À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des acteurs du secteur agricole ont appelé, le 20 mars 2026, à renforcer l’autonomisation économique des femmes et des jeunes dans l’agribusiness béninois.
L’agriculture reste un pilier de l’économie béninoise. Selon le Recensement national de l’agriculture (RNA 2018-2021), 926 539 ménages pratiquent des activités agricoles dans le pays. Plus de 15 % de ces ménages sont dirigés par des femmes. Le secteur mobilise une large part de la population. Près de 54 % des Béninois vivent de l’agriculture, soit plus de 6,5 millions de personnes. Au total, le pays compte plus de 2,3 millions d’actifs agricoles, dont une part importante de femmes.
Malgré cette présence, les inégalités persistent. Les femmes ne dirigent que 15 % des exploitations agricoles, estimées à 913 415 à l’échelle nationale. La taille moyenne des exploitations reste modeste, autour de 3,3 hectares. Dans ce contexte, experts et acteurs du secteur ont échangé sur les défis à relever lors d’un webinaire initié par l’Association nationale des femmes entrepreneurs agricoles du Bénin (ANAFEA). Véritables piliers des chaînes de valeur, les femmes jouent un rôle central dans la production végétale, pratiquée par plus de 95 % des ménages agricoles, ainsi que dans l’élevage, qui concerne plus de 600 000 ménages.
Selon Isabelle Ahouandjinou, vice-présente de l’ANAFEA, l’autonomisation passe par un meilleur accès aux ressources. Terre, intrants, équipements et financements restent difficilement accessibles pour de nombreuses productrices. Elle insiste aussi sur le renforcement des capacités techniques et la structuration des organisations.
Des freins persistants malgré un cadre juridique existant
Pour Clément Dassi, docteur en droit public, le principal défi reste l’application des textes. « Les lois ne manquent pas. C’est leur application qui pose problème. Les normes sociales n’ont pas évolué au même rythme », a-t-il expliqué. Il évoque également les contraintes liées aux garanties financières et à l’accès aux marchés.
De son côté, Madeleine Lafia, secrétaire générale du ministère de l’Agriculture, rappelle l’existence de plusieurs instruments. La Politique nationale de promotion du genre, la loi d’orientation agricole et la loi sur la sécurité alimentaire en font partie. Mais leur impact reste limité. Elle appelle à renforcer la communication avec les femmes rurales et à lever les freins socioculturels.
Renforcer les capacités et l’engagement citoyen
Les partenaires techniques plaident pour des actions concrètes. Christelle Ouattara, représentante pays de SUCO, insiste sur l’éducation à la citoyenneté.« Le citoyen ne se sent pas suffisamment impliqué dans l’action publique », a-t-elle souligné. Elle met en avant plusieurs leviers. Le développement des capacités entrepreneuriales. La promotion des chaînes de valeur. Le mentorat.
Au terme des échanges, une priorité se dégage. Créer un environnement plus inclusif. Permettre aux femmes de jouer pleinement leur rôle dans la transformation de l’agribusiness béninois.
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