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Togo : La filière coton frôle la tonne à l’hectare et vise 150 000 tonnes d’ici 2030

La Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) enregistre pour la campagne 2025-2026 un rendement moyen de 995 kg à l’hectare, en hausse de 25 % par rapport à la saison précédente (797 kg/ha), et projette une production de 74 000 tonnes de coton graine contre 60 000 tonnes l’année dernière.

C’est au cours de la 18e réunion du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), en cours, à Lomé, que la NSCT a présenté ses résultats, le mercredi 15 avril 2026. La campagne a mobilisé 74 000 hectares emblavés et un peu plus de 68 000 producteurs. Le directeur général de la NSCT, Martin Drevon, a salué la performance : « Il y a cinq ans, on était à peine à 600 kg à l’hectare. C’est quelque chose de très important pour nous ».

Ces chiffres sont d’autant plus remarquables que la campagne a démarré sous de mauvaises conditions climatiques. Une sécheresse précoce dans la région des Savanes a freiné les semis dans le nord du pays, maintenant cette zone autour de 850 kg/ha, tandis que les autres régions dépassaient la tonne.

Cinq années de chute avant le rebond

Pour mesurer l’ampleur du redressement, il faut rappeler la trajectoire de la filière depuis l’entrée d’Olam Agri au capital de la NSCT en décembre 2020, à hauteur de 51 % pour environ 22 milliards FCFA. À l’époque, la production atteignait encore 116 000 tonnes. Mais les années suivantes ont enchaîné les mauvaises campagnes : 67 185 tonnes en 2020-2021, 52 528 tonnes en 2021-2022, puis 46 549 tonnes en 2022-2023, un plancher historique.

Plusieurs facteurs ont concouru à cette dégringolade. Il s’agit de la réduction du prix d’achat du coton-graine de 265 à 225 FCFA le kilo, les perturbations d’approvisionnement en intrants liées à la Covid-19, la flambée des prix des engrais consécutive au conflit russo-ukrainien, et surtout une infestation d’aleurodes et de jassides à partir de 2022, avec des pertes de rendement pouvant atteindre 50 % dans certaines zones. La concurrence du soja, plus rémunérateur, a également détourné de nombreux producteurs vers d’autres cultures. Les tensions entre la NSCT et la Fédération nationale des groupements de producteurs de coton (FNGPC) ont aggravé la situation, les producteurs dénonçant un manque de transparence et l’absence de bonus de fin de campagne.

Une légère reprise s’est amorcée dès 2023-2024 (67 718 tonnes), avant un recul à 60 403 tonnes en 2024-2025. La campagne actuelle marque une franche accélération.

Trois facteurs clés de la reprise

Le directeur de la production agricole, Sitsofé Emmanuel Yovogan, identifie trois leviers ayant permis ce redressement. Le premier est le recours à des produits de spécialité contre les jassides et les lépidoptères, ce qui a permis de maîtriser la pression parasitaire, principale cause de destruction des rendements ces dernières années.

Le deuxième facteur est l’engagement des producteurs eux-mêmes. Comme l’a souligné Yovogan, « ce sont 68 000 producteurs motivés à mettre en application les conseils des techniciens » qui ont tiré les rendements vers le haut. Les meilleurs d’entre eux ont atteint 2,5 tonnes à l’hectare. Koussouwè Kouroufei, président de la FNGPC, a ainsi récolté 37 845 kg sur 15 hectares lors de cette campagne.

Le troisième facteur est la stabilité des conditions économiques. Le prix d’achat du coton-graine est maintenu à 300 FCFA le kilo pour la troisième campagne consécutive, et le sac d’engrais NPK est plafonné à 14 000 FCFA grâce à une subvention de l’État, alors que le coût de marché s’établit entre 21 000 et 22 000 FCFA. Cette prise en charge par l’État de la différence a restauré la confiance des producteurs dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes qui pèsent sur les marchés internationaux des engrais. La NSCT indique par ailleurs avoir sécurisé des stocks d’intrants pour la prochaine saison.

Le dialogue renouvelé entre la NSCT et la FNGPC a également joué un rôle. En octobre 2025, les deux parties se sont retrouvées à Kara, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, pour poser les bases d’un nouveau partenariat. Martin Drevon a décrit cette nouvelle dynamique : « Nos objectifs sont désormais communs. Chaque point de décision fait l’objet de réunions techniques conjointes ».

Cap sur 150 000 hectares et 150 000 tonnes d’ici 2030

Fort de ces résultats, la NSCT affiche des ambitions à moyen terme. Quelque 100 000 hectares ont déjà été déclarés pour la prochaine campagne, alors même que la collecte du coton 2025-2026 n’est pas encore achevée et que les paiements aux producteurs ne sont pas soldés. L’objectif officiel est fixé à 105 000 hectares, avec l’espoir de dépasser ce seuil.

La feuille de route à l’horizon 2030 vise 150 000 hectares emblavés par 150 000 producteurs, pour une production de 150 000 tonnes, un niveau correspondant au pic atteint avant le début de la période de contraction. La stratégie repose sur le recrutement annuel de 25 000 producteurs supplémentaires, chacun cultivant en moyenne un hectare avec un rendement d’une tonne. La variété actuellement utilisée présente un potentiel théorique de 3 tonnes à l’hectare, ce qui laisse une marge de progression considérable.

Le président de la FNGPC, Koussouwè Kouroufei, a traduit l’ambition des cotonculteurs : « L’année prochaine, au lieu d’une tonne, on parle d’une tonne cent, une tonne deux cents par hectare. Le Cameroun est aujourd’hui à une tonne cinq cents. Chez nous, certains le font déjà ».

Des défis structurels à ne pas sous-estimer

La prudence reste de mise. Le parc logistique de la NSCT est jugé vieillissant, et la cadence actuelle de collecte, entre 770 et 850 tonnes par jour, crée des tensions sur les capacités des usines. Les camions commandés en Chine n’arriveront qu’en juin 2026, après la fin de la campagne. Le président de la FNGPC a appelé à faciliter l’accès des transporteurs privés pour accélérer les rotations et garantir le paiement rapide des producteurs.

La dépendance aux aléas climatiques demeure également une contrainte structurelle. Des stratégies d’adaptation sont mises en œuvre, semis précoces, herbicides, partage de prévisions pluviométriques en temps réel, travaux sur l’agriculture régénératrice dans les centres agronomiques, mais une sécheresse ou une attaque parasitaire non anticipée peut remettre en cause les projections.

Sur les marchés à l’export, la fibre togolaise s’écoule principalement en Asie du Sud-Est (Pakistan, Inde, Vietnam), dans un contexte de volatilité des cours mondiaux. Les premières installations de la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) ouvrent une perspective de valorisation locale, encore embryonnaire.

Ablam AKODJEVO

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