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Agriculture Béninoise: Les herbicides, alliés dangereux ?

Au Bénin, l’usage croissant des herbicides, apprécié pour leur efficacité, soulève de vives inquiétudes quant à leurs effets à long terme sur la fertilité des sols et la durabilité agricole.

Produit utilisé par les producteurs pour enlever efficacement les mauvaises herbes et sans forcément recourir à la main-d’œuvre, les désherbants sont des substances chimiques dont l’exploitation est devenue presqu’une tradition pour les agriculteurs au Bénin. « J’ai commencé à utiliser les herbicides à cause de la non-disponibilité de la main-d’œuvre », confie Athanase Vidjannangni, responsable d’une palmeraie dans le Plateau. « Parfois, on paie pour un travail mal fait ou non exécuté », continue-t-il. Cela montre l’importance des désherbants, qui permettent de réduire les coûts de lutte contre les mauvaises herbes dans un contexte où la rentabilité des exploitations est cruciale.

Contexte économique et soutien aux producteurs

L’utilisation des herbicides par les producteurs béninois s’inscrit dans un contexte économique favorable. Pour la campagne agricole 2025 2026, l’État a consenti un appui financier de 26 milliards de FCFA afin de rendre les intrants accessibles et de préserver la rentabilité des exploitations. Ainsi, le sac de 50 kg de NPK est vendu à 17.000 FCFA, celui d’urée à 15.000 FCFA et la formule SSP à 14.000 FCFA. Les herbicides, quant à eux, coûtent entre 3.500 et 7.500 FCFA le litre selon la formule. Cette politique de soutien permet aux producteurs d’investir dans des intrants chimiques tout en maîtrisant leurs coûts de production, qu’il s’agisse de cotonculteurs ou des autres cultivateurs.

Dr Sylvain Ogoudjobi, spécialiste de la fertilité
des sols

Des impacts sur le sol et les plantations

Si ces désherbants permettent de lutter efficacement contre les mauvaises herbes, leur utilisation suscite aujourd’hui des interrogations quant à leurs impacts sur l’environnement et la production agricole. L’utilisation intensive ou mal maîtrisée de ces produits n’est pas sans conséquences. « Les herbicides, en particulier lorsqu’ils sont utilisés en excès, réduisent la macrofaune et les micro-organismes du sol », affirme le docteur Sylvain Ogoudjobi, spécialiste de la fertilité des sols. Ces organismes jouent pourtant un rôle essentiel dans la décomposition de la matière organique et la fertilité des terres. Cette dégradation biologique peut ralentir  des processus essentiels comme l’humification et la minéralisation, entraînant à terme une baisse de la productivité agricole. « Lorsque le sol est dégradé, les rendements chutent progressivement », ajoute l’expert.

Les utilisateurs évoquent des cas de ralentissement de la croissance des plantations en cas de contact avec le désherbant lors de son application sur les mauvaises herbes. « Ces palmiers se rabougrissent et restent là pendant des années sans rien produire, sans même se développer », témoigne Athanase Vidjannangni, propriétaire d’une palmeraie. Par ailleurs, l’utilisation excessive d’herbicides peut rendre les sols nus, favorisant ainsi l’érosion hydrique. Ce phénomène contribue à la perte de matière organique et à l’appauvrissement des terres agricoles.

Les herbicides peuvent également se disperser au-delà des zones traitées. À l’issue d’une étude réalisée par Ogoudjobi intitulée « Évaluer l’effet de l’utilisation des herbicides sur le sol et sur la production de palmiers à huile », il ressort que des résidus de glyphosate ont été détectés dans des parcelles non traitées, probablement à cause du vent ou du ruissellement. Les études mentionnent également la présence de ces substances dans les cours d’eau environnants.

Un jeune appliquant de l’herbicide sur ses plants

Vers une utilisation plus encadrée

Malgré ces constats, il faut insister sur le fait que les herbicides ne sont pas intrinsèquement dangereux, cependant leur usage doit être maîtrisé. « Ce n’est pas le produit qui est mauvais, mais la manière dont il est utilisé », souligne le spécialiste de la fertilité des sols.

Parmi les recommandations figurent le respect des doses. Dans les plantations de palmier à huile, par exemple, docteur Sylvain Ogoudjobi recommande après ses études sur l’impact des herbicides « 6 litres d’herbicide par hectare et par an. Au-delà de cette dose, il y a problème ». Il préconise également l’intégration de pratiques alternatives comme le paillage ou l’apport de matière organique. Le recours à des solutions complémentaires, telles que le désherbage manuel ou le développement de bio-herbicides, est également encouragé par l’agronome.

Entre nécessité économique et impératif environnemental, la question de l’usage des herbicides au Bénin reste un enjeu majeur pour l’agriculture durable. Une utilisation raisonnée apparaît aujourd’hui comme une voie essentielle pour préserver la fertilité des sols et garantir la sécurité alimentaire.

Chèrifath DANSOU 

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