Depuis le 1er avril 2026, les eaux béninoises telles que la lagune de Porto-Novo et le lac Nokoué observent une trêve imposée aux pêcheurs. Cette mesure, qui prend fin le 30 avril, laissera place à la réouverture de la pêche dès le 1er mai prochain. Contraignante pour certains, elle s’avère pourtant indispensable pour redonner vie à des ressources halieutiques en déclin.
Des ressources halieutiques sous pression ! Les plans d’eau du Bénin traversent une crise silencieuse mais profonde. Herman Gangbazo, Chef service AGP de la Direction de la Production Halieutique (DPH), pointe plusieurs facteurs qui expliquent cet appauvrissement progressif, notamment l’usage de techniques de pêche destructrices et la pollution sous toutes ses formes. « Le plan d’eau est dans un état vraiment pas très reluisant », déplore-t-il. Les pêcheurs eux-mêmes en sont les premiers témoins et confirment que leurs captures d’aujourd’hui ne sont plus comparables à celles d’il y a dix ou vingt ans. « Il y a de ceux-là 20 ans, les gens, quand ils vont à la pêche, ils reviennent avec beaucoup plus de poissons qu’aujourd’hui. Cela montre qu’il y a une augmentation du nombre de pêcheurs », souligne-t-il. Et les chiffres donnent le vertige. « Si on parle des écosystèmes continentaux, le nombre de pêcheurs admis par kilomètre carré tourne autour de 9 à 11. Mais chez nous, on est allé jusqu’à 111 pêcheurs par kilomètre carré », révèle Gangbazo. Une réalité alarmante qui illustre à quel point la pression sur ces écosystèmes a atteint un seuil critique.
Une mesure pour laisser la nature respirer
Face à ce constat, les autorités ont décidé d’agir. L’interdiction de pêche appliquée depuis le 1er avril 2026 cible certaines périodes précises. « C’est souvent les périodes de reproduction, de ponte des poissons que nous appliquons cette mesure-là. Donc ça permet aux pêcheurs de laisser le temps aux poissons pour se reproduire, et aux petits poissons pour grandir un peu », explique Herman Gangbazo. Il précise que le minimum recommandé est de trois mois de fermeture, et que cette première expérience d’un mois constitue une étape progressive, avec l’ambition d’étendre graduellement cette durée dans les années à venir.
Une démarche concertée avec les acteurs du secteur
Cette mesure n’a pas été imposée brutalement. La Direction de la Production Halieutique a privilégié une approche participative, en associant les pêcheurs à la réflexion bien en amont. Kofi Kévin Kinkpé, Chef service des contrôles et suivi des produits halieutiques et de la post-capture, témoigne de cette dynamique. « On est resté ensemble, on a fait des réunions, des séances », explique-t-il, ajoutant que les associations de pêcheurs ont joué un rôle central en relayant l’information auprès de leurs membres. Conscients de la raréfaction du poisson, ces derniers ont progressivement adhéré à la nécessité d’agir. « Depuis l’année passée, ils savent que la mesure sera appliquée. Donc, ce n’est pas du jour au lendemain qu’on est arrivé à l’application de cette mesure. Ils ont été suffisamment sensibilisés. Donc, ils devraient quand même prendre leurs dispositions pour bien traverser cette période », insiste Herman Gangbazo.

Un dispositif de surveillance rigoureux sur le terrain
Pour s’assurer du respect de cette interdiction, la Direction de la Production Halieutique a mis en place des comités et des sous-comités chargés du suivi sur le terrain. Chaque semaine, ces structures se déploient sur l’eau pour observer ce qui s’y passe. Lorsque des contrevenants sont repérés, le sous-comité alerte immédiatement les agents de la direction, qui interviennent pour appréhender les fautifs et saisir leurs embarcations, leurs engins de pêche, voire leurs moteurs. Les résultats de ces opérations sont sans appel pour les deux premières semaines de fermeture. Kofi Kévin Kinkpé livre des chiffres éloquents. « En deux semaines, on est pratiquement à plus de 250 engins saisis. Il y a les filets qui sont utilisés pour les barques d’akadja qui sont saisis, c’est au nombre de 25 ainsi que des filets éperviers et des palangres ». Des saisies qui témoignent à la fois de l’ampleur des infractions et de la détermination des autorités à faire respecter la mesure.
Des perspectives prometteuses mais des défis à relever
La réouverture de la pêche est prévue pour le 1er mai 2026. Si les résultats ne seront visibles qu’à moyen terme, les autorités demeurent optimistes. Car l’enjeu est de taille. Une fois les plans d’eau repeuplés, c’est le pêcheur lui-même qui en sortira gagnant, retournant sur l’eau avec la certitude d’une pêche plus abondante. En parallèle, un système de permis de pêche obligatoire est en cours de mise en place, bien que le montant à fixer reste encore à trancher. Ces efforts, combinés à une sensibilisation continue, dessinent les contours d’une gestion plus durable des ressources halieutiques béninoises, pour le bénéfice des générations futures.



