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Tunisie : La campagne céréalière 2025-2026 sous pression

La campagne céréalière tunisienne 2025-2026 s’achève sur des surfaces emblavées en deçà des ambitions initiales. Avec 991 000 hectares ensemencés, le pays n’atteint que 87 % de son programme prévisionnel fixé à 1,145 million d’hectares, selon le ministère de l’Agriculture.

Sur le plan cultural, le blé dur s’impose comme la principale culture avec 533 000 hectares, suivi de l’orge (400 000 ha), du blé tendre (49 000 ha) et du triticale (9 000 ha). Cette répartition reflète les orientations traditionnelles de la filière, dans laquelle le blé dur reste la culture stratégique par excellence pour la sécurité alimentaire du pays. Géographiquement, les gouvernorats du Nord concentrent l’essentiel de l’activité avec 834 000 hectares, tandis que les régions du Centre et du Sud ne totalisent que 157 000 hectares, confirmant le déséquilibre territorial historique de la production céréalière tunisienne.

Des opérations d’entretien à la traîne

Si les surfaces emblavées témoignent déjà d’un déficit par rapport aux objectifs, les opérations d’entretien accusent elles aussi des retards préoccupants. Le désherbage n’a concerné que 466 000 hectares sur les 716 000 prévus, soit un taux d’avancement de 65 %. La fertilisation azotée présente un tableau encore plus fragmenté : la première tranche affiche 66 % de réalisation sur 585 000 hectares ciblés, la deuxième stagne à 28 % avec 250 000 hectares couverts, et la troisième n’a pratiquement pas démarré, avec seulement 3 % d’avancement sur les 30 000 hectares programmés.

À ces retards s’ajoute la pression sanitaire

Les traitements contre les maladies fongiques, septoriose, rouille brune, oïdium et rhynchosporiose, n’ont été appliqués que sur 20 000 hectares, alors que les conditions climatiques de cette saison favorisent leur développement. Cette situation expose une partie significative du potentiel de récolte à des risques de pertes de rendement.

L’ammonitrate, maillon faible de la chaîne logistique

Ces retards dans la fertilisation s’expliquent en partie par des difficultés d’approvisionnement en engrais azotés. Au 16 mars 2026, la situation est contrastée selon les produits. Le Super 45 dépasse son objectif avec un taux de réalisation de 107 % et 32 000 tonnes distribuées. Le DAP (diammonium phosphate) affiche une performance correcte à 80 %, avec 96 000 tonnes livrées sur 120 000 programmées. L’ammonitrate, en revanche, constitue le point de tension le plus critique : seulement 152 000 tonnes ont été distribuées sur les 220 000 prévues, soit un taux de réalisation de 69 %.

Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. À Gabès, l’approvisionnement est temporairement suspendu faute de stocks disponibles, dans l’attente d’une reprise de production annoncée dans les prochains jours. À Kébili, le centre de distribution dispose encore d’un reliquat d’environ 11 000 tonnes, distribué à un rythme de 700 tonnes par jour, un flux insuffisant pour rattraper les retards accumulés avant la fin de la fenêtre optimale de fertilisation.

Le ministère appelle à une mobilisation d’urgence

Face à l’accumulation de ces difficultés, le ministère de l’Agriculture a formulé plusieurs recommandations. Il insiste sur la nécessité d’intensifier sans délai la fertilisation azotée, en tirant profit des dernières précipitations pour optimiser l’absorption des nutriments par les cultures. En complément, il préconise le recours aux engrais foliaires pour pallier les déficits là où l’apport au sol reste insuffisant.

Sur le plan sanitaire, les agriculteurs sont invités à surveiller activement leurs parcelles, en particulier dans les zones irriguées et les régions favorables du Nord, et à déclencher rapidement un traitement chimique ciblé dès l’apparition de foyers fongiques. Le ministère met cependant en garde contre le risque de phytotoxicité lié à des interventions herbicides tardives, qui pourraient pénaliser davantage les rendements.

Pour assurer un meilleur encadrement technique des producteurs, les structures régionales sont appelées à renforcer leur coordination avec l’Institut national des grandes cultures et l’Agence de vulgarisation agricole. Une mobilisation collective qui s’impose d’urgence si la Tunisie entend limiter l’impact de cette saison difficile sur sa production céréalière nationale.

Ablam AKODJEVO

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