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Anacarde : L’essor d’une filière à haute valeur ajoutée au Bénin

Porté par l’ambition nationale de transformer l’agriculture et l’économie, la filière anacarde connaît une dynamique remarquable au Bénin. Entre progrès dans la production, soutien étatique massif et réorganisation des acteurs, le pays s’efforce à tirer pleinement profit de cette culture stratégique. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte africain où la transformation locale reste encore marginale, malgré une domination mondiale en volume du Bénin. 

Premier producteur mondial de noix de cajou brutes, le continent africain fournit plus de 57 % de l’offre mondiale, avec plus de deux millions de tonnes par an. Cependant, moins de 10 % de cette production est transformée localement, ce qui limite considérablement les bénéfices économiques pour le continent. La majorité de la transformation se fait en Asie, privant l’Afrique d’importantes opportunités de création de valeur et d’emplois. Résultat : l’Afrique ne capte que 25 à 30 % des revenus générés par l’industrie mondiale du cajou. Face à cette situation, plusieurs pays africains, dont le Bénin, adoptent des politiques visant à renforcer la transformation locale et à structurer efficacement la filière.

La croissance de la filière au Bénin

Deuxième produit d’exportation après le coton, l’anacarde représente environ 1,3 % du PIB du Benin. Une place importante donc pour une filière en pleine croissance et en pleine mutation. En effet, la production nationale de noix de cajou a atteint 213 000 tonnes en 2024, contre 91 000 tonnes en 2016. En dix ans, le Benin a plus que doublé sa production fort non seulement de l’engagement croissant des producteurs, mais aussi du soutien renforcé de l’État en faveur de cette filière stratégique.

Une véritable révolution qui embrase la production, la transformation et la commercialisation. Aucun maillon de la filière n’a été occulté afin de faire du Bénin, l’un des plus grands producteurs de cette spéculation. D’après l’étude « L’anacarde au Bénin, une filière en pleine mutation » (MAEP, Cotonou, avril 2024), environ la moitié des plants d’anacardier sont aujourd’hui âgés de 10 à 20 ans.

L’une des premières interventions a porté sur la réhabilitation des vieilles plantations. Ces vergers, devenus trop touffus, présentaient une faible floraison, en raison d’un manque de lumière sur le feuillage. Or, l’anacardier a besoin de soleil pour bien fleurir et produire. Grâce à l’appui des conseillers agricoles, le nombre de plants par hectare a été réduit. Cette technique, associée à l’introduction de cultures intercalaires comme le soja ou l’arachide, a permis d’améliorer les rendements. « Au début, les producteurs étaient réticents à l’idée de réduire le nombre d’arbres par hectare, mais ceux qui ont essayé ont rapidement vu les bénéfices », a souligné la présidente de la Fédération Nationale des Producteurs d’Anacarde du Bénin (FENAPAB), Sahadatou Atta Kakayatchi.

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Un plant d’anacarde, @FENAPAB

L’État a intégralement financé la réhabilitation des vieux vergers, à raison de 55 000 FCFA par hectare, sans aucun investissement de la part des propriétaires. Plus de 4 milliards de FCFA ont été mobilisés pour cette action selon le ministre de l’agriculture Gaston Dossouhoui. En 2025, 42 000 hectares de vergers seront réhabilités, puis 18 000 hectares en 2026, pour atteindre un total de 170 000 hectares dans le cadre du Projet d’Appui à la compétitivité des filières agricoles et à la diversification des exportations (PACOFIDE).

En plus de ces actions, des plants greffés subventionnés à hauteur de 84% sont mis à disposition des producteurs. « Ces plants greffés produisent dès 2 à 3 ans, contrairement aux anciens qui mettaient jusqu’à 7 ans. Avec un bon entretien, la production devient rentable rapidement », a ajouté la présidente de la FENAPAB. De même, un appui essentiel est aussi apporté aux pépiniéristes, qui prennent soin des plants pendant quatre à six mois avant leur mise en terre, afin de maximiser leurs chances de survie. Le rendement moyen visé est de 800 kg/ha contre 450 kg/ha actuellement.

Pour soutenir cette dynamique, des pulvérisateurs motorisés, électriques et manuels ont été mis à la disposition des producteurs à des prix bas pour faciliter la lutte contre les parasites et l’application efficace des traitements phytosanitaires. Malgré tous ces efforts, des difficultés demeurent. L’entretien des plantations, la lutte contre les maladies, les feux de brousse et les insectes restent des défis majeurs. Les pertes post-récolte et les exportations frauduleuses de noix brutes pèsent aussi sur les résultats. Sur le plan commercial, la fluctuation des prix, la limitation des exportations et le manque d’infrastructures de stockage compliquaient la vente des noix. « Après 2016, nous avons doublé voire tripler les infrastructures de stockage en termes de capacité. Mieux, nous avions une centaine d’aires de séchage. Aujourd’hui, nous en avons construit plus de 490 en milieu paysan », a déclaré Gaston Dossouhoui.

L’interprofession : une gouvernance recentrée sur les acteurs clés

Jusqu’en 2024, la structuration de la filière reposait sur la FENAPAB, le Conseil National des Transformateurs de Cajou (CNTC), le Conseil National des Exportateurs de Cajou (CONEC) et la Fédération Nationale des Acheteurs de Produits Tropicaux (FENAPAT). Cette structuration était trop lourde, avec de nombreux intermédiaires entre les producteurs et les transformateurs. La réorganisation de la filière a abouti à une interprofession concentrée sur ces deux familles d’acteurs en vue de la signature d’un accord-cadre avec le gouvernement. Le processus a été placé sous l’égide de la Chambre nationale d’agriculture (CNA) et en octobre 2024, la nouvelle formule de l’Interprofession de la Filière Anacarde (IFA) a vu le jour.

L’accord-cadre permettrait aux membres de l’IFA de bénéficier d’appuis techniques et financiers. Selon le ministre de l’agriculture, c’est à travers un consensus entre ces deux familles que le prix de cession de l’anacarde sera désormais fixé pour chaque campagne. Ils défendront leurs intérêts communs pour leurs biens et celui de la filière.

Une campagne de commercialisation plus organisée

Après sa mise en place, l’IFA a lancé sa première campagne de commercialisation de la noix brute de cajou le 30 janvier 2025. Lancée plus tôt que les années précédentes, cette campagne s’est déroulée avec un prix fixe de 375 francs CFA le kilogramme, dont 5 francs destinés aux fonctions critiques. Environ 225 000 tonnes ont été collectées par 1.255 coopératives villageoises réparties dans 45 communes, regroupant au total 168.318 producteurs, dont 24.430 femmes.

En bon organe de régulation et de coordination de la filière, l’IFA a très tôt observé un manque de balances adéquats pour favoriser la transparence dans les opérations de commercialisation. Elle a fait la demande à la CNA qui a remonté la demande aux autorités compétentes. Conséquences, les acteurs ont reçu 3.000 balances électroniques d’une capacité de 300 kg chacune, une précision de 500 g et un tablier de 40×50 cm. Elles sont bien sûrs certifiées par l’Agence Nationale de Normalisation, de Métrologie et du Contrôle Qualité (ANM).

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Illustration de la remise d »une balance électronique à l’IFA par le SG de la CNA-B, @Auriol HOUDEGBE

Les noix ont été vendues par les producteurs à travers les coopératives, avec un paiement sur place. Les transformateurs retirent leurs bordereaux d’enlèvement auprès des coopératives communales, en fonction de leurs besoins, et un bordereau de livraison précise ensuite l’itinéraire jusqu’à l’usine. Bien que des sorties frauduleuses aient été constatées, des mesures ont été prises pour les réduire.  À cet effet, l’IFA poursuit les sensibilisations auprès de tous les acteurs de la chaîne. C’est pourquoi dans un souci d’efficacité, le gouvernement souhaite désormais aller plus loin en transformant les infrastructures de stockage en plateformes de commercialisation actives gérés par les coopératives. L’idée est d’en faire des centres d’échange dynamiques autours de chaque culture.

Vers une industrialisation de la filière

La dynamique actuelle de la filière anacarde au Bénin témoigne d’une volonté politique forte et d’un engagement croissant des acteurs à tous les niveaux.  Avec l’implémentation de la Zone économique de Glo-Djigbé (GDIZ) qui vient en renfort aux acteurs transformateurs installés depuis des années, le Bénin mise désormais sur la transformation locale. En plus de la structuration des coopératives et l’industrialisation, le pays s’inscrit dans une logique de création de valeur durable et inclusive. Le Bénin s’est fixé un objectif de 300.000 tonnes de noix d’anacarde pour l’année 2026. Pour y parvenir, il faudra consolider les acquis, maîtriser chaque maillon de la chaîne et accroître la compétitivité à l’échelle internationale.

Auriol HOUDEGBE

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