Depuis le 8 mai 2026, toute exportation de bétail est suspendue sur l’ensemble du territoire national burkinabè. Prise conjointement par trois ministères, cette décision vise à garantir la disponibilité des animaux sur le marché intérieur dans un contexte de forte pression sur les ressources alimentaires.
Face à une demande intérieure croissante et à des tensions persistantes sur l’approvisionnement, le gouvernement de transition n’a pas tergiversé. Par le communiqué interministériel N°026-0015, les ministres en charge du Commerce, des Ressources animales et de l’Économie ont décidé d’une suspension totale et immédiate des exportations de bétail. Une décision radicale qui ferme les frontières aux animaux à vocation commerciale, le temps que la situation se stabilise.
Le bétail représente l’une des ressources stratégiques du Burkina Faso. Le pays compte parmi les plus importants producteurs d’Afrique de l’Ouest, avec un cheptel estimé à plusieurs millions de têtes. Mais entre les déplacements de populations liés à l’insécurité, la perturbation des circuits d’approvisionnement et la hausse de la demande en viande dans les centres urbains, les équilibres du marché intérieur se fragilisent. Le gouvernement a visiblement jugé que la poursuite des exportations aggraverait la situation.
Les exportateurs ont une semaine pour s’adapter
La suspension est effective à compter de la signature du communiqué. La délivrance de nouvelles Autorisations Spéciales d’Exportation (ASE) est immédiatement interrompue. Toutefois, conscient des engagements contractuels déjà pris par les opérateurs économiques du secteur, l’État a ménagé une période de transition. Les exportateurs titulaires d’une ASE encore valide disposent d’un délai d’une semaine pour accomplir leurs formalités et finaliser leurs opérations en cours. Passé ce délai, aucune exception ne sera tolérée.
Frontières surveillées, population mobilisée
Pour que la mesure ne reste pas lettre morte, les autorités ont mobilisé l’ensemble du dispositif étatique. Les agents de contrôle aux postes frontières et les forces de sécurité ont reçu des instructions fermes pour empêcher tout passage illégal d’animaux. Sur le terrain, le moindre manquement devra être signalé.
Le gouvernement va plus loin en associant la population à la surveillance. Trois numéros verts, 80 00 11 84, 85 et 86, sont mis à la disposition de tout citoyen souhaitant dénoncer une exportation frauduleuse. Une approche participative qui témoigne de la volonté des autorités de faire de cette décision une affaire nationale.Tout contrevenant s’expose à des sanctions conformément à la réglementation en vigueur. L’Etat entend faire respecter cette mesure avec fermeté.
Un signal fort sur la souveraineté alimentaire
Au-delà de l’aspect technique, cette décision s’inscrit dans une logique plus large. Depuis l’avènement de la transition, le gouvernement burkinabè multiplie les signaux en faveur d’une gestion souveraine des ressources nationales. Après les céréales, c’est au tour du bétail d’être protégé des pressions du marché sous-régional. Un choix qui pourrait avoir des répercussions sur les échanges commerciaux avec les pays voisins, très dépendants du bétail burkinabè, mais que Ouagadougou assume pleinement au nom de l’intérêt national.
Ablam AKODJEVO
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