Produit agricole à haute valeur ajoutée, l’orange est l’agrume le plus cultivée au Bénin. Alors que le département du Zou (dans le centre du pays) s’impose comme la zone de prédilection de cette culture, le département du Couffo (au sud-ouest) commence à pointer à l’horizon avec en tête de peloton la commune de Klouékanmè. Considéré comme une terre propice à la production du maïs ou encore du manioc, Klouékanmè fait désormais la part belle à la filière agrume (notamment les oranges) avec plus de 3000 hectares d’orangers.
Au Bénin, la production d’orange a atteint 190.253 tonnes pendant la campagne agricole 20232024 faisant de cette filière, l’une des valeurs sûres de l’agriculture du pays. Dans la région du Couffo, précisement à Klouékanmè, la production des agrumes est non seulement une source de revenus pour les producteurs, mais aussi une activité familiale exercée génération après génération. Si les premiers producteurs en faisaient une culture secondaire, les générations actuelles en font leur activité principale au point de rivaliser avec les grands producteurs d’oranges du Bénin tapis dans le bastion de Za-Kpota dans le Zou. C’est le cas de Pierre Dayou, qui pratique cette activité depuis un quart de siècle, l’ayant apprise aux côtés de ses parents. Engagé dans la production biologique, son verger s’étend sur près de 2 hectares et il cultive trois variétés : Pineapple, Tangelo et Valencia.
Devenu expert de la production d’orange sur le tas, Pierre Pierre Dayou, propriétaire de verger explique : «la variété Valencia produit au moins deux fois par an. Mais il y a des moments où elle ne produit qu’une seule fois, selon la saison des pluies. Quant à la variété Tangelo, elle produit à tout moment tant qu’il y a pluie. C’est pourquoi nous la considérons comme la “variété des pauvres”». Si la production d’orange peut être rentable, elle ne l’est pas tout le temps surtout que la plupart des producteurs travaillent de façon artisanale. Entre la fertilisation, le sarclage, l’arrosage et la surveillance constante des champs contre les marodeurs, les producteurs ont du mal à trouver leur compte. Mieux, les variétés qu’on retrouve dans la plupart des vergers ne commence à produire ses premiers fruits qu’à la troisième année. Ce n’est qu’à partir de la quatrième voire la cinquième année que le rendement devient important et stable. Avec un verger de plus de 10 hectares, Charles Ahouayito, un autre producteur d’orange de la région dépense chaque saison environ trois millions de francs CFA pour l’entretien. « Aujourd’hui, malgré ces dépenses, les récoltes ne sont pas à la hauteur », confie-t-il presque résigné.

Une production sous tension
Comme Charles, de nombreux producteurs rencontrent des difficultés majeures. Malgré la disponibilité des terres et un climat propice à la production d’orange plusieurs défis se posent aux producteurs. Entre autres difficultés, ils souffrent de la non disponibilité de points d’eau pour un arrosage régulier des orangers en temps de sècheresse, de la cherté des engrais et surtout des pertes post-récoltes dûes à la difficulté d’accès au marché. En 2025 par exemple, une des coopératives de producteurs d’agrumes de Klouekanmey a produit 500 tonnes d’oranges qu’elle a eu du mal à écouler. « Parfois après production nous n’arrivons Verger pas à écouler l’entièreté de nos produits. Dans ces cas nous sommes obligés de faire appel à des acheteurs pour vendre ça moins cher même si le coût ne nous arrange pas. », a confié Albert Djimadjo, président de la coopérative des producteurs d’agrumes de Klouekanmey.
Sans acheteur fixe, ils subissent la loi du marché voyant les prix dégringolés saison après saison avec l’augmentation du nombre de producteurs. Le tricycle d’orange (une méthode récente) se vend entre 65.000 et 70.000 francs CFA. La bâchée d’oranges se vend entre 300.000 et 350.000 francs CFA, contre 500.000 à 600.000 FCFA auparavant. « Malheureusement pendant que le prix chute, l’entretien des champs demande beaucoup plus d’argent et les acheteurs ne comprennent pas cela », se désole le président de la coopérative. D’autres contraintes concernent l’accès aux crédits, très limité, et l’absence de certification bio, freinant l’accès aux marchés internationaux.

Structuration, intrants et accès au marché : l’action de l’ATDA 5
Face à cette situation, l’Agence Territoriale de Développement Agricole (ATDA) Pôle 5, qui conduit le développement de la filière agrume au Bénin, apporte un appui aux producteurs via le conseil agricole. « A travers ce conseil, les acteurs sont structurés en des coopératives, ce qui a fait que dans la commune de Klouekanmey, nous avons une coopérative communale des producteurs d’agrumes. Nous avons des coopératives au niveau arrondissement et au niveau de certains villages. Nous avons ce devoir d’accompagner ceux qui désirent se mettre en coopérative », explique Dr Robert Dognon, Chef Cellule Communale ATDA Pôle 5 à Klouekanmey.
Le conseil agricole comprend également un accompagnement technique spécialisé sur la production végétale, depuis l’acquisition des plants jusqu’à la récolte, en passant par l’installation et l’entretien des vergers. Les producteurs sont regroupés selon leur localisation en Unités de Conseil Agricole (UCA). L’ATDA a aussi créé des Unités Pédagogiques de Démonstration (UPD) pour présenter des techniques spécifiques, et accompagne les producteurs dans l’accès au marché via le Conseil à l’Accès au Marché (CAM). Ce dispositif vise à leur fournir des orientations spécifiques, des séances de coaching ainsi que des ouvertures vers différents types de marchés. Une union communale des commerçants d’agrumes a d’ailleurs été mise en place et se fait accompagner pour avoir accès au marché. Dr Robert DOGNON, Chef Cellule Communale ATDA Pôle 5 à Klouékanmey.
Dans un autre registre, l’ATDA facilite également l’accès des producteurs aux intrants, notamment aux jeunes plants, aux engrais organiques et aux engrais chimiques de synthèse. À travers le Programme national de développement de la filière (PNDF) Arboriculture fruitière, l’ATDA Pôle 5 a acquis d’importantes quantités de kits de pièges à mouches, mis gratuitement à la disposition des producteurs. En 2023, l’ATDA a également construit un pôle de commercialisation et un magasin de stockage pour améliorer la conservation et la mise en marché. Elle a également accompagné des producteurs de la commune de Klouekanmey pour accéder à des crédits agricoles via le Fonds National de Développement Agricole (FNDA).

Des perspectives placées sous le signe de la résilience Agricole
Malgré ces actions, les producteurs continuent de faire face à de nombreux défis et formulent 40 La terre nous unit, votre média vous informemunale ATDA Pôle 5 à Klouékanmey. L’ATDA entend également renforcer les mesures de gestion durable des terres et promouvoir l’adaptation des exploitations au changement climatique. Les producteurs seront accompagnés pour appliquer des technologies permettant d’améliorer la fertilité des sols. De Des oranges plusieurs doléances. Ils souhaitent notamment la mise en marche de l’usine de transformation des agrumes de Za-Kpota, ou encore l’implantation d’une nouvelle usine dans la commune de Klouékanmey.
L’accès à l’eau reste également une priorité, avec des projets de forage dans les vergers. Les producteurs cherchent par ailleurs à développer de nouveaux marchés pour leurs productions et sollicitent un soutien accru du gouvernement, notamment sous forme de subventions pour les engrais chimiques. À l’ATDA, les perspectives pour 2026 portent principalement sur l’accompagnement des producteurs dans l’acquisition de jeunes plants performants d’agrumes. Si les pépiniéristes étaient déjà partiellement organisés, leurs activités manquaient de suivi. « Nous allons mettre en place une organisation pour identifier et sélectionner les pépiniéristes capables de produire des jeunes plants performants et certifiés. L’ATDA accompagnera le processus de certification, et je suis presque convaincu que ces subventions seront effectives dès cette année », rassure le Chef de la Cellule Comnombreuses formations sont prévues pour soutenir cette démarche. « En collaboration avec nos partenaires intervenant dans ce domaine, nous allons renforcer le niveau de fertilité des sols », explique Dr Robert Dognon. Ainsi, malgré les défis persistants, la filière agrumes à Klouékanmè bénéficie d’un accompagnement structuré de l’ATDA, et avec la mise en œuvre des perspectives 2026, producteurs et acteurs locaux peuvent nourrir l’espoir d’une production plus durable, rentable et résiliente face aux enjeux climatiques et économiques.
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