Si le Bénin donne un nouvel élan à son secteur agricole, il cherche désormais à capitaliser sur l’expertise du Brésil, une superpuissance agricole mondiale. La dernière visite du président Patrice Talon chez son homologue brésilien Luiz Inácio Lula Da Silva, le 23 mai 2024, redonne un nouveau souffle à une coopération stratégique. Cette collaboration offre d’immenses opportunités pour le Bénin mais soulève aussi des préoccupations environnementales, alors que le modèle agricole brésilien est critiqué pour son impact écologique.
Dans un monde où les partenariats internationaux façonnent de plus en plus les politiques agricoles, le Bénin s’affirme comme un acteur majeur en quête de progrès. L’historique visite du président Patrice Talon au Brésil marque un tournant décisif dans la coopération entre les deux nations. Le chef de l’Etat béninois a effectué ce voyage avec plusieurs de ses collaborateurs dont le ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Un choix fait à dessein, peut-on dire, sachant le poids agricole que constitue Brasilia dans la production et l’exportation mondiales.
Le Brésil (8,5 millions km2), véritable géant agricole, est souvent cité en exemple pour ses succès dans le domaine agricole. Il excelle dans les filières soja, canne à sucre, maïs, café, oranges, tabac, coton, cellulose et viande de bœuf, de poulet et de porc. Une performance qui le place en 2019 comme le premier exportateur mondial de soja, de viande de poulet, de café et de sucre et le deuxième exportateur de maïs, après les États-Unis, et de bœuf, derrière l’Australie.
Pourtant, derrière cette façade de prospérité se cachent des problèmes environnementaux criants. Lesquels émanent d’une agriculture intensive, peu durable utilisant beaucoup plus d’engrais chimiques et des pesticides. Une agriculture intensive qui favorise plus les grands producteurs au détriment de millions de petits exploitants manquant de terres arables. La déforestation de l’Amazonie du fait de l’élevage et de l’agriculture intensive est préoccupante dans le pays au point où le nouveau président Lula en a fait sa bataille et a réussi à en diminuer de moitié en 2023.
La visite du président béninois au pays sud-américain suscite donc des réflexions sur la manière dont le Bénin peut tirer parti de l’expertise brésilienne tout en évitant les écueils écologiques. La coopération envisagée entre le Bénin et le Brésil couvre un large éventail de domaines, allant de l’échange d’expertise à la promotion des cultures maraîchères en passant par le renforcement de la pisciculture, la mécanisation des pratiques agricoles et l’amélioration des semences. Ces initiatives promettent de moderniser l’agriculture béninoise et de stimuler sa productivité. Elles offrent de nouvelles perspectives économiques pour le pays qui a de fortes ambitions pour son agriculture portée désormais à l’échelle industrielle. La zone industrielle de Glo-Djigbé est la concrétisation d’une vision du Bénin que la coopération avec le Brésil contribuera sans doute à renforcer.
Cependant, il est essentiel de ne pas perdre de vue les conséquences environnementales de cette coopération. Le modèle agricole brésilien, axé sur une intensification de la production sans égard pour l’environnement, pose des défis considérables en termes de durabilité. Le Bénin doit donc être attentif à intégrer des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement afin de préserver ses ressources naturelles pour les générations futures.
Nul doute que le partenariat entre le Bénin et le Brésil dans le domaine agricole offre des opportunités inestimables pour le développement économique du Bénin. Cependant, pour que cette collaboration soit véritablement fructueuse, il est impératif de concilier croissance économique et préservation de l’environnement. En optant pour une approche responsable et durable, le Bénin peut transformer ce partenariat en un moteur de progrès tant pour son agriculture que pour la protection de son écosystème.
LIRE AUSSI Pourquoi le Bénin n’a pas encore de variétés d’anacardier



