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Gestion des coques de coco : Ordures ou or dur ?

Depuis quelques années, les points de vente de l’eau de coco prolifèrent dans les villes au sud du Bénin. Longtemps considérées comme de simple déchets, les coques de noix de coco frais s’accumulent dans les rues et marchés remettant en cause la salubrité de ces zones. Même si une bonne partie est récupérée puis transformée pour des usages multiples comme le fumage du poisson au charbon actif, la gestion de ces déchets et leur valorisation artisanale ou énergétique posent problème.

Au début de la clôture de l’Institut International d’agriculture tropicale (IITA), non loin d’une pharmacie du quartier Tankpè dans la commune d’Abomey-Calavi, celui que nous appelons Pierre fend les noix de coco avec des gestes rapides et précis. Étudiant à l’Université d’Abomey-Calavi, la vingtaine environ, il vend des cocos pour joindre les deux bouts. Les clients boivent l’eau de coco sur place ou l’emporte embouteillée et mangent la chair blanche encore fraîche. À ses pieds, les coques s’accumulent, formant un tas que personne ne semble remarquer, pourtant impossible à ignorer.

À la fin de la journée, Pierre ne les conserve pas. Depuis près de trois ans, il contacte la Société de gestion des déchets et de la salubrité (SGDS), qui vient les enlever. « Je n’en ai vendu qu’une seule fois », explique-t-il. Faute de demande régulière, il préfère confier ces résidus au circuit classique de gestion des déchets et sans savoir ce qu’elles deviennent ensuite. Une option parmi d’autres car ailleurs dans la ville, ces mêmes coques suivent des trajectoires bien différentes.

 Une matière qui circule déjà

coco
Un cocotier

À Sètovi, un quartier de Cotonou, Juste Avocevoun vend des noix de coco depuis sa tendre jeunesse. Derrière son étal, les coques sont jetées et forment un énorme tas qui occupe tout un terrain, pouvant être perçu comme une forme de pollution environnementale. Vieilles ou encore fraîches, elles sont regroupées puis revendues, quel que soit leur âge. « Tôt ou tard, on trouve toujours quelqu’un », assure-t-il. Femmes spécialisées dans le fumage du poisson, producteurs d’huile palmiste ou particuliers à la recherche de combustible, les acheteurs existent.

Le prix, lui, varie. Le grand sac de maïs de coques se vend parfois autour de 500 francs CFA, selon la demande et la distance. « Ce n’est pas un grand bénéfice, mais ça aide », explique le vendeur. À l’entrée de l’Université d’Abomey-Calavi, Hôoto, un autre vendeur, confirme cette réalité. Les coques partent pour des usages multiples que sont le fumage de poisson, la fabrication d’engrais, le charbon, ou encore l’artisanat. Mais les transactions restent informelles, sans prix de référence. 200 FCFA le sac de 100 kg de maïs alors qu’il a acheté les cocos à 5000, 6000 ou même 7000 la quarantaine.

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Joli Coco, l’expérimentation artisanale

Un peu plus loin, Juste Onikpo, plus connu sous le nom de Joli Coco, a poussé la réflexion un peu plus loin. Responsable d’un espace de vente de coco depuis près de six ans, il refuse de voir la coque comme un simple résidu. « Ici, rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se vend », lance-t-il pour reprendre Lavoisier.

Chez Joli Coco, les coques suivent plusieurs chemins. Certaines sont vendues à des femmes pour le fumage du poisson ou utilisées comme bois de chauffe. D’autres sont conservées. Un jour, en observant des plants de maïs pousser à l’endroit où les coques étaient entassées, il soupçonne un effet sur le sol. Il expérimente alors leur transformation en terreau. Et les résultats sont encourageants avec des tomates, laitues, qui ont bien poussé. « Pour les plantes, c’est très bon. C’est du bio. Mais économiquement, ce n’est pas toujours avantageux », reconnaît-il. Car le temps de décomposition est long, le travail exigeant, et la demande encore limitée. Conséquence, la majorité des coques repart vers les usages les plus immédiats.

Juste Onikpo, Promoteur de Joli Coco

En parallèle, Joli Coco fabrique aussi des verres à boire à partir de coques sélectionnées. Un travail manuel, long, minutieux, qui nécessite de sacrifier certaines coques normalement destinées à la vente. Chaque pièce se vend entre 500 et 700 francs, mais là encore, l’activité reste embryonnaire. « Les gens trouvent parfois que c’est cher, sans voir le travail derrière », expliquet-il, évoquant le manque d’équipements adaptés pour améliorer le résultat final. Chez lui, la coque illustre une économie circulaire artisanale : ingénieuse, utile, mais encore incapable de générer une valeur stable.

Cette valorisation artisanale, faite d’essais, d’intuition et de débrouille, marque une étape clé dans la chaîne. À l’image de Joli Coco, d’autres entrepreneurs comme Cherif Dine Akedjou valorisent les coques en les transformant en bracelets, supports pour téléphone et autres objets artisanaux, donnant ainsi une nouvelle vie à ces résidus. Chez eux aussi, la coque illustre une économie circulaire artisanale plus poussée. Et à un autre niveau, loin des étals de coco, certains acteurs ont fait de la coque une véritable matière première industrielle. C’est le cas de Roland Adjovi, promoteur de charbon écologique, pour qui la coque de coco est une ressource stratégique.

Roland Adjovi, artisan d’une nouvelle filière énergétique

Loin des étals improvisés et des transformations artisanales, Roland Adjovi regarde la coque de coco autrement. Pour ce promoteur béninois engagé dans la production de charbon écologique, la coque n’est ni un déchet, ni un simple complément de revenu, mais une matière première stratégique.

Roland Adjovi, Promoteur de charbon écologique

Dans son atelier de production de charbon d’une capacité d’une tonne et demie par jour, les coques arrivent par sacs entiers. S’en suit un le processus bien maîtrisé qui va du séchage à la transformation en passant par la carbonisation. Le charbon obtenu est apprécié pour son fort pouvoir calorifique, sa combustion lente et sa faible fumée. Il est utilisé pour la cuisson domestique et, dans certains cas, pour le charbon de chicha. Un sac de 40 kg est vendu à 5.000 francs CFA, celui de 60 kg à 7.500 et celui de 80 kg qui est à 9.500 francs CFA. « C’est un prix concurrentiel avec le charbon de bois et vraiment abordable », confie le promoteur. Faute de circuits formels de collecte, la filière dépend encore de relations ponctuelles et d’intermédiaires.

Au-delà du charbon de cuisson, Roland Adjovi travaille également sur une transformation plus poussée de la coque de coco, le charbon actif. « Ce charbon actif permet de régler certains problèmes digestifs », renchérit Roland. À ce stade, la valeur de la coque augmente nettement. Pour Roland Adjovi, le problème n’est pas la ressource, mais l’organisation. Selon lui, une meilleure structuration permettrait à la fois d’assurer l’approvisionnement des transformateurs, d’améliorer les revenus des vendeurs et de réduire la pression sur le bois-énergie.

Du charbon écologique produit par Roland ADJOVI

Une économie circulaire déjà à l’œuvre

La coque de coco n’est donc plus un déchet ignoré. Elle est collectée, échangée et transformée à différents niveaux, selon les besoins et les capacités des acteurs. Du fumage de poisson à l’artisanat, du terreau agricole au charbon écologique et actif, les usages sont multiples. Cette diversité témoigne de l’existence d’une économie circulaire déjà pratiquée, portée par des initiatives individuelles et communautaires.

Toutefois, cette dynamique reste peu visible et faiblement structurée. Les circuits de collecte ne sont pas formalisés, les volumes fluctuent et les usages se développent de manière parallèle, sans coordination apparente. « Le peu de producteurs que nous sommes, nous sommes en train de nous organiser en association pour pouvoir étendre cette activité afin qu’elle soit aussi reconnue par nos gouvernants », souligne Roland Adjovi.

Sur le plan environnemental, la valorisation des coques contribue à réduire la quantité de déchets urbains et à limiter la pression sur le bois-énergie. Elle participe également à l’émergence de solutions locales face aux enjeux de gestion des déchets et de transition énergétique. Désormais, le défi est de mieux comprendre, documenter et accompagner ces pratiques existantes, afin de donner à cette économie circulaire discrète toute sa place dans les politiques environnementales et de développement local.

Auriol HOUDEGBE

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