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Aviculture marocaine : Une transformation qui inspire le Bénin

Invité d’honneur de la première édition du Salon-Expo Avicole du Bénin, le Maroc n’est pas venu seulement exposer son savoir-faire. Il est venu raconter l’histoire d’une transformation. En quelques décennies, le Royaume chérifien a bâti l’une des filières avicoles les plus performantes d’Afrique grâce à une organisation professionnelle forte, un partenariat durable entre l’État et le secteur privé avec des investissements continus. Une expérience dont le Bénin entend désormais s’inspirer pour propulser sa filière avicole.

Du 25 au 27 juin 2026, le palais de Cotonou a vibré au rythme de la première édition du salon expo avicole du Bénin. Si la part belle a été naturellement faite aux acteurs béninois, ce sont les marocains, invité d’honneur du salon qui ont attisé toutes les curiosités.

Devenue une référence continentale en l’espace de quelques années, la filière avicole du Maroc inspire plus d’un à travers son organisation, ses partenariats et ses investissements structurés pilotés par la Fédération Interprofessionnelle du Secteur Avicole (FISA). Créée en 1995 et reconnue officiellement comme interprofession agricole en 2017, cette organisation s’est appuyée sur des politiques publiques de long terme. Deux contrats programmes successifs, ont été conclus entre l’État et les professionnels dans le cadre du Plan Maroc Vert puis de la stratégie Génération Green 2020-2030 (GG30). Ces deux programmes ont modernisé les élevages, les couvoirs, les usines d’aliments et les unités de transformation. Au total, la filière a cumulé près de 15,3 milliards de dirhams, soit plus de 900 milliards de francs CFA, d’investissements. « Aujourd’hui, c’est un modèle adopté par plusieurs pays, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso. Les Béninois sont en train de travailler là-dessus aussi », résume Ahmed Daoudi, vice-président de la FISA.

Une filière devenue autosuffisante

Malgré sept années consécutives de sécheresse (2018-2025), la production de viande de volaille a dépassé 734 000 tonnes en 2024. La consommation atteint des niveaux records avec près de 24 kg de viande blanche et 195 œufs par habitant par an. En 2025, le Maroc a couvert 100 % de ses besoins en viande de volaille et en œufs. La filière produit 828 000 tonnes de viande (poulet et dinde), 542 millions de poussins de chair, plus de 7 milliards d’œufs et près de 4 millions de tonnes d’aliments composés. Elle génère 181 000 emplois directs, réalise un chiffre d’affaires de 48 milliards de dirhams et fournit plus de 55 % des protéines animales consommées dans le pays. « Nous nous sommes fixés quelques objectifs en croissance progressive avec une contribution de contrat-programme que nous avons atteint à des moments un peu précoces », précise Ahmed Daoudi.

Après avoir atteint l’autosuffisance, le Maroc s’est tourné vers les marchés extérieurs. Depuis 2009, il exporte des aliments composés, des œufs à couver, des poussins d’un jour, des œufs de consommation et des produits transformés vers plusieurs pays d’Afrique et du Moyen-Orient. En 2025, plus de 55 millions d’œufs à couver et plus d’un million de poussins d’un jour ont été exportés, principalement vers l’Afrique subsaharienne, dont le Bénin.

 

Miser aussi sur la formation

Le succès marocain repose aussi sur le capital humain. Depuis 2015, l’Avipole Casablanca, centre de formation et de recherche appliquée de la FISA, a formé plus de 3 000 professionnels venus du Maroc et de plusieurs pays africains dans le cadre de la coopération Sud-Sud. Le Bénin en bénéficie régulièrement, à l’image de la formation organisée en juillet 2025 avec l’Interprofession des aviculteurs du Bénin sur les techniques modernes de transformation et de conservation de la viande de volaille. Au-delà de cette coopération, la FISA diffuse également son modèle à travers la Confédération africaine pour le développement de l’aviculture (CADA), qui fédère 24 pays africains afin d’accélérer la structuration des filières et de renforcer la souveraineté alimentaire du continent.

Un modèle que le Bénin veut adapter

Tout n’est pourtant pas acquis. Le Maroc reste dépendant des importations de maïs et de soja pour l’alimentation animale et demeure sous haute vigilance face aux risques de grippe aviaire. Mais pour les responsables de la FISA, ces contraintes ne remettent pas en cause les fondamentaux : une interprofession forte, une vision partagée avec l’État, des investissements constants, la formation des acteurs et une gouvernance efficace. « Nous aspirons toujours à une croissance par rapport aux objectifs cités dans le GG30, pour atteindre des objectifs de 912 000 tonnes en 2030 et plus de 200 œufs par habitant par an », souligne le vice-président de la FISA.

Alors que le Bénin organisait la première édition de son Salon-Expo Avicole, le Maroc a partagé l’expérience de Dawajine, rendez-vous international de référence de la filière depuis près de trois décennies. En choisissant le Royaume du Maroc comme invité d’honneur, le Bénin n’a pas seulement mis à l’honneur une réussite africaine. Il s’est tourné vers un modèle qui démontre qu’une interprofession forte, des investissements durables et une vision partagée peuvent faire de l’aviculture un puissant levier de souveraineté alimentaire, d’emplois et de croissance.

Auriol HOUDEGBE

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