
Désormais engagée dans la diversification de sa production maraîchère, la commune de Dangbo embrasse un tournant décisif dans la production du piment long séché. Grâce aux bonnes pratiques agricoles adoptées par le biais du programme Approche Communale pour le Marché Agricole phase 2 (ACMA2), les maraîchers de la localité transforment progressivement leur commune en une référence en matière de production de cette variété de piment long séché qu’ils avaient quasiment abandonné.
Le piment est l’une des spéculations les plus prolifiques dans le maraîchage au Bénin. Il représente 20,5 % de la production totale maraîchère au cours de la campagne agricole 2020-2021 soit 108 934 tonnes (DSA, 2022). Dans le département de l’Ouémé, la production du piment est la principale activité économique de nombreux maraîchers. Ils tirent profit des conditions climato-pédologiques favorables qu’offre la vallée de l’Ouémé pour développer cette culture et principalement le piment rond communément appelé en langue locale ‘’Gbatakin’’. « Entre temps, on produisait de piment long, principalement les maraichers de Dèkin. À un moment donné, le piment long n’avait plus de marché d’écoulement et les producteurs l’ont abandonné » explique Nathanaël Dounou, Président de l’Union Communale des Coopératives Villageoises des Maraîchers (UCCVM) de Dangbo.
Cependant, depuis bientôt quatre ans, la variété de piment long TPS appelée ‘’Afoudja’’, renaît progressivement de ses cendres et se généralise dans la localité grâce au programme ACMA2. « Le programme ACMA 2 nous a redonné goût à la production de piment avec de bonnes pratiques agricoles qui réduisent . Approximativement 45 % des maraîchers de Dangbo adoptent ces bonnes pratiques de production agricoles en lien avec le piment» ajoute Nathanaël Dounou.

Les accompagnements du programme ACMA2
Grâce à cette nouvelle orientation et l’engagement des maraîchers, le programme ACMA2 a introduit dans ses mécanismes d’accompagnement aux acteurs, un conseil de proximité exécuté par des structures d’appui à l’entrepreneuriat (SAE) et ceci dans toutes les six spéculations agricoles prioritaires. Ainsi, pour la filière piment, les ONG Africa Green Coorporation et RAD ont appris aux maraîchers, les itinéraires de production intensive du piment à travers des champs pédagogiques de démonstration. Une approche comparative qui s’est révélée efficace pour induire un changement d’attitude auprès des cibles.
« On utilisait deux voire trois litres de semences que nous jetions à la volée. Grâce aux séances de formations, le programme ACMA2 nous a prouvé qu’avec 500g de semences, nous pourrions cultiver jusqu’à un hectare de piment », explique Élie Agbodédji, producteur de piment à Mondotokpa. « Les formateurs nous ont conseillé de réaliser des planches d’un mètre de largeur et 10 à 15 mètres de longueur. Ainsi, lorsque les mauvaises herbes poussent sur la planche on peut les enlever facilement sans écraser nos jeunes plants de piments. », va renchérir le président de l’Uccvm de Dangbo.
Celui-ci ajoute que les acteurs bénéficient des services tels que l’achat groupé des intrants. « Nous partons acheter les intrants que nous leur vendons à crédit, et ils remboursent plus tard. » précise Nathaniel Dounou. Cela permet aux acteurs de s’orienter vers des approches rémunératrices comme le séchage du piment.
De zéro piment long séché, les maraîchers annoncent 10 tonnes en 2022
Les exemples de bonnes pratiques évoquées par ces acteurs sont légion. Ils touchent également à l’utilisation rationnelle des intrants organiques et minéraux pendant la phase de culture, aux techniques de gestion intégrée des ravageurs à l’aide de solutions éco responsables, à la transformation et à la conservation du produit fini pour la mise en marché via le warrantage. « Le warrantage du piment long exige de le conserver pour les périodes de soudures et de le revendre en période de crue. C’est une période d’absence d’activités pour les producteurs où le prix du piment connaît une hausse sur le marché. », témoigne Rodrigue Hazoumè, Chef de la cellule communale de l’Agence territoriale de développement agricole pôle 7 de Dangbo.
En effet, le programme a mis à la disposition des acteurs, un magasin de stockage de piment à Malomè qui permet de conserver leur production préalablement séchée dans des conditions optimales puis de les vendre collectivement à un prix rémunérateur. Les transactions effectuées dans cette installation permettent à la commune de prélever une taxe de développement locale (TDL) au profit de la Mairie.

Selon les propos de Rodrigue Hazoumè, l’approche d’intervention du programme s’est parfaitement alignée sur la stratégie nationale de conseil agricole promue par le gouvernement et cela n’a eu que des impacts positifs sur les performances des acteurs.
« Par exemple, dans la coopérative Gbénonkpo d’Adjido constitué de six membres, nous avons commercialisé 5 tonnes de piments longs séchés ces deux dernières années. », ajoute Nathaniel Dounou. Alors que le regroupement des productions s’effectue progressivement au magasin de Malomè, les prévisions des acteurs annoncent 10 tonnes de piments longs séchés destinés au warrantage dans les semaines à venir. Bien que ce chiffre soit loin d’égaler les 400 tonnes de piment rond produit par ce même groupement au cours de la même campagne, il indique le regain d’intérêt qu’ils manifestent pour la production du piment long.
Tous aguerris pour pérenniser les acquis
Le dispositif de durabilité mis en place par le programme ACMA2 accorde une totale autonomie aux acteurs aussi bien en termes de production qu’en termes de mobilisation de l’offre pour l’accès au marché. Ceci par la mise en place du comité de gestion du magasin et du comité multi acteurs de suivi du warrantage. « Au niveau de ces comités, les acteurs sont représentés à 90% en plus des représentants de l’ATDA7 et de la mairie. Nous y sommes en tant que facilitateurs
De même, grâce à sa collaboration avec le programme ACMA2, la Ccec a pris le relais du conseil agricole et assure un suivi de proximité aux maraîchers. Cet ensemble de dispositifs rassure les maraîchers de Dangbo que de beaux jours s’annoncent pour le piment long séché dans leur localité. Pour eux, leurs homologues qui traînent les pas pour adopter les bonnes pratiques enseignées par le programme ACMA2 resteront les acteurs de leur propre appauvrissement.
Méchac AWOKOLOÏTO



