Le Sénégal s’engage dans une transformation agricole et sociale en plaçant le soja au cœur d’une stratégie nationale qui associe recherche scientifique et entrepreneuriat féminin. À travers le projet Soja-AOC, soutenu par le CORAF, l’ISRA et le FSRP, le pays ambitionne de bâtir une filière locale solide, capable de répondre aux besoins nutritionnels tout en créant des opportunités économiques pour les femmes.
Le soja, reconnu pour sa richesse en protéines et sa polyvalence, reste encore peu exploité au Sénégal. Les rendements sont faibles, les importations dominent et les savoir-faire techniques manquent. C’est pour combler ces lacunes que les chercheurs ont collecté plus d’une centaine d’accessions de soja dans quatre pays, constituant une base génétique précieuse. À Ndiol, dans la région de Saint-Louis, plus de trente kilogrammes de semences ont été multipliés, tandis que des essais agronomiques en station et en milieu paysan permettent d’identifier les variétés les plus adaptées. Ces travaux scientifiques posent les fondations d’une autonomie semencière, indispensable à l’émergence d’une filière nationale.
Mais la réussite de cette initiative ne repose pas uniquement sur la science. Elle s’appuie aussi sur l’énergie créatrice des femmes entrepreneures. À Dakar, un atelier de formation tenu du 2 au 6 mars 2026, a permis à des jeunes et des femmes transformatrices d’apprendre à valoriser le soja sous différentes formes telles que le lait, tofu, netetou, biscuits, beignets, farines enrichies ou encore couscous. Encadrées par des pionnières venues du Togo et du Burkina Faso, elles ont acquis des compétences pratiques en hygiène, qualité et professionnalisation, ouvrant la voie à la création de microentreprises locales.
Les impacts sont déjà visibles. Sur le plan scientifique, le Sénégal dispose désormais d’une base génétique documentée et d’un référentiel agronomique pour ses futures améliorations variétales. Sur le plan humain, des femmes maîtrisent la transformation de plus d’une dizaine de produits dérivés et s’apprêtent à intégrer le soja dans leurs activités commerciales. Sur le plan économique, la dépendance aux importations pourrait progressivement diminuer, au profit d’une dynamique entrepreneuriale locale.
Cette rencontre entre la rigueur scientifique et l’audace des femmes entrepreneures donne au soja une nouvelle dimension, celle d’un symbole de résilience et d’innovation. Le Sénégal, par le bias du CORAF démontre ainsi que l’agriculture peut être à la fois un moteur de souveraineté alimentaire et un vecteur d’émancipation sociale.
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