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Niébé: Un produit agricole stratégique

Sur les étals des marchés, dans les marmites des ménages, dans les champs des producteurs et même dans les rations de bétail, le niébé est partout. Souvent considéré comme « la viande du pauvre », ce pois à vache riche en protéines joue un rôle bien plus large : c’est un aliment complet, une culture stratégique et une ressource économique essentielle pour de nombreuses familles au Bénin et en Afrique de l’Ouest

Le niébé, sous ses graines rouges, noires ou blanches, fait partie du quotidien alimentaire de millions de personnes au Bénin. Une enquête du ministère de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche du Bénin révèle que 90 % des personnes interrogées à Cotonou en consomment au moins une fois par semaine, confirmant son importance dans les habitudes alimentaires du pays. Légumineuse de grande valeur nutritive, riche en protéines végétales, fibres, glucides, minéraux et magnésium, le niébé complète idéalement un régime dominé par les céréales. « En Afrique de l’Ouest, 20 % des protéines consommées sont d’origine végétale, et le niébé en représente près de 80 à 85 % », explique Manuele Tamò, représentant résident de l’IITA au Bénin. Selon une étude de la FAO eponyme, les légumineuses « sont l’ennemi juré de la faim et de la malnutrition dans le monde. Les légumineuses sont un véritable super-aliment pour l’avenir ».

Dans les foyers béninois, le niébé se décline sous de multiples formes : toubani, atassi, beignets, gnomli ou djogoli, adowè, sans compter les gousses vertes et les feuilles jeunes utilisées comme légumes. Sa transformation génère aussi une activité économique importante, portée en grande partie par les femmes.

« Le haricot m’a construite » : le parcours d’une vendeuse

À Vèdoko Zèzoumey, un quartier de Cotonou, Adjoavi Elène Konou cumule aujourd’hui dix ans d’expérience dans la vente de haricots préparés. Sa reconversion est née d’une crise. « Avant, j’avais fait une formation en photographie. Mais depuis que les téléphones Android ont pris le dessus, les gens font eux-mêmes leurs photos. Le travail ne marchait plus », raconte-t-elle. Alors qu’elle ne gagnait parfois que 5 000 FCFA en deux semaines, elle décide de se tourner vers la préparation de niébé. « Je ne vais pas mentir, ça me donne l’argent. C’est ce que j’ai vendu pour payer un appareil photo. » Aujourd’hui, son commerce représente bien plus qu’un moyen de survie. « Depuis dix ans que je vends ça, j’ai trouvé ma part de bénéfice. J’ai déjà donné l’avance sur un terrain. En cette année 2026, je vais solder et entrer dans ma propre maison. »

Du niébé
Du niébé en cuisson

Un aliment précieux aussi pour le bétail

Comme pour les humains, le niébé est une ressource essentielle pour l’élevage. Les fanes séchées et les cosses constituent un fourrage de qualité, particulièrement recherché en saison sèche. « Les fanes de niébé fournissent un fourrage nutritif essentiel pour les ruminants », rappelle Abdoulaye Toko, ancien directeur adjoint de cabinet du ministre de l’agriculture. Ces résidus permettent de réduire les dépenses en aliments industriels tout en améliorant l’alimentation du bétail dans les zones de production. Aussi, l’utilisation des déchets de légumineuse « qui renforce l’azote dans le régime de ce dernier et améliore la santé et la croissance animales », lit-on dans l’étude de la FAO sur les légumineuses.

Jeune plant de niébé en terre
Jeune plant de niébé en terre

Dans les champs : une culture stratégique et écologique

Au-delà de son intérêt alimentaire, le niébé est un véritable allié agronomique. Les racines de la plante accueillent des bactéries du genre Rhizobium, capables de fixer l’azote atmosphérique et de le restituer au sol. « La fixation d’azote par les nodules de niébé fertilise naturellement les sols », explique Angelo Djihinto, directeur scientifique de l’INRAB. Cette particularité en fait une culture de rotation privilégiée, notamment avec les céréales. De plus, ces plantes contribuent à préserver la structure du sol et à lutter contre l’érosion. À Ouèssè-Tohonou, dans la commune de Ouidah, Dorothée Cossi Agassounon consacre au moins deux hectares de son exploitation au niébé. Passionné par cette culture, il met en terre plusieurs variétés, dont certaines très précoces. « J’ai une variété qui donne déjà au bout d’un mois et demi. Je peux faire jusqu’à quatre productions par an », soutient-il. Pour lui, le niébé est avant tout un aliment essentiel. « Chez moi, on en mange au moins trois fois par semaine. Je l’accompagne de patate douce. Je sais que çà contribue à prévenir beaucoup de maladies et c’est plein de vitamines ». Mais il en apprécie aussi les bénéfices agronomiques. « Sa culture nourrit et enrichit le sol. En contre-saison, j’utilise les feuilles pour faire du paillage pour mes autres cultures. » Selon la FAO, les légumineuses ont une « vaste aire de répartition géographique, une haute valeur nutritive, un faible besoin en eau, une capacité unique à s’autofertiliser ». La polyvalence de niébé, qui fait partie de cette famille, reflète toute son importance pour la résilience des exploitations familiales. Au Bénin, la production nationale de niébé était estimée à 122 744 tonnes en 2023, en baisse par rapport aux 142 002 tonnes enregistrées en 2022, selon la Direction de la Statistique Agricole. Le niébé nourrit, soigne, enrichit les sols, fait vivre des milliers de personnes et contribue à la sécurité alimentaire du Bénin. Un potentiel immense largement sous-exploité.

Auriol HOUDEGBE

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