Le Maroc, qui produit entre 700 000 et 900 000 tonnes d’oignons par an sur quelque 25 000 à 30 000 hectares cultivés, se retrouve contraint chaque début d’année d’acheter massivement à l’étranger pour alimenter son propre marché. Cette saison, la dépendance aux importations néerlandaises a atteint un niveau inédit.
Le marché marocain connaît des tensions d’approvisionnement sur plusieurs légumes, légumes primeurs, pommes de terre et oignons en tête, en raison de conditions climatiques défavorables ayant entraîné des pertes de récolte dans différentes régions. La rareté saisonnière des oignons jaunes est certes récurrente, mais la situation est cette année plus marquée et s’inscrit dans la durée.
Les bassins de Fès et de Meknès ainsi que la région de Tamehdit, zones clés de l’approvisionnement national, ont été particulièrement touchés, entraînant des volumes nettement inférieurs à la normale. Ce constat pèse d’autant plus que la région de Fès-Meknès concentre à elle seule 54 % de la production nationale d’oignons, avec des zones comme El Hajeb et Boufekrane en première ligne.
Les Pays-Bas en fournisseur de secours
Face à ce déficit local, les importations d’oignons néerlandais, habituelles à cette période, ont cette saison atteint des volumes nettement supérieurs à la normale, portées à la fois par la pénurie locale et par des prix particulièrement compétitifs aux Pays-Bas. En temps normal, la période de tension s’étend de janvier à mars. Mais les indicateurs de production locale montrant un déficit persistant, les opérateurs se voient contraints de prolonger ces importations au-delà de cette fenêtre habituelle.
Le recours aux Pays-Bas n’est pas anodin. Ce pays assure à lui seul 20 % des exportations mondiales d’oignons, ce qui en fait un fournisseur de référence pour de nombreux marchés africains.
D’après les informations de Fresh Plaza, sur les marchés de détail, les conséquences sont immédiates pour le consommateur. Le kilogramme d’oignon a atteint jusqu’à 16 dirhams sur les grands marchés marocains, alors qu’aux Pays-Bas, 5 kilos s’achètent pour l’équivalent d’environ 15 dirhams. Dans les zones de production d’El Hajeb, des agriculteurs cèdent pourtant leur récolte entre 50 centimes et 2 dirhams le kilo, un prix multiplié parfois dix fois d’ici le consommateur final. L’écart entre prix de gros et prix de détail dépasse 50 %, selon l’Association marocaine de protection des consommateurs.
La cause profonde : 40 % de la récolte perdue faute de stockage
Au-delà des aléas climatiques, une fragilité structurelle alimente la crise. Les producteurs d’El Hajeb et de Boufekrane, à l’origine de plus de 50 % de la production nationale, perdent environ 40 % de leur récolte faute de capacités de stockage adéquates. La conservation repose encore largement sur la méthode traditionnelle dite « Al-‘Chach », sans réfrigération efficace, ce qui accélère la dégradation des stocks entre deux campagnes.
Pour amortir l’impact de ces difficultés, l’État a soutenu la filière via un programme de subventions aux semences d’oignon déployé entre octobre 2023 et mai 2025. Une mesure jugée insuffisante par les professionnels tant que le problème de stockage n’est pas réglé.
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