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COPIL 2026 : l’AOCTAH à l’épreuve du passage à l’échelle du commerce transfrontalier

Réunis à Lomé du 20 au 23 avril 2026, dans le cadre des COPIL ECOWAP 2026, les participants ont échangé sur le potentiel de l’AOCTAH pour étendre son outil de fluidité routière, renforcer la structuration des acteurs et améliorer la collecte de données sur le secteur informel.

Présente à ces assises, l’Association Ouest-Africaine du Commerce Transfrontalier des produits alimentaires, agro-sylvo-pastoraux et halieutiques (AOCTAH) en ressort avec de nouvelles responsabilités et des orientations stratégiques. Pour Justin Motchosso Matitoma, Secrétaire permanent de l’AOCTAH, ces assises dépassent largement le cadre d’une simple évaluation. « Ce rendez-vous n’est pas seulement un rendez-vous d’évaluation. C’est aussi un rendez-vous de projection. »

Au cœur des échanges : la nécessité d’adapter les approches face aux nouveaux défis, notamment sécuritaires, climatiques et économiques. Une évolution qui impose, selon lui, un changement profond dans la manière de penser le commerce agricole régional. « Cette nouvelle phase dans laquelle nous nous retrouvons nous impose des changements de paradigmes. » Dans cette dynamique, la place des organisations professionnelles comme l’AOCTAH se renforce, en tant qu’acteurs capables de faire le lien entre politiques régionales et réalités du terrain. À l’issue des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées à l’endroit des acteurs du commerce transfrontalier, avec un rôle central confié à l’AOCTAH.

Renforcement de la fluidité et structuration du commerce transfrontalier

L’AOCTAH s’est vu confier des responsabilités liées à la mise à l’échelle et la sensibilisation accrue autour de son outil « Route Fluidity ». Pour 2026, l’enjeu est d’intensifier l’utilisation de ces outils afin de réduire les entraves et de sécuriser davantage les trajets des transporteurs.

Par ailleurs, un autre chantier majeur concerne l’amélioration de la connaissance des flux commerciaux, en particulier informels. L’AOCTAH a ainsi été mandatée pour poursuivre les efforts de collecte de données sur les flux transfrontaliers informels, un levier essentiel pour mieux orienter les politiques publiques et apprécier avec précision les dynamiques commerciales régionales.

Dans le même temps, face à la forte informalité du commerce transfrontalier mise en évidence lors des COPIL, l’AOCTAH est appelée à renforcer ses actions de structuration des acteurs. « L’innovation de l’AOCTAH en termes de structuration des acteurs en société coopérative a été saluée par le comité de pilotage de l’ECOWAP » et constitue une approche prometteuse. L’objectif est de faciliter l’accès au financement, aux marchés et aux dispositifs d’accompagnement. « Nous avons pour action de le mettre à l’échelle dans les différents pays pour permettre un passage de l’informel progressivement vers le formel. »

Des acquis déjà sur le terrain

Si ces recommandations ouvrent une nouvelle phase stratégique, elles reposent sur des acquis concrets déjà visibles dans plusieurs pays de la sous-région. L’AOCTAH a progressivement déployé un ensemble d’outils opérationnels innovants, notamment l’Opération Fluidité Routière pour le suivi de bout en bout des camions, ainsi que les Bureaux d’Information Commerciale et d’Assistance aux Frontières (BICAF), qui jouent un rôle clé dans l’orientation, l’information et l’accompagnement des acteurs aux points de passage frontaliers. À cela s’ajoutent des initiatives de mise en relation commerciale et de structuration des acteurs.

« Nous avons su innover, développer des initiatives qui ont fait leurs preuves. » Ces dispositifs ont déjà permis d’accompagner environ 500 000 acteurs à travers la région, en améliorant la circulation des marchandises, en réduisant certaines entraves sur les corridors et en renforçant la sécurisation des opérations commerciales. Ils ont également contribué à une meilleure organisation des acteurs, avec près de 40 sociétés coopératives mises en place dans 3 pays. Bien que leur couverture reste encore partielle, leur expansion progressive témoigne d’une dynamique solide et structurante pour le commerce transfrontalier régional.

Les défis qui freinent encore les corridors

Malgré les avancées enregistrées, les obstacles sur le terrain restent nombreux. Le principal défi, selon Justin Motchosso Matitoma, réside dans l’application effective des textes communautaires. « La première difficulté c’est l’appropriation des textes ». Alors que la CEDEAO dispose d’un cadre réglementaire favorable à la libre circulation, sa mise en œuvre reste inégale selon les pays et les acteurs. Entre règles existantes et pratiques sur le terrain, l’écart reste important, freinant la fluidité des échanges.  D’où la nécessité de renforcer l’engagement des États et des institutions dans l’application de ces règles. « Il s’agit aujourd’hui de travailler en termes de plaidoyer pour pouvoir montrer le bien-fondé de tous les acquis que nous avons. »

Quelles prochaines étapes après Lomé

À Lomé, le message est sans équivoque : les acquis doivent désormais être consolidés et portés à une échelle plus large. À l’issue des COPIL, l’AOCTAH entend accélérer la mise en œuvre des recommandations à travers une approche plus intégrée et ambitieuse. Les priorités identifiées portent notamment sur le renforcement de la digitalisation des outils de suivi des corridors, en particulier « Route Fluidity », afin d’améliorer la remontée d’informations en temps réel et la gestion des entraves.

Il s’agira également d’étendre les dispositifs d’accompagnement, notamment les BICAF, à un plus grand nombre de postes frontaliers, afin de rapprocher davantage les services des acteurs. En parallèle, l’intensification de la collecte de données sur les flux commerciaux, en particulier informels, constitue un levier essentiel pour mieux orienter les politiques publiques et renforcer la transparence des échanges. Enfin, l’AOCTAH ambitionne d’accélérer la structuration des acteurs à travers la création et la consolidation de sociétés coopératives dans plusieurs pays. « Notre objectif c’est d’aller à au moins 200 sociétés coopératives […] en couvrant un minimum de 10 pays », a conclu Justin Motchosso Matitoma. Par ailleurs, le passage de ces orientations à des résultats tangibles constituera le principal défi des années à venir.

Auriol HOUDEGBE

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