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Cherté du maïs au Bénin : « Cette situation ne peut pas durer »

Au Bénin, surtout dans la région sud, le maïs grain est un aliment de base pour la plupart des ménages. L’actuelle flambée des prix du produit sur le marché inquiète autant qu’elle suscite des remous. Pour les autorités de l’ATDA 2, la situation est due à des facteurs endogènes et exogènes et ne devrait pas perdurer.

Il y a encore trois mois, le sac de 100 kg de maïs grain coûtait 16 000 FCFA par endroits dans le Nord-Bénin. Le prix a doublé ces derniers jours pour atteindre 32 000 FCFA. Un peu moins que les coûts enregistrés au sud, où le kilogramme de maïs est cédé entre 350 FCFA et 400 FCFA. « C’est depuis plusieurs semaines déjà que nous constatons cette situation. Je ne saurais l’expliquer », nous confie une vendeuse grossiste de maïs grain dans un quartier de Cotonou, qui s’approvisionne à Tanguiéta, commune située dans le département de l’Atacora.

Le maïs est cultivé partout au Bénin, mais principalement dans les communes de Kétou, Kandi, Kérou, Gogounou, Banikoara et Ségbana. L’Agence territoriale de développement agricole pôle 2 (ATDA 2) assure le leadership pour le développement de cette filière au plan national. Cette année, elle a enregistré une production nationale de maïs grain estimée à 1 500 000 tonnes pour des besoins nationaux évalués à 1 000 000 de tonnes. Avec les 500 000 tonnes d’excédent, la production réalisée devrait pouvoir largement couvrir les besoins nationaux. Pourtant, sur le marché, le prix de la céréale augmente étrangement.

Quelques raisons possibles de la hausse

Selon les explications du chef Programme filière maïs à l’ATDA 2, Yves Hountondji, qui assure le pilotage de la filière maïs au Bénin, la cherté du maïs grain est liée à deux facteurs. L’un d’origine interne au pays, est relatif au stockage d’une grande quantité du produit par les commerçants-céréaliers pour vendre cher plus tard et la réserve faite pour l’alimentation des volailles par les producteurs de provendes.

L’autre facteur est d’origine externe et concerne l’exportation du produit vers les pays voisins, notamment le Burkina Faso, le Niger et le Nigéria. « Les pratiques spéculatoires de ces commerçants venus des pays environnants créent une tension sur les prix du maïs dans nos marchés suivant la loi de l’offre et de la demande », rapporte Yves Hountondji dans une note de presse consultée par Agratime.

Par ailleurs, les conséquences du changement climatique sont pointées du doigt. Le phénomène aurait perturbé la pluviométrie et causé la baisse du rendement. Pour autant, le produit ne serait pas indisponible. « La conjoncture des prix actuels du maïs grain laisse croire qu’il n’y a plus suffisamment de maïs dans le pays. Cela n’est pas la vérité », dément Yves Hountondji.

L’augmentation des prix du maïs grain a néanmoins des impacts économiques sur les populations qui ne cessent de se plaindre. Si la situation impacte peu le nord, selon Saturnin Ahossinou, producteur d’igname à Glazoué, en raison des aliments de base dans la région qui sont plutôt l’igname et le fonio entre autres, au sud, les effets se font sentir dans les plats. Les produits dérivés du maïs (akassa, pâte, etc…) deviennent aussi chers. « C’est vraiment dur, surtout pour nous qui avons des enfants à nourrir », clament certains parents. Beaucoup de consommateurs avec qui nous avons échangé s’en remettent au gouvernement.

Prendre des mesures idoines

En 2022, le Bénin avait fait face à une situation similaire de cherté des denrées alimentaires. À l’époque, le gouvernement avait décidé d’interdire l’exportation des céréales. Une mesure exceptionnelle pour maîtriser la flambée des prix et soulager les citoyens béninois, mais elle a été levée en 2023. Pour Yves Hountondji de l’ATDA 2, ces « mesures spéciales de sauvegarde et de protection du marché intérieur peuvent être activées en cas de nécessité avérée ».

Elles sont légales et autorisées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et n’entachent pas les accords de libre-échange dans l’espace sous-régional, a-t-il rappelé dans sa note de presse. « Les autorités vont certainement apprécier la situation et adopter les mesures idoines pour réguler si le contexte l’exige, la sortie du maïs grain afin que nos pays frères de la sous-région puissent être soulagés sans compromettre la sécurité alimentaire et nutritionnelle nationale », renchérit le chef Programme filière maïs à l’ATDA 2.

Il rassure les Béninois que « cette situation difficile ne peut pas durer » et que « toutes les dispositions sont prises afin que la production du maïs ne souffre d’aucune limitation cette année ». Les nouvelles récoltes de la zone sud du pays sont annoncées pour fin juin au plus tard. Elles « permettront de baisser la tension sur le prix du maïs », espère Yves Hountondji.

Emmanuel M. LOCONON

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