A l’occasion des activités du comité de pilotage de la CEDEAO, tenues du 20 au 23 avril 2026 à Lomé, Khady Fall Tall, présidente de l’Association des Femmes de l’Afrique de l’Ouest (AFAO-WAWA), a appelé à une refonte profonde des politiques agricoles régionales en faveur des femmes. Entre inégalités persistantes, blocages dans les chaînes de valeur et paradoxe alimentaire, elle plaide pour un passage urgent des discours aux actions.
Après deux décennies de mise en œuvre, la Politique agricole de la CEDEAO arrive à un tournant. Khady Fall Tall salue l’effort de l’institution qui a réuni son comité de pilotage pour analyser et réviser l’ensemble de sa stratégie. « Nous sommes à la croisée des chemins », prévient-elle. Pour la présidente de l’AFAO, la révision doit interroger les responsabilités de tous : États, CEDEAO, Union africaine, CILSS et acteurs de terrain.
Elle note déjà une avancée dans la méthode. Le mécanisme de concertation évolue d’une analyse générale vers un travail thématique. Cinq axes prioritaires ont été identifiés pour déboucher sur des recommandations opérationnelles. « C’est au moins une avance qu’on a obtenue cette année », reconnaît-elle. Cette nouvelle approche donne l’occasion à l’AFAO de porter la voix des femmes. L’organisation parle au nom de toutes, quel que soit leur domaine d’activité, pour influer sur la démarche agricole de la CEDEAO.
Femmes rurales : productrices essentielles, mais toujours pauvres
Le plaidoyer de Khady Fall Tall se concentre sur les femmes rurales. Elles forment le gros des actifs agricoles, mais peinent à sortir de la pauvreté. Entre 47 et 50% des pauvres d’Afrique de l’Ouest sont des femmes, rappelle-t-elle. Analphabétisme, accès limité aux ressources productives et financement insuffisant freinent leur potentiel. « Leur capacité à produire est réelle, mais les moyens ne suivent pas », résume-t-elle.
Ces blocages persistent tout au long des chaînes de valeur agricoles. Pour y répondre, la CEDEAO a mis en place un groupe de travail chargé d’interroger les femmes sur leur situation dans l’agriculture régionale. Khady Fall Tall y voit une opportunité d’accentuer les efforts sur la production, la transformation et la souveraineté alimentaire, notamment via l’alimentation scolaire.

Le paradoxe alimentaire : produire plus, mais nourrir mal
La souveraineté alimentaire passe par les femmes. Pourtant, la région vit un paradoxe. Malgré une hausse de plus de 20% de la production céréalière cette année, 52 millions de personnes restent en situation de vulnérabilité alimentaire. « Il y a un paradoxe qu’il faut corriger », déplore la présidente de l’AFAO. Elle appelle donc à renforcer les filets sociaux. Les cantines scolaires, notamment, sont un levier à la fois nutritionnel et économique pour les productrices locales. Mais ces dispositifs reculent. « Les discours ne suffisent plus », insiste-t-elle : il faut des actions pour secourir les populations vulnérables.
Rompre avec l’égalité formelle : assumer l’équité
Pour corriger les inégalités structurelles, Khady Fall Tall défend une approche différenciée. Les femmes représentent 50% de la population, mais beaucoup n’ont pas été à l’école. Les mettre en concurrence directe avec des acteurs diplômés ne fonctionne pas. « Il faut une discrimination positive, il faut leur permettre d’obtenir les mêmes chances, même si on n’a pas les mêmes niveaux, on n’a pas les mêmes profits », plaide-t-elle. L’objectif : donner aux femmes rurales les moyens de rivaliser, pas seulement le droit d’essayer.
Pour la présidente de l’AFAO, les cadres et les ambitions ne manquent pas aux politiques agricoles ouest-africaines. C’est la mise en œuvre qui fait défaut. Elle invite la CEDEAO à passer des diagnostics aux actes, pour que les millions de femmes qui font vivre l’agriculture régionale en voient enfin les bénéfices.
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