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Ressources halieutiques au Bénin : Le repos biologique, entre nécessité et défi

Face à la raréfaction des ressources halieutiques sur le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo, la Direction de la Production Halieutique (DPH) a imposé une interdiction totale de pêche du 1er au 30 avril 2026. Une mesure inédite à l’échelle nationale, dont le bilan, chiffres à l’appui, révèle autant les avancées que les limites d’une politique encore en construction.

Les signaux d’alarme se multipliaient depuis plusieurs années sur le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo. Les captures diminuent, les espèces se raréfient, et les pêcheurs eux-mêmes réalisent que leurs prises d’aujourd’hui ne sont plus comparables à celles d’il y a dix ou vingt ans. Herman Gangbazo, Chef service de la Direction de la Production Halieutique (DPH), met des chiffres sur cette réalité. « Là où les normes internationales admettent entre 9 et 11 pêcheurs par kilomètre carré pour les écosystèmes continentaux, le Bénin a enregistré jusqu’à 111 pêcheurs par kilomètre carré », une pression que les plans d’eau ne peuvent plus absorber selon le spécialiste.

À cette surpopulation de pêcheurs s’ajoutent l’usage de techniques de pêche inadaptées et la pollution des plans d’eau, qui fragilisent davantage les écosystèmes aquatiques. Les chiffres ne laissent aucun doute : sans intervention, la disparition de ces ressources n’est qu’une question de temps. C’est ce diagnostic qui a conduit, dès 2025, à la décision d’instaurer un repos biologique. La concertation tenue le 18 février 2026 entre la DPH, les pêcheurs, les mareyeuses et les syndicats est venue en définir les modalités concrètes d’application. Le principe défendu par Gangbazo est : « Avant de capturer un poisson, il faut lui laisser le temps de se reproduire au moins une fois ».

Le repos biologique : une mesure concertée et encadrée

L’interdiction totale de pêche, effective du 1er au 30 avril 2026, a couvert le lac Nokoué, la lagune de Porto-Novo et leurs chenaux. Pendant trente jours, aucun engin, aucune technique, aucune méthode de pêche n’était autorisée. Les contrevenants s’exposaient à des sanctions conformément à la réglementation en vigueur. Cette mesure n’a pas été imposée du jour au lendemain. Herman Gangbazo insiste sur ce point. Selon lui, « Ils ont été suffisamment sensibilisés. Donc, ils devraient quand même prendre leurs dispositions pour bien traverser cette période ». Il faut également noter que le repos biologique n’est pas sans précédent dans certaines communautés béninoises. Des fermetures étaient déjà observées de manière traditionnelle dans plusieurs localités riveraines du lac Nokoué et de la lagune de Porto-Novo. Ce que l’État formalise aujourd’hui, c’est cette pratique à l’échelle nationale, avec des périodes définies, un cadre légal et des mécanismes de contrôle.

Un dispositif de surveillance bien déployé

Sur le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo, le dispositif de mise en application a été enclenché dès les premiers jours d’avril. Des équipes de la DPH, appuyées par la police marine, ont effectué des patrouilles hebdomadaires sur les eaux. Des comités et sous-comités de surveillance ont été déployés régulièrement, inspectant les rives, les zones à l’écart des axes de circulation et les villages lacustres jusqu’à Aguégué. Dès qu’un pêcheur était pris en flagrant délit, le matériel était saisi sans délai : embarcations, engins de pêche et moteurs confisqués, et les contrevenants transmis aux autorités compétentes.

Malgré la sensibilisation conduite en amont, des infractions ont été constatées tout au long du mois, aussi bien sur le lac Nokoué que sur la lagune de Porto-Novo. Certains acteurs ont choisi de poursuivre leurs activités, soit en raison de contraintes économiques, soit par refus de se conformer à la règle. La persistance des infractions a mis en évidence les limites des moyens disponibles pour couvrir l’ensemble des plans d’eau concernés.

Un bilan en demi-teinte

Au terme des trente jours de fermeture, la DPH a dressé un premier état des lieux. Environ 400 engins de pêche ont été saisis sur le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo. Il s’agit des filets à mailles non réglementaires, filets éperviers, palangres et équipements motorisés. Kofi Kévin Kinkpé précise qu’en deux semaines seulement, le cap des 250 engins saisis avait déjà été franchi. Ces chiffres traduisent à la fois la mobilisation des agents sur le terrain et la persistance des infractions malgré la préparation conduite en amont.

Eugénie Bocovi, présidente de l’Association Nationale des Mareyeurs et Mareyeuses du Bénin (ANM)

Du côté des mareyeuses, l’impact sur les activités a été réel. Eugénie Bocovi, présidente de l’Association Nationale des Mareyeurs et Mareyeuses du Bénin (ANM), décrit la situation. « Pour trouver du poisson à vendre, il fallait aller vers le Nigéria ou acheter des poissons fumés », se confie-t-elle. Les marchés autour du lac Nokoué et de la lagune de Porto-Novo ont fonctionné au ralenti, avec des coûts d’approvisionnement plus élevés et des marges réduites. Certaines mareyeuses ont dû traverser la frontière pour maintenir leur activité. Pourtant, Eugénie Bocovi ne remet pas en cause le bien-fondé de la mesure : « La fermeture a été une bonne option, car ça permettra à nous qui vivons de nos efforts de durer ».

Le 30 avril 2026, à la veille de la réouverture, les représentants des associations de pêcheurs et les cadres de la DPH se sont retrouvés pour faire le point. Un consensus a émergé. Cette fermeture était nécessaire, et la prochaine devra être mieux préparée.

Kofi Kévin KINKPÉ, Chef service des contrôles et
suivi des produits halieutiques et de la post-capture de la DPH

Ce qu’il faut changer

Le bilan de cette première fermeture a mis en évidence des lacunes que les acteurs s’accordent à corriger. Fidèle Lokossou, secrétaire général du Syndicat National des Acteurs de la Pêche du Bénin (SYNAPEB), a soulevé deux points. « On a constaté qu’au niveau de l’administration, il nous manque des moyens que l’État pourra déployer à l’endroit de la DPH. Nous avons aussi besoin de mesures d’accompagnement social qui nous permettront de respecter cette fermeture », évoque-t-il. Sans ces dispositifs, une partie des pêcheurs du lac Nokoué et de la lagune de Porto-Novo se retrouve sans revenus durant la période de fermeture, ce qui ralentit leur adhésion à la mesure.

Sur le plan opérationnel, la surveillance de deux plans d’eau de cette superficie nécessite des ressources humaines et matérielles que la DPH ne dispose pas encore en quantité suffisante. Un renforcement des capacités de l’administration halieutique s’impose pour que les prochaines fermetures soient davantage respectées sur le terrain.

Sur le plan de la sensibilisation, Lokossou s’est engagé à amplifier les efforts avant la fermeture de juillet en envisageant que « pour la période de juillet-août, nous mettrons en place la sensibilisation, pour que tout le monde ait l’information et se prépare mieux. » Les organisations de pêcheurs ont également demandé que la durée de la prochaine période soit étendue. Blaise Enouhéran, chef de la division de réglementation de la DPH, a rappelé lors de la réouverture les conditions d’une pêche responsable. « Suite à cette ouverture, nous invitons tous les acteurs à avoir de bonnes pratiques, pour que ce qui a été réparé durant ce premier mois nous serve positivement », lance-t-il. Pour rappel, le prochain test est prévu du 29 juillet au 27 août 2026.

Ablam AKODJEVO

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