
Dans le contexte international actuel caractérisé par l’envahissement des produits conventionnels, certains pays hésitent toujours à autoriser la culture des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) afin de protéger la nature et les populations des nombreuses conséquences qui peuvent en découler. L’enjeu étant de taille, la décision mérite d’être mûrie et le Bénin prend tout son temps. Un des trois pays du monde entier en compagnie de la Serbie et de la Zambie à avoir interdit la culture et l’importation de l’alimentation OGM dès le départ, le Bénin n’a jamais paru incertain sur sa position qu’aujourd’hui. Les gouvernements se suivent mais la trajectoire ne change pas même si ces organismes modifiés infiltrent déjà le marché béninois.
L’utilisation des Organismes génétiquement modifiés (Ogm) apparaît dans le monde comme une évolution technologique pouvant assurer l’équilibre entre la production et la consommation. Mais les aliments issus des Ogm ne mettent pas toujours le consommateur à l’abri des risques biotechnologiques. Expérimentés pour la première fois en 1973 par l’américain Paul Berg, les organismes génétiquement modifiés (Ogm) sont des êtres vivants dont le patrimoine génétique a été modifié par l’intervention humaine. Cela peut être une plante, un animal ou un microorganisme à qui, il a été ajouté ou modifié un caractère, pour avoir ce que l’on désire. Un Ogm est donc un organisme vivant dont l’Adn a été bricolé, pour le doter de propriétés dont la nature ne l’a pas doté, c’est-à-dire un organisme dans lequel a été inséré un gène absent à l’état sauvage. Ce gène peut provenir de n’importe quelle espèce vivante, il suffit de lui ajouter divers éléments nécessaires à son expression dans l’organisme receveur. De façon théorique, tout organisme vivant peut être transformé en un Ogm. Jusqu’à présent, il a été possible de modifier génétiquement de nombreux mammifères, plantes, bactéries et bien d’autres espèces. Si pour certains pays, les Ogm ont été créés pour augmenter les rendements agricoles afin de lutter contre la faim, donc une culture recommandée, d’autres comme le Bénin ne l’entendent pas de cette oreille. Très réticent face à l’impact des OGM sur l’environnement et les consommateurs, le Bénin n’a jamais été favorable à cette culture du moins pas de façon officielle. Ainsi, le 06 mars 2002, le Conseil des ministres a adopté un moratoire de 5 ans sur les importations, la commercialisation et la circulation des OGM. Un moratoire qui sera reconduit en 2008 à cause de l’inexistence d’un cadre juridique, technique et scientifique sur la question et la menace d’invasion des marchés de l’espace UEMOA (Union Économique et Monétaire de l’Ouest Africain) par des produits transgéniques provenant de certains Etats membres.
Aucune disposition technique de contrôle, du pain béni pour les lobbys
Si jusque-là, le Bénin a surfé sur la vague des moratoires, aujourd’hui, aucune disposition légale n’interdit l’entrée des OGM dans le pays, le gouvernement semble ne plus se soucier de la question tant les lobbys internationaux se font de plus en plus entendre. Comme le disait il y a quelques années le trésorier général du réseau Jinukun Patrice Sagbo, «les autorités ne prennent pas le débat au sérieux. Elles sont en train de tourner autour du pot » et n’affichent pas une position claire face à l’importation et la culture des organismes génétiquement modifiés. Une tergiversation qui n’est pas du goût des acteurs de l’environnement et du secteur agricole, car il n’existe aucun dispositif, pas même un laboratoire pour déceler les types de produits qui sont importés. « Après les moratoires, on est dans rien et cette situation est due à la pression et au lobbying que les entreprises de promotion d’OGM telles que Monsanto, font derrière les gouvernants béninois comme c’est le cas un peu partout dans le monde. On se demande aujourd’hui si les OGM n’ont pas encore envahi le marché. On avait souhaité que le gouvernement forme les douaniers et les agents de nos frontières pour bien contrôler les produits mais rien n’a été fait, nous avons des frontières en passoire » se désole l’environnementaliste, Clément Kotan. Pour Gabriel Ahouandogbo, spécialiste des sciences de nutrition et d’alimentation et directeur de la Direction de l’Alimentation et de la Nutrition Appliquée (DANA), « il faut murir les échanges entre les spécialistes pour pouvoir convaincre les décideurs parce qu’on viendra dire à ces derniers, que ça va donner de l’argent et leur faire des relations diplomatiques avec tel ou tel pays et ils sont d’accord alors qu’ils ne sont pas forcément ceux qui maitrisent le sujet ».
Les OGM sont ‘’dangereux et contre-nature’’
Face à l’indécision des gouvernants qui semblent banaliser la question des organismes génétiquement modifiés, les ‘’antis’’ OGM n’entendent pas se laisser faire car pour eux, ces produits sont nocifs tant pour l’organisme humain que pour l’environnement. S’il y a quelques années déjà « accepter les Ogm, c’est aller contre les lois de la nature » pour Patrice Sagbo du réseau Jinukun, les positions n’ont pas encore changé et se catégorisent davantage. « Nous sommes clairs, pas d’OGM au Bénin, le débat est simple» a martelé l’environnementaliste, Clément Kotan avant de poursuivre «nous avons des laboratoires à l’université que l’UEMOA a équipés parait-il, mais est-ce qu’ils ont les matériels nécessaires pour déceler les OGM sur le territoire béninois ? Il faut qu’on nous fasse l’état des lieux des besoins qui nous permettent de nous y préparer. Le personnel universitaire nécessaire doit être formé et être apte pour le contrôle technique ».
« Je ne conseillerai jamais les organismes génétiquement modifiés ; quand on s’y lance on ne peut plus se rattraper » s’est fendu l’ancien ministre de l’agriculture, Azizou El- Hadj Issa. Même son de cloche du côté de la Direction de l’Alimentation et de la Nutrition Appliquée. « Les OGM ne sont pas bon, d’abord dans le sens économique, les semences ne seront jamais disponibles surplace au Bénin. Il faut non seulement les importer mais il faut également les payer cher. Ensuite, ces entreprises et ces pays vous imposent les engrais or c’est avec ces engrais qu’eux ils se développent. Ainsi, le pays qui prend les OGM est perdant car il dépend d’eux du point de vue intrants, du point de vue semences » reconnait le directeur de la DANA, Gabriel Ahouandogbo. ‘’Ce qui est sûr, c’est que ceux qui ont accepté les OGM sont aujourd’hui en train de faire demi-tour. Le grand problème du Bénin est qu’il a des difficultés à contrôler ses frontières et les produits OGM ont envahi complètement son marché’’ a-t-il lancé.
Aucune sensibilisation des populations qui consomment déjà les OGM
Face à ce tableau pour le moins sombre, il est d’une grande importance de sensibiliser les populations sur les effets néfastes des organismes génétiquement modifiés sur la santé. Mais force est de constater que c’est le grand silence tant du côté des gouvernants que du côté des spécialistes et des ‘’antis’’ OGM; même si certaines associations font des sorties sporadiques de dénonciation de ces produits transgéniques. Les OGM sont tous les jours dans les plats des Béninois et ces derniers toujours dans l’ignorance croient manger sain. Pour l’environnementaliste, Clément Kotan, « nous mangeons et nous ne savons pas ce que nous mangeons. Il y a de très beaux légumes aujourd’hui. Or quand on regarde la sècheresse qui sévit, quand on voit la saison, on ne peut pas avoir d’aussi beaux légumes. Ils sont de quelle qualité ? ». « Si vous prenez par exemple aujourd’hui des tomates très belles, vous les payez le matin et le soir elles sont déjà fanées et vous vous demandez quel genre de tomates vous avez. On connaissait les belles tomates que nous avions dans ce pays, il leur fallait une semaine ou des jours pour se faner malheureusement tout cela est dû au laxisme des gouvernants » s’est –il désolé.
Le Bénin à l’instar de plusieurs autres pays a ratifié le protocole d’accord de Cartagena qui s’appesantit sur la prévention des risques biotechnologiques liés aux Ogm. Ce protocole est un mécanisme qui permet de lutter contre les risques liés à ces produits et le gouvernement doit s’en inspirer pour mettre des garde-fous pour mieux contrôler l’entrée des OGM sur son territoire. D’un autre côté, il doit mettre un accent prononcé sur la sensibilisation car les différents moratoires n’ont pas empêché les importateurs et même les agriculteurs d’adopter les produits génétiquement modifiés.
André Tokpon




