Sous les regards croisés de délégations venues d’Afrique, d’Europe et d’ailleurs, le premier Salon mondial de l’agroécologie a officiellement ouvert ses portes le 7 avril 2026 à San Pedro, en Côte d’Ivoire.
Dans un contexte où la souveraineté alimentaire s’impose comme une urgence en Afrique, le salon de l’agroécologie se veut une plateforme de transformation des systèmes agricoles. Pour Konan Sedric Armel, commissaire général du salon et acteur de l’UIREC, l’initiative dépasse le cadre d’un événement classique. Elle répond à la nécessité de « permettre aux acteurs venus de divers horizons de partager leurs expériences, créer des opportunités d’emplois et faciliter le financement de l’agroécologie ». Car derrière les ambitions affichées, une réalité persiste, celle d’un secteur encore confronté à des difficultés de financement et à une forte dépendance aux intrants chimiques.
Souveraineté alimentaire : une ambition assumée
Au cœur des interventions, un message revient avec insistance : l’Afrique doit produire ce qu’elle consomme. L’agroécologie est présentée comme une voie pour y parvenir, en s’appuyant à la fois sur l’innovation et les savoirs locaux. « Nous ne sommes pas là pour exposer, mais pour affirmer une vision : celle de la souveraineté alimentaire », a insisté un partenaire du salon, appelant à une transformation profonde des modèles agricoles. Une transformation qui, selon plusieurs intervenants, ne peut se faire sans une approche équitable, respectueuse de l’environnement et créatrice de valeur pour les producteurs.
La science appelée à dialoguer avec le terrain
Pour Hammami Saida, coordinatrice du comité scientifique, le défi est de dépasser le cadre théorique. Le salon a été conçu comme un espace où la recherche vient appuyer les acteurs de terrain. Avec un comité scientifique composé d’experts issus de plusieurs pays, les travaux présentés visent à apporter des réponses concrètes aux enjeux actuels : changement climatique, perte de biodiversité, durabilité des systèmes agricoles. « Il ne s’agit pas seulement de parler d’agroécologie comme concept scientifique, mais de la mettre en pratique », a-t-elle souligné, annonçant notamment des visites de terrain et des ateliers pratiques au cours des prochains jours.
Entre engagements et réalités économiques
Mais derrière l’enthousiasme, les questions économiques restent centrales. Plusieurs interventions ont mis en lumière les défis liés au financement de la transition agroécologique. Si des annonces de soutien ont été évoquées, les acteurs reconnaissent que l’accès aux ressources financières demeure un obstacle majeur pour les producteurs. La question est d’autant plus stratégique que la réduction de l’usage des produits chimiques, largement évoquée lors de l’ouverture, implique une transformation des pratiques agricoles, souvent coûteuse et complexe à mettre en œuvre.
Le cacao en ligne de mire
La présence d’un représentant du Conseil Café-Cacao a rappelé l’importance des filières stratégiques dans cette transition. Face aux défis du changement climatique, le secteur cacaoyer, pilier de l’économie ivoirienne, est appelé à intégrer davantage de pratiques durables. Des initiatives sont déjà en cours, notamment à travers la mise en place de programmes de recherche et de dispositifs d’accompagnement des producteurs. Mais là encore, la réussite dépendra de la capacité à concilier exigences environnementales et viabilité économique.
Vers une structuration mondiale de l’agroécologie
Au-delà des panels et des échanges scientifiques, la première journée a surtout été marquée par une volonté de structurer durablement le mouvement agroécologique à l’échelle internationale. Pour Konan Sedric Armel, l’enjeu dépasse largement le cadre du salon.
Satisfait de la mobilisation des chercheurs et des producteurs, venus nombreux pour cette première journée, il a salué des échanges « très fructueux », marqués par un dialogue renforcé entre science et terrain. Mais déjà, les regards sont tournés vers l’après.
En toile de fond, les organisateurs annoncent la mise en place d’un Forum mondial de l’agroécologie, appelé à fédérer les initiatives existantes. « Il y a aujourd’hui beaucoup d’associations et de fédérations engagées dans la promotion de l’agroécologie. C’est une bonne chose. Mais face aux défis du changement climatique, il est nécessaire de fédérer les forces », a-t-il expliqué.
Pensé comme un espace de convergence, ce forum devrait réunir producteurs, chercheurs, universités, entreprises et bailleurs de fonds autour de la structuration et de l’accélération de la transition agroécologique à l’échelle globale. Une initiative portée à la demande de partenaires internationaux et qui sera officiellement lancée à l’issue du salon.
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