteurs.
ACMA3 promeut l’agriculture comme un métier
Ces Journées de la terre et de l’agroforesterie jouissent de l’appui du programme ACMA3, qui se positionne comme un partenaire des jeunes agriculteurs. Son représentant a rappelé la logique qui guide l’engagement du programme aux côtés du Collège des jeunes agriculteurs : celle de permettre aux jeunes de considérer l’agriculture comme un véritable métier, et de s’y installer pleinement, plutôt que comme une activité de dernier recours.
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