Cailles pondeuses à Selra, site hydro-agricole à Bodi : dans la commune de Bassila, le programme ACMA3, initié par l’IFDC et financé par l’ambassade du Royaume des Pays-Bas, transforme en profondeur les conditions de vie des femmes et des jeunes ruraux. Voir pour croire. C’est avec cet état d’esprit qu’une délégation de partenaires a sillonné les villages de Selra et Bodi pour mesurer de leurs propres yeux l’impact des investissements du programme ACMA3.
La caille, petite volaille, grande transformation ! Premier arrêt de la délégation : Selra. C’est ici qu’a été mise en place une unité pédagogique de démonstration (UPD) consacrée à l’élevage de cailles pondeuses, avec l’appui du programme ACMA3. Derrière cette filière discrète se cache un potentiel de transformation profonde pour les communautés rurales.

Pour le programme, le choix de la filière caille n’est pas anodin. Elle s’inscrit pleinement dans la stratégie d’inclusion sociale portée par ACMA3, aux côtés de la filière petit ruminant. « La filière petit ruminant et la filière volaille sont deux filières qui offrent des opportunités d’inclusion des femmes et des jeunes. La filière Caille comporte des chaînes de valeurs à haute valeur ajoutée. On voit également ici qu’avec la filière Caille, on a un fort potentiel d’impact sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle », témoigne Ousmane Ouédraogo, chef du programme ACMA3.
Avant l’intervention d’ACMA3, la caille et ses œufs étaient quasiment inconnus des populations locales. Enthousiastes, les bénéficiaires envisagent d’étendre les unités de démonstration à d’autres villages. Mais la délégation, tout en saluant cet élan, rappelle une réalité incontournable. La durabilité d’un tel projet repose sur la capacité des coopératives à générer des revenus propres. « Vous êtes une coopérative et en tant que coopérative, vous devez aussi viser des buts économiques qui vont vous permettre de produire, de transformer, de vendre et de vous faire de revenus. Parce que sans revenus, j’ai peur que vous n’allez pas continuer longtemps, surtout au retrait du projet », révèle Clément Edah, représentant de l’Ambassade des Pays-Bas près le Bénin. Produire, transformer, vendre. La durabilité passe par là. Et les bases, selon les observateurs, semblent déjà solides. La délégation salue notamment la qualité du leadership local et l’implication du secteur privé, considérée comme un gage de pérennité pour les infrastructures mises en place.
Bodi : le maraîchage face au défi de l’eau
De Selra, la délégation met le cap sur Bodi, dans la commune de Bassila. Ici, c’est la filière maraîchère qui est à l’honneur. Une filière stratégique pour ACMA3, dont le choix repose sur un critère central : l’inclusion des femmes et des jeunes. Selon Rassidatou Moustafa, « dans la commune de Bassila, nous avons constaté que la filière maraîchage est une filière vraiment d’intérêt pour les acteurs. Parce que c’est une filière qui inclut vraiment les femmes et les jeunes. Ça offre vraiment des opportunités d’activités génératrices de revenus pour ces cibles qui sont souvent vulnérables. C’est dans ce cadre que le programme a commencé par accompagner ces acteurs de la commune de Bassila et la coopérative Sourou de Bodi sur différents aspects des activités maraîchères ».
Mais un obstacle de taille freinait jusqu’ici le développement de la filière : le manque d’eau. Sans irrigation, pas de maraîchage viable. C’est précisément cette contrainte que ACMA3, avec le soutien financier de CIBI, s’apprête à lever.
Un site hydro-agricole pour lever la contrainte hydrique
Pour soutenir la dynamique des acteurs de Bodi, le programme ACMA3 prévoit l’installation d’un site hydro-agricole dédié à la filière maraîchère. Une infrastructure d’envergure : 2 hectares de superficie, 7 centiares découpés en 8 parcelles avec autant de bassins de collecte d’eau, un château d’eau au sol de 5 mètres alimenté par un système solaire qui pompera l’eau jusqu’aux canalisations desservant toute la surface cultivable.
L’objectif est d’introduire une technologie d’irrigation moderne et d’amener progressivement les producteurs à l’adopter. La cérémonie de remise de titres, organisée sur place, a marqué le lancement officiel des travaux, avec un délai de réalisation fixé à trois mois.
Les maraîchers de Bodi : une attente transformée en engagement
Pour les maraîchers et maraîchères de Bodi, cette annonce résonne comme la fin d’une longue attente. Au-delà de la satisfaction, c’est surtout un impact social profond que les acteurs locaux anticipent. L’aménagement hydro-agricole est en effet perçu comme un puissant rempart contre la pauvreté et l’exode rural. « Avec ce que l’ACMA3 vient de réaliser, on est sûr que la pauvreté va diminuer et surtout l’exode rural. Avec nos dames qui sont ici, il n’y a pas cette dame que vous allez venir vers elle qui vous a dit d’aller ailleurs. Avec cet aménagement, je suis sûr et certain que les fois à venir quand on va se rencontrer ici, vous allez constater vous-même le nombre qui sera sur ce site », souligne Idrissou Abou Youssifou, président de la Coopérative Sourou. Les bénéficiaires, conscients de la valeur de cet investissement, ont pris des engagements fermes pour entretenir et faire vivre le site.
Deux filières, une même vision pour l’avenir
Cailles pondeuses à Selra, site hydro-agricole à Bodi : deux filières, deux communautés, mais une même ambition portée par ACMA3 et ses partenaires. Construire une prospérité durable, ancrée dans les réalités locales, et capable de survivre au retrait du projet. Car pour le programme, l’enjeu ultime est bien de ne pas créer des dépendances, mais enclencher des dynamiques. À Selra et Bodi, ces dynamiques semblent bel et bien enclenchées.
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