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GAIN, un engagement sans faille pour une nutrition améliorée au Bénin

Si la sécurité alimentaire est une vision partagée par les gouvernements, projets et programmes, les actions pour y parvenir se distinguent nettement d’un acteur à un autre. Global Alliance for Improved Nutrition (GAIN) quant à lui tente, à travers des initiatives originales, d’améliorer le statut nutritionnel du Bénin. Au détour d’un entretien, Françoise SAYI, directrice-pays de GAIN, présente les interventions stratégiques de cette organisation qui milite pour un changement profond des systèmes alimentaires du Bénin. 

Agratime : Parlez-nous de GAIN et de vos actions au Bénin

Françoise SAYI : GAIN est une alliance créée sous l’impulsion des Nations Unies en 2002 à Genève. Notre objectif est que d’ici 2027, au moins 1,5 million de personnes dans le monde aient accès à une alimentation saine. Au Bénin, nous sommes officiellement installés depuis juin 2023. Nos actions portent sur trois axes : la fortification industrielle des aliments, la création de la demande pour les aliments nutritifs, et la transformation des systèmes alimentaires avec le gouvernement. Nous intervenons dans plusieurs villes comme Cotonou, Porto-Novo ou Bohicon. L’un de nos projets phares est le partenariat avec la Société des Huileries du Bénin pour fortifier l’huile en vitamine A pour l’approvisionnement des cantines scolaires. Nous menons aussi une phase pilote pour fortifier la farine de maïs, consommée par plus de 90% des Béninois.

Quels sont les chiffres qui démontrent l’efficacité de vos interventions ?

L’essentiel de notre début de mandat a été consacré à des études pour comprendre l’écosystème dans lequel nous travaillons. Mais nous avons déjà des résultats concrets : 1 500 tonnes d’huile fortifiée ont été vendues au programme d’alimentation scolaire rien qu’en 2024, touchant 250 000 élèves. Nous avons également impulsé la création d’une task force gouvernementale et fusionné trois rapports en un seul rapport, validé en octobre 2024. Celui-ci présente le profil national des systèmes alimentaires. C’est une base cruciale pour identifier les leviers à actionner pour la transformation des systèmes alimentaires.

L’OMS recommande 400 g de légumes par jour, mais on en consomme moins de 100g au Bénin. Comment contribuez-vous à corriger cette situation ? 

Nous avons lancé la campagne « Nanavi » pour inciter les Béninois à inclure plus de légumes dans leurs repas. Pour améliorer l’accès à ces légumes, nous avons mis en place un réseau de « facilitateurs de marché » qui relient directement les producteurs aux vendeuses, ce qui limite les intermédiaires. Cela permet de garantir la disponibilité de légumes de qualité à coûts réduits pour les consommateurs. Nous avons débuté avec 6 facilitateurs qui approvisionnent aujourd’hui 150 vendeuses dans plusieurs marchés locaux.

Visite des étalages du réseau de distribution

Quels défis le Bénin doit-il relever pour garantir des régimes alimentaires plus sains à la population et de façon durable ?

 Les défis sont énormes. Les chiffres sont alarmants : plus de 32% des enfants souffrent de retard de croissance et plus de 72% des femmes enceintes souffrent d’anémie. La coordination de nos actions avec celles du Gouvernement est essentielle. L’impulsion du chef de l’État, qui a placé l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition (ANAN) sous sa présidence, est un signal fort. Notre rôle est d’appuyer cette vision en agissant sur la fortification des aliments, l’inclusion du secteur privé et les politiques de transformation des systèmes alimentaires.

Quelles sont les difficultés pour renforcer les entreprises locales ?

 Les entreprises privées privilégient le profit. Beaucoup d’entre elles sont de petites unités qui peinent à répondre aux exigences de quantité et de qualité, notamment pour l’alimentation scolaire. Nous les appuyons via le « Scaling Up Nutrition Business Network » que nous avons lancé en juillet 2024. En nous appuyant sur notre expertise internationale et sur les bonnes pratiques en matière de sécurité sanitaire des aliments, nous travaillons avec elles sur le conditionnement, les informations nutritionnelles, les certifications et leur capacité de production.

Quelles politiques publiques sont nécessaires ?

Des politiques existent déjà et sont adéquates : la politique nationale de l’alimentation scolaire, celle de la nutrition et celle du développement agricole. Le défi n’est pas l’absence de politiques, mais leur mise en œuvre effective, qui se heurte à des difficultés de financement. Le gouvernement a besoin du soutien des partenaires pour lever des fonds. C’est en mettant en œuvre ces politiques que l’on pourra les améliorer.

Êtes-vous optimiste pour atteindre votre objectif de toucher 1,5 million de personnes d’ici 2027 ?

C’est un objectif global pour les 12 pays où GAIN intervient. Pour le Bénin, nous visons plus de 300 000 personnes. Nous sommes très optimistes et pensons même pouvoir dépasser cet objectif.

Propos recueillis par Mechac AWOKOLOITO

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