Dans un pays où la demande en protéines aquacoles ne cesse de croître, le Togo a franchi une étape décisive en réunissant à Lomé les principales parties prenantes de l’aquaculture pour valider un cadre institutionnel et réglementaire rénové.
Il y a à peine quinze ans, la production aquacole togolaise était quasi anecdotique. Aujourd’hui, le tableau a radicalement changé. Le Dr Domtani Ali, directeur des productions halieutiques, l’a rappelé sans détour lors de l’atelier : « Nous avons une production qui avoisine 3 500 tonnes actuellement, alors que dans les années 2010, on était autour de 120 tonnes. Des efforts louables ont été faits avec des investissements accompagnés de notre partenaire stratégique JICA. »
Une multiplication par près de trente en une décennie, résultat de deux programmes structurants : le Projet d’Appui au Secteur Agricole (PASA) et le Projet de Développement de l’Aquaculture au Togo (PDAT). Ce dernier a notamment soutenu la pisciculture en cages flottantes, la production de tilapia dit « super mâle » et la formation de jeunes entrepreneurs du secteur.
Pourquoi réviser le cadre juridique maintenant ?
Cette croissance spectaculaire a mis en évidence les lacunes du dispositif réglementaire existant. C’est dans ce contexte que l’Agence Japonaise de Coopération Internationale (JICA), dans le cadre de son appui au Comité des Pêches du Centre-Ouest du golfe de Guinée (CPCO), a mandaté l’ONG Oceans Friends International pour conduire une étude approfondie sur les textes législatifs et réglementaires applicables à l’aquaculture. L’objectif : aligner le cadre juridique togolais sur les standards régionaux et internationaux, tout en tenant compte des réalités nationales. L’atelier de validation du 20 février a réuni experts, techniciens, représentants du secteur privé et responsables gouvernementaux pour examiner les conclusions de cette étude et adopter des recommandations concrètes.
La biosécurité, enjeu invisible mais critique
Parmi les points saillants débattus, la biosécurité aquacole s’est imposée comme une priorité absolue. Le Dr Domtani Ali a exposé un risque souvent sous-estimé. « Il faut donc prendre des mesures de biosécurité, des mesures que vous mettez en place pour éviter la propagation des maladies ou l’introduction de nouvelles maladies », a-t-il souligné
Le Togo, importateur de poissons vivants et acteur des échanges régionaux d’alevins, est particulièrement exposé à ce risque. Le transport d’alevins d’un site à l’autre, sans protocoles sanitaires stricts, peut suffire à introduire des pathogènes dévastateurs dans des élevages entiers. Ce que d’autres pays ont appris à leurs dépens.
Ce que cela change concrètement
Au-delà de la réglementation, c’est toute une culture professionnelle qui doit évoluer. Le directeur de cabinet du ministère de l’Agriculture, M. Dindiogue Konlani, qui a ouvert les travaux au nom du ministre, a insisté sur la nécessité d’une appropriation collective des nouvelles normes par l’ensemble des acteurs de la filière.
La révision du cadre juridique prévoit notamment des mécanismes de contrôle sanitaire aux points d’entrée des espèces aquatiques vivantes, des protocoles de traçabilité des alevins, et des responsabilités clairement définies entre l’État, les opérateurs privés et les communautés de pêcheurs.
Un modèle de coopération Sud-Sud à consolider
Ce qui frappe dans cette démarche, c’est la cohérence du partenariat entre le Togo et le Japon. Loin d’une aide traditionnelle descendante, la JICA accompagne le pays dans la construction d’une expertise locale durable, formation des jeunes, structuration institutionnelle, appui technique. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres nations d’Afrique de l’Ouest confrontées aux mêmes défis de développement aquacole responsable.
Avec une population en forte croissance et des importations de poissons encore très importantes, le Togo a tout à gagner à faire de sa biodiversité aquatique un levier de sécurité alimentaire, à condition que les textes adoptés lors de cet atelier trouvent, cette fois, une application concrète sur le terrain.
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