Bien que peu connue du grand public et encore marginale dans le secteur avicole du Bénin, la coturniculture, ou élevage de cailles, s’affirme progressivement comme une activité lucrative. Dans un contexte où l’entrepreneuriat agricole se présente de plus en plus comme une alternative sérieuse au chômage des jeunes, certains producteurs se tournent vers cette filière discrète mais pleine de promesses. Entre stéréotypes sociaux et recherche de gains rapides, plongeons dans un élevage qui allie simplicité et enrichissement personnel.
Petits oiseaux terrestres appartenant à la famille des Phasianidés, les cailles existent sous plusieurs espèces à travers le monde. Toutefois, au Bénin, deux espèces retiennent particulièrement l’attention des éleveurs : la caille japonaise (Coturnix japonica) et la caille isabelle. Selon Christelle Vodounon, éleveuse de cailles à Abomey-Calavi, ces deux espèces présentent des avantages notables pour les producteurs locaux. ‘’Elles sont les plus faciles à trouver et elles coûtent moins cher par rapport aux autres’’. Introduites pour leurs performances zootechniques, ces cailles sont aujourd’hui les plus répandues en raison de leur croissance rapide, de leur forte capacité de ponte et de leur bonne adaptation aux conditions climatiques tropicales. Contrairement à la caille européenne ou à certaines variétés ornementales, la caille japonaise et la caille isabelle sont exclusivement élevées à des fins de production de viande et d’œufs.

Une production simple et peu exigeante
À l’instar de l’élevage des poules, la coturniculture figure parmi les activités agricoles qui nécessitent peu de moyens au départ. Avec un effectif réduit de reproducteurs et un espace limité, il est possible de lancer un élevage rentable. Les cailles sont généralement élevées en cages grillagées, souvent superposées, ce qui permet d’optimiser l’espace, notamment en milieu urbain ou périurbain.
Ce mode d’élevage séduit de nombreux producteurs, notamment en raison de la facilité d’entretien. « Elles demandent moins d’espace et l’entretien ne nécessite pas beaucoup de main-d’œuvre. J’ai donc opté pour l’élevage en cage », explique Christelle Vodounon. Dès les premiers jours, les coturniculteurs utilisent une provende de démarrage spécialement formulée pour favoriser une croissance rapide et réduire les pertes. L’alimentation reste globalement accessible, car elle repose essentiellement sur des aliments à base de céréales, disponibles dans les centres de vente de provende, ce qui permet de maîtriser les charges d’exploitation.
Sur le plan de la reproduction, la conduite de l’élevage obéit à des règles simples mais précises. Pour assurer une bonne fécondation, les éleveurs associent généralement un mâle à deux femelles. Très tôt, les cailles atteignent leur maturité sexuelle et entrent en ponte. « La caille japonaise se reproduit vite. En six ou sept semaines, on peut déjà obtenir des œufs », précise l’éleveuse. Les cailles pondent deux types d’œufs : les œufs fertiles, destinés à la reproduction et à l’incubation, et les œufs simples, réservés à la consommation. Dans de bonnes conditions d’élevage, une femelle peut produire en moyenne près de 300 œufs par an, garantissant ainsi une production régulière. Cette forte capacité de ponte des cailles constitue l’un des principaux leviers de rentabilité de la filière. « La caille, chez nous, est très rentable ; elle pond abondamment », souligne Fadile Badarou éleveur de cailles à Akpakpa.

Une espèce peu exposée aux maladies
Au-delà de la simplicité de la production, la coturniculture présente un autre avantage majeur : la relative résistance des cailles aux maladies, notamment virales, comparativement à d’autres espèces avicoles. Lorsqu’elles sont élevées dans un environnement propre, bien ventilé et correctement entretenu, les cailles présentent peu de problèmes sanitaires.
Dans ces conditions, l’essentiel du travail de l’éleveur repose sur l’hygiène des cages, une alimentation régulière et un suivi quotidien. Cette faible sensibilité aux maladies permet de réduire considérablement les dépenses liées aux soins vétérinaires et aux traitements, renforçant ainsi la rentabilité de l’élevage. « La caille ne souffre pas vraiment de maladies virales. Tout ce qu’il y a à faire, c’est de maintenir le cadre propre. Il suffit simplement de bien les traiter et de les nourrir régulièrement » témoigne Fadile Badarou.

Bonne rentabilité
Si la coturniculture attire de plus en plus d’éleveurs, c’est surtout en raison de son potentiel économique. Au facteur de la forte productivité, s’ajoute une demande croissante sur le marché local. Selon Adjaï Atindehou, éleveur de cailles à Abomey-Calavi, les débouchés commerciaux sont bien réels. « Les cailles sont souvent demandées par les restaurants et les maquis, qui les intègrent de plus en plus dans leurs menus, surtout lors des cérémonies et des week-ends », explique-t il.
La viande de caille est particulièrement appréciée pour sa faible teneur en graisse, tandis que ses œufs, très prisés par les consommateurs, contribuent fortement à l’attractivité de cette production. Dans le secteur de la restauration, la caille est proposée à un prix généralement supérieur à celui du poulet. Chez plusieurs producteurs, l’élevage s’accompagne d’une transformation directe destinée à mieux valoriser la production. Ainsi, la caille déplumée est vendue par les éleveurs eux-mêmes à des prix variables, le plus souvent compris entre 1 300 et 1 500 francs CFA l’unité, en fonction de la taille de l’animal et du type de clientèle.
Certains producteurs vont plus loin en proposant la caille déjà braisée. Dans ce cas, l’unité est généralement cédée autour de 2.000 voire 2.500 ou 3.000 francs CFA chez certains éleveurs-vendeurs, notamment lors des périodes de forte affluence. Cette transformation sur place permet non seulement d’augmenter la valeur ajoutée, mais aussi de maximiser les bénéfices. Face à cette demande soutenue et à une offre encore limitée, les perspectives de développement demeurent importantes. Ainsi, que ce soit à travers la vente d’œufs, de viande ou même de reproducteurs, la coturniculture s’impose progressivement comme une filière d’avenir dans le secteur avicole béninois.
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