Après huit années de dégradation continue, la trajectoire de la faim s’infléchit en Afrique. C’est le constat dressé par Máximo Torero, économiste en chef de la FAO, dans une analyse publiée 22 juillet 2026.
Pour la première fois depuis 2017, les indicateurs de sécurité alimentaire s’améliorent simultanément à l’échelle du continent, un phénomène que l’institution n’avait plus observé depuis dix ans. Concrètement, moins d’Africains ont manqué de nourriture suffisante l’an dernier. Environ 8,6 millions de personnes sont sorties de la catégorie « insécurité alimentaire modérée ou grave », dont la prévalence recule de près de deux points. Le taux de sous-alimentation, lui, passe sous la barre des 20 % de la population, un repli limité en apparence, mais qui rompt avec une hausse ininterrompue depuis près d’une décennie. Autre signe encourageant : le retard de croissance chez les jeunes enfants, longtemps en progression, amorce lui aussi un recul.
Ce frémissement ne doit toutefois pas masquer l’ampleur du chemin restant. En valeur absolue, l’Afrique demeure le continent comptant le plus de personnes sous-alimentées au monde, davantage qu’en Asie, où la population est pourtant nettement supérieure, et les projections de la FAO anticipent qu’elle concentrera plus de la moitié des cas mondiaux de faim d’ici 2030.
De la quantité à l’accessibilité
Pour Torero, la nature du problème est en train de changer. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les Africains mangent assez, mais s’ils peuvent s’offrir une alimentation réellement nutritive. Sur ce plan, la tendance reste défavorable : la part de la population incapable de financer régulièrement des protéines, des fruits, des légumes ou des produits laitiers continue d’augmenter, à contre-courant de ce qui s’observe dans le reste du monde.
Cette divergence s’explique en grande partie par les prix. D’après le rapport SOFI 2025, coproduit par la FAO, le PAM, le FIDA, l’OMS et l’UNICEF, le coût mondial d’une alimentation saine a bondi de 3,44 à 4,28 dollars par personne et par jour entre 2021 et 2025 et c’est précisément sur le continent africain que cette hausse a été la plus forte. Le paradoxe est donc le suivant : l’Afrique parvient à réduire le nombre de personnes en situation de faim au moment même où se nourrir sainement y devient plus coûteux que partout ailleurs, ce qui limite la portée réelle des progrès enregistrés.
Enfin, Torero rappelle une fragilité méthodologique : les données statistiques ayant permis de mesurer ce recul dépendent de systèmes nationaux eux-mêmes financés par une aide internationale actuellement soumise à des coupes budgétaires. Une année de progrès, insiste-t-il, ne constitue pas encore une tendance consolidée.
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