Dépendant du Burkina Faso pour une grande partie de ses approvisionnements en tomates, le Ghana a décidé de prendre son destin en main. Ainsi, il a lancé un programme de recherche variétale ambitieux, avec l’objectif de tripler les rendements nationaux de tomate.
La demande annuelle du pays est estimée à environ 800 000 tonnes, et la tomate représente près de 40 % des dépenses horticoles des ménages ghanéens. En effet , environ 90 % des tomates vendues dans le nord du pays, notamment à Tamale, proviennent du Burkina Faso pendant la saison creuse. Chaque année, le Ghana dépense l’équivalent de 148,64 milliards FCFA pour importer des tomates en provenance du pays des Hommes intègres.
La suspension des exportations burkinabè de tomates, intervenue en mars 2026 dans le cadre d’une stratégie nationale de transformation locale, a mis à montrer cette dépendance structurelle et contraint Accra à accélérer sa riposte. John Dumelo, vice-ministre ghanéen de l’Alimentation et de l’Agriculture, a fixé un objectif de production supplémentaire de 200 000 à 300 000 tonnes au cours des deux à trois prochaines années, notamment en saison sèche.
Des investissements massifs pour réduire les pertes
Pour atteindre cet objectif, le gouvernement ne mise pas uniquement sur la recherche variétale. La Banque mondiale et les Pays-Bas ont alloué 20 millions de dollars pour développer les infrastructures logistiques, les entrepôts et les unités de transformation, afin de réduire les pertes post-récolte qui atteignent actuellement 30 à 40 %. En parallèle, le programme Feed Ghana, piloté par le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture, vise l’autosuffisance sur plusieurs spéculations, dont la tomate, le poivron et l’oignon, avec un programme d’irrigation couvrant 10 000 hectares dans huit régions du pays.
Le secteur privé est également sollicité. L’entreprise espagnole GB Foods a investi 4,70 millions d’euros dans une nouvelle ligne de transformation de tomates, et prévoit d’installer deux fermes industrielles sur une superficie combinée de 5 600 hectares pour approvisionner son usine.
Une dynamique sous-régionale à surveiller
Ce réveil ghanéen s’inscrit dans une dynamique sous-régionale. Au Burkina Faso, le gouvernement a lancé des unités de fabrication de purée d’une capacité de traitement de 11 tonnes par heure, à Bobo-Dioulasso et à Yako, avec l’ambition de transformer localement ce qui était jusqu’ici exporté brut. Les deux pays suivent ainsi une même logique : produire plus, transformer sur place et réduire une dépendance aux marchés extérieurs qui fragilise leur sécurité alimentaire.
Le Ghana, qui officiellement n’aurait importé qu’environ 1 700 tonnes de tomates en 2022, verrait en réalité ce volume approcher 100 000 tonnes selon les réseaux de commerçants, ce qui rend difficile toute politique commerciale bien calibrée. Tant que les flux informels ne seront pas mieux documentés, les stratégies d’autosuffisance risquent de reposer sur des bases statistiques fragiles.
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